La nouvelle est tombée, Sebastian Arce, Mariana Montes et Chicho repartent en Argentine début septembre 2007. Ainsi ils quittent Paris, leur pied-à-terre européen, pour revenir à leurs racines portègnes. C’est une page qui se tourne, et j’ose espérer pour eux que c’était une belle page. Il ne reste qu’à leur souhaiter bonne chance et bonne continuation pour leur carrière.
Les débuts
Sebastian et Mariana sont arrivés à Paris en 2001, complètement inconnus en France alors. Chicho lui est arrivé en 1998, et il n’était pas très connu non plus. Ils repartent en 2007, soit 6 ans de vie parisienne et 6 ans de travail pour Sebastian et Mariana, 10 ans pour Chicho. Dans le cas de Sebastian et Mariana (que je connais mieux pour avoir travaillé avec eux pendant 4 ans), s’ils ont pu rester aussi longtemps installés à Paris et y vivre, c’est non seulement grâce à leur grand talent bien sûr (c’est le critère principal et indispensable), mais également parce qu’ils ont eu de la chance. Leurs débuts ont été sous les meilleurs auspices possibles car ils ont eu l’opportunité de rencontrer les bonnes personnes, aux bons moments. Pour Chicho que je connais moins bien, je pense que certains Français en 1998 ou 1999 l’ont aidé aussi du mieux possible…..
Dans une carrière artistique quelle qu’elle soit, avoir un talent avéré et être brillant ne suffisent pas. Encore faut-il que ce talent soit reconnu par tous. Surtout au début car il est difficile de se montrer et de se faire reconnaître par la majorité des gens comme supérieurement talentueux. Surtout qu’il y a toujours des détracteurs qui viennent nier et critiquer ce talent. Rien d’étonnant alors que ces artistes se sentent seuls. Pour Sebastian et Mariana, des gens qui connaissent le Tango Argentin ont cru en eux alors, les ont aidés et poussés en avant, en fonction de leurs propres possibilités, de leurs moyens et de leurs capacités du moment. Je ne cite pas de noms, ils se reconnaitront. Il ne s’agit pas de dire : ” j’ai fait pour eux plus que tous les autres “, non, car chacun d’entre eux, d’entre nous, ont apporté leurs pierres, plus ou moins grosses évidemment, et avec plus ou moins de réussite, pour que Sebastian et Mariana réussissent dans leur Art. Tous ont apporté leurs énergies, leur temps et leurs moyens à des périodes différentes plus ou moins longues, pour que ce couple accède au niveau mondial. C’est maintenant chose faite. Hommage aussi soit rendu à tous leurs élèves. Grâce aux élèves, ils ont pu avoir les moyens de vivre à Paris, sans pour cela être des nababs.
En Argentine maintenant, il faudra qu’ils s’imposent parmi un vivier de jeunes danseurs professionnels talentueux (et avec les dents longues) et qui promettent beaucoup. Là-bas, non seulement la quantité existe, mais la qualité aussi. Ce ne sera certainement pas simple tellement la rivalité est grande. La jalousie existe, mais ils ont un avantage certain : celui d’être connus et réputés en Europe et aux USA. Cela leur apporte une ” aura ” particulière. Leur expérience, par le côtoiement des différentes cultures des pays dans lesquels ils sont allés travailler, leur a permis d’avoir plus de maturité. Ils se heurteront probablement à la vindicte des traditionnalistes intégristes là-bas, mais ils ont suffisamment de volonté pour se battre afin que leur Tango ” Nuevo ” soit apprécié au même titre que tous les autres styles. Ils ont aussi un avantage qui n’existait pas quand ils ont quitté Buenos-Aires, c’est d’avoir maintenant des pratiques plus spécialisées dans ce Tango ” Nuevo “. Là-bas, l’heure est maintenant venue, peut-être – espérons le en tout cas - de faire évoluer ce Tango vers plus de modernité, vers un Tango contemporain.
Qu’ont apporté Sebastian et Mariana en France et en Europe ? Que nous laissent-ils ?
C’est mon opinion, ils ont apporté autant que Pablo Veron, et Chicho leurs prédécesseurs. Ils ont apporté une technique et un sens du rythme impeccables, un sens sûr de la pédagogie. Ils ont apporté dans leur danse l’esthétique dans le mouvement, y compris dans les mouvements du Tango dit ” Nuevo “. Un charisme certain dans leur cours et beaucoup d’assurance dans les explications et dans la façon de parler aux élèves. Une créativité qui n’a fait que croître avec le temps, grâce en partie à la fréquentation d’autres danseurs professionnels chez lesquels ils trouvaient une source d’inspiration importante. Avec leur propre évolution et la maturité est venue le temps de l’improvisation pure (et non plus les chorégraphies) pour retrouver l’essence même du Tango. Cette introspection dans l’expressivité qu’ils recherchent davantage grandira dans leur pays d’origine, de la même façon qu’ils grandissent eux-mêmes et prennent de l’âge.
Et l’avenir ?
Bien sûr que c’était de la chance, comme aimait à le répéter Sebastian, de les avoir comme danseurs professionnels en Europe, et à Paris en particulier. De même que c’était de la chance d’avoir Pablo Veron et Chicho. Les regretterons-nous ? Oui, bien sûr. C’est évident. On ne laisse pas partir sans une larme à l’œil des artistes de si grand talent, si libres et si créatifs. Néanmoins les regrets sont inutiles car toujours les pages se tournent, tout a une fin, et il suffit de l’accepter. Les souvenirs, les meilleurs, de leur talent et de leur enseignement resteront dans nos mémoires. La vie continue, et le Tango aussi……. Plus tard il y aura d’autres professionnels qui arriveront, qui s’installeront à Paris et qui laisseront des traces indélébiles de leur passage car ils y deviendront aussi grands qu’eux. Cette danse continuera d’évoluer et de vivre à Paris, pour peu que des gens s’y intéressent toujours et s’investissent dedans !
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