Vous parcourez actuellement les archives du blog Mephisto_Blog de février 2008.
26.2.2008 par mephisto-tango.
Il y a quelques jours, je suis allée danser dans une milonga parisienne bien connue.
Voici une anecdote que je veux raconter, et qui hélas, pourrait être racontée par d’autres personnes :
J’ai été invitée par un charmant Monsieur pour une tanda de Tango et notre danse dans l’ensemble se passait plutôt bien. Ce n’est pas qu’en général, sur la piste, les danseurs respectaient bien le sens du bal, ce n’est pas que les danseurs n’allaient pas dans n’importe quelle direction, mais nous, nous étions attentifs aux autres couples environnants dans la mesure où c’était possible.
Soudain un choc violent sur mon côté gauche, choc qui m’a envoyée à 1 mètre à droite par rapport à mon partenaire. C’était une femme qui, ne m’ayant pas vue, en reculant, m’avait, de toute évidence, « envoyée promener », et on peut supposer en toute logique, que c’était son partenaire masculin qui en était responsable.
Je dis à cet homme :
« On ne s’excuse pas ? »
« S’excuser ? Mais de quoi ? » me répond-il.
Voilà.
Ni cet homme, ni sa partenaire qui m’avait heurtée en reculant, ne se sont excusés. Et il était impossible que le choc ait pu passer inaperçu.
Je me suis tue, et j’ai continué à danser avec mon partenaire, qui lui, m’a demandée de lui pardonner pour n’avoir rien vu venir et donc de ne m’avoir pas protégée du choc.
Que peut-on penser de cette anecdote ? Comment peut-on juger ces personnes ?
Personnes mal élevées dans l’enfance et dans l’adolescence ?
Personnes qui n’ont pas eu, lors de leur apprentissage de Tango, la moindre notion de savoir vivre dans les milongas, et des codes de la bienséance et du respect des autres ?
Personnes qui se croient tous seuls sur une piste de danse et qui sont sans gêne aucune ?
Personnes égoïstes et qui croient que tout leur est dû du moment qu’ils payent leur entrée ?
Maintenant, essayons de voir plus loin que cette anecdote qui, je suis sûre, se répète tous les jours à Paris, ou même ailleurs (sauf à Buenos-Aires où les gens sont infiniment plus respectueux de l’espace du bal ; quoi que, parait-il…..).
Manquer de respect envers n’importe quel danseur ou danseuse dans les milongas, c’est rendre la vie impossible aux danseurs qui ont eux le respect d’autrui sur la piste de danse et ailleurs, c’est créer une ambiance malsaine. Les danseurs nouvellement arrivés, si nous ne sommes pas vigilants, vont croire qu’il est possible, impunément, de bousculer les autres sans avoir le moindre reproche, et ainsi continuer leur comportement détestable. La milonga est une vie miniature en société, où chacun devrait avoir le plus grand soin de l’autre, où chacun devrait être aussi aimable que possible, où chacun devrait se sentir solidaire de l’autre et de tous les autres couples sur la piste de danse. Sans penser jamais : « moi d’abord ».
A force d’être trop tolérant, de trop relativiser, de ne rien dire et de laisser faire un tel comportement blâmable, il est à craindre un engrenage : de la détestable provocation verbale (insultes, réflexions désobligeantes) qui ne rabaisse que celui ou celle qui ose la proférer, jusqu’à la réponse à cette provocation qui serait tout aussi pitoyable, si elle a lieu. Et voire même des coups ! Cela s’est vu et on ne doit pas accepter cela.
Vous tous qui dansez, il n’y a aucune honte à s’excuser, n’hésitez pas à vous excuser si vous heurtez quelqu’un par mégarde, même si vous n’êtes pas responsable directement. Personnellement, je n’hésite pas à m’excuser 3 ou 4 fois par milonga, même si le frôlement ou le heurt sont minimes et même si je ne suis pas responsable moi-même !…..Peu importe le responsable ! Cela aidera grandement à la bonne réputation d’une milonga.
Apprendre à danser, avant, pendant et après l’apprentissage, danser dans les milongas même si l’on est devenu un super professionnel demandé dans le monde entier, ne veut pas dire que l’on a tous les droits et que l’on peut y faire sa loi propre sans tenir compte des autres. Il y a des évidences de politesse, de gentillesse et de savoir vivre qui devraient venir de la plus petite enfance.
De plus, les professionnels iront plus souvent dans ces milongas…….Parce qu’ils se sentiront en sécurité.
Posté dans Les coups de gueule | Imprimer | 15 commentaires »
26.2.2008 par mephisto-tango.
C’est en lisant, sur le Journal « El Tangauta » de mars 2008, l’interview d’Alejandra Mantinan, que je me suis rappelé combien j’ai pu admirer cette danseuse de Tango quand je l’ai vue pour la première fois. C’était à Gand, en Belgique en 1995, avec son partenaire Gustavo Russo, lors d’un spectacle qu’Alain de Caro mettait en scène, avec comme autres artistes notamment Pablo Veron et Gisèle Anne, et Pepito Avellaneda, qui était un vieux milonguero célèbre pour ses milongas. Pepito, mort maintenant depuis pas mal de temps hélas…
Ensuite nous avons revu Gustavo Russo et Alejandra dans un Festival « Les Tango folies » de Lausanne, toujours en 1995, et nous avons alors commencé à suivre leur enseignement.
En 1996, à l’occasion du spectacle « Tango Pasion » à Paris au Théâtre des Champs-Elysées, nous avons suivi un stage intensif de 10h avec eux. Puis en juin 1998, le même Alain de Caro a organisé un stage avec eux à Paris, puis à Nantes en mars 1999 et nous y avons suivi plus de 10h de cours avec eux. En 2001, pour Couleur Tango, nous avons de nouveau pris 12 heures de cours avec eux.
Lors de chacun de ces festivals, j’ai eu toujours la même impression concernant Alejandra Mantinan : c’était une femme qui, de par sa personnalité que je sentais aimable et sympathique vis-à-vis des gens, semblait avoir bien au-delà, une personnalité hors du commun, par une écoute toute particulière de ses élèves et par une intelligence rare qui faisait qu’elle s’adaptait totalement aux élèves même les plus débutants, même les moins doués. De même pour les femmes elle était capable d’expliquer et de montrer, je dirais de démontrer, ce qu’elle faisait. Jamais elle n’a montré de mouvements d’humeur vis-à-vis de ses élèves, alors que quelquefois, avec Gustavo Russo, cela volait bas…….Surtout avant de rentrer en scène ! Sur scène, elle le dit elle-même avec raison, elle était la reine de la scène, tant elle avait de la féminité, de la grâce, du charisme, de l’expérience du public et de ses capacités techniques et esthétiques. C’était ma danseuse de scène préférée tant elle m’impressionnait. Avec Gustavo Russo, ils étaient en harmonie, ils étaient aussi forts l’un que l’autre et aussi beau l’un que l’autre dans leurs chorégraphies. Tout était réglé au quart de poil près. Ils ont partagé beaucoup en travaillant ensemble pendant 14 ans, ils étaient les meilleurs danseurs de scène, et personnellement je n’ai plus jamais retrouvé un tel couple aussi original, aussi brillant et aussi beau depuis leur séparation.
Parmi tous les êtres humains il y a quelque chose de tout à fait mystérieux : l’attirance. Je rassure tout le monde je ne suis pas homosexuelle, mais cette femme m’a laissé un souvenir qui tient à sa personnalité propre, à sa personnalité qui était, à mon avis, faite d’un grand naturel, de fraîcheur, de spontanéité, de gentillesse, de générosité sans compter, de franchise et de bonne humeur, sans avoir la moindre idée malsaine dans la tête. En dehors de cela elle a une plastique impeccable. Anecdote amusante : en 2001 (nous les connaissions déjà très bien, et eux aussi), nous prenions Frédéric et moi-même des cours avec eux, et elle est intervenue vers nous pour nous corriger une faute technique. Faute que nous avons corrigée de suite, et pour signifier son contentement, Alejandra a tapé espièglement sur les fesses de Frédéric, histoire de lui dire : « bravo ! » en s’éloignant avec un clin d’oeil. Tout le monde s’est bien marré et le cours a repris dans la bonne humeur.
Certains en auraient été choqués, mais il fallait y voir un mouvement spontané et amical. Il n’y avait là aucun manque de respect ni aucune condescendance, mais simplement une marque d’empathie.
L’interview d’Alejandra m’a révélé une autre facette de sa personnalité que je ne soupçonnais pas, d’abord ses difficultés suite à son accident à l’âge de 6 ans, et sa volonté farouche de s’en sortir grâce à la danse. Volonté qu’elle montre tout au long de sa carrière : ceci explique cela.
La plus grande surprise pour moi a été de lire : « j’ai une personnalité très introvertie, je ne montre jamais mon moi profond. Je peux me sentir très mal et apparaître tout à fait géniale ! » Ce qui voudrait dire qu’elle a bluffé tout le monde en surpassant sa timidité naturelle pour se montrer à son meilleur niveau, non seulement dans la danse, sur la scène, mais aussi dans son contact avec les gens dans tous ses cours….Voilà un signe, ou alors je ne m’y connais pas, d’un professionnalisme qui dépasse l’entendement ! Même quand elle est déprimée ! Signe d’une femme responsable, sérieuse et estimable.
Côté enseignement elle aide les gens, plutôt que les inciter à copier leurs professeurs. Elle écoute ses élèves, elle s’adapte à eux…N’est ce pas le signe de la plus pure générosité ?
Elle parle de la perte de la solidarité dans les milongas, et ceci à Buenos-Aires ; alors à Paris…..N’en parlons pas, tout au moins pas encore !
Avec Gabriel Misse c’est autre chose. Tango plus Salon comme elle dit, plus Milonguero. Hum … Pardonnez moi cette analogie : c’est donner une Formule 1 à un conducteur de Porsche …Gabriel Misse est un excellent danseur bien sûr, mais les styles sont trop différents et la connexion n’est pas si bonne entre eux par moment…
« Ma vie a toujours été suspendue à mes jambes et à mon cœur, pas à mon esprit ».
Si nous devions retenir que cette citation d’Alejandra Mantinan, ce devrait être celle-là.
Le cœur et les jambes.
Posté dans Les coups de coeur, Les danseurs | Imprimer | Aucun commentaire »
18.2.2008 par mephisto-tango.
Ce week-end, à la milonga de la Porte d’Orléans organisée par le Temps du Tango, Amanda et Adrian Costa ont fait une démonstration de leur talent de danseurs de Tango. J’avais déjà remarqué ce jeune couple il y a deux ans au théâtre National de Chaillot car ils voulaient représenter la France au Championnat mondial de Tango argentin à Buenos-Aires, option « Tango de scène », et j’avais trouvé qu’ils étaient très convaincants.
Ils étaient donc de nouveau présents à Paris samedi soir, et de nouveau, deux ans après, j’ai été sous le charme.
Ils ont dansé plusieurs Tango improvisés, et une milonga. Les Tangos étaient très classiques dans leur forme, très traditionnels, enlacement fermé, sans être « milonguero » ou « apilado », pas de pas compliqués, beaucoup de marche et de tours, et si je devais être critique à l’extrême, je dirais : rien d’exceptionnel dans les pas et les figures. Mais alors, que de maîtrise technique et que d’élégance ! Que de connexion entre eux et pour la musique ! Ces deux-là dansent réellement l’un pour l’autre et c’est un régal de les voir si franchement en une telle complicité, en une telle écoute l’un de l’autre. De l’Amour pur, sans aucune rivalité ni compétition ! Aucune dureté dans l’enlacement fermé, du dynamisme sans brusquerie, sans précipitation dans le mouvement, déplacements et propreté des pas d’une réelle beauté. Amanda est une très belle danseuse, sans froideur aucune, et qui s’exprime sans faire trop de fioritures, elle a une réelle présence par sa tenue, son élégance, la qualité de ses déplacements, la beauté et la rapidité technique et esthétique de ses jambes.
J’ai adoré aussi leur milonga, car leur musicalité est indéniable, avec en plus des choses originales et amusantes, sans être prétentieuses….
Pour être tout à fait complète dans ce blog, les quelques portées acrobatiques que nous avons vues étaient également d’une grande beauté. Ils ont incontestablement beaucoup de talent.
Vous l’aurez compris, ce jeune couple qui enseigne à la Rochelle m’a complètement enthousiasmée. Comme quoi une complicité géniale, une technique indéniable même dans les choses simples, et une écoute profonde de la musique peuvent amplement suffire à satisfaire un public qui est plus habitué à du spectaculaire, dans les formes que l’on dit « Nuevo ».
Ceci n’empêche pas cela !
Posté dans Les danseurs | Imprimer | Aucun commentaire »