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Alejandra Mantinan ou la générosité incarnée

Posté par mephisto-tango le 26.2.2008 @ 9:33 Dans Les coups de coeur, Les danseurs | Aucun commentaire

C’est en lisant, sur le Journal « El Tangauta » de mars 2008, l’interview d’Alejandra Mantinan, que je me suis rappelé combien j’ai pu admirer cette danseuse de Tango quand je l’ai vue pour la première fois. C’était à Gand, en Belgique en 1995, avec son partenaire Gustavo Russo, lors d’un spectacle qu’Alain de Caro mettait en scène, avec comme autres artistes notamment Pablo Veron et Gisèle Anne, et Pepito Avellaneda, qui était un vieux milonguero célèbre pour ses milongas. Pepito, mort maintenant depuis pas mal de temps hélas…

Ensuite nous avons revu Gustavo Russo et Alejandra dans un Festival « Les Tango folies » de Lausanne, toujours en 1995, et nous avons alors commencé à suivre leur enseignement.

En 1996, à l’occasion du spectacle « Tango Pasion » à Paris au Théâtre des Champs-Elysées, nous avons suivi un stage intensif de 10h avec eux. Puis en juin 1998, le même Alain de Caro a organisé un stage avec eux à Paris, puis à Nantes en mars 1999 et nous y avons suivi plus de 10h de cours avec eux. En 2001, pour Couleur Tango, nous avons de nouveau pris 12 heures de cours avec eux.

Lors de chacun de ces festivals, j’ai eu toujours la même impression concernant Alejandra Mantinan : c’était une femme qui, de par sa personnalité que je sentais aimable et sympathique vis-à-vis des gens, semblait avoir bien au-delà, une personnalité hors du commun, par une écoute toute particulière de ses élèves et par une intelligence rare qui faisait qu’elle s’adaptait totalement aux élèves même les plus débutants, même les moins doués. De même pour les femmes elle était capable d’expliquer et de montrer, je dirais de démontrer, ce qu’elle faisait. Jamais elle n’a montré de mouvements d’humeur vis-à-vis de ses élèves, alors que quelquefois, avec Gustavo Russo, cela volait bas…….Surtout avant de rentrer en scène ! Sur scène, elle le dit elle-même avec raison, elle était la reine de la scène, tant elle avait de la féminité, de la grâce, du charisme, de l’expérience du public et de ses capacités techniques et esthétiques. C’était ma danseuse de scène préférée tant elle m’impressionnait. Avec Gustavo Russo, ils étaient en harmonie, ils étaient aussi forts l’un que l’autre et aussi beau l’un que l’autre dans leurs chorégraphies. Tout était réglé au quart de poil près. Ils ont partagé beaucoup en travaillant ensemble pendant 14 ans, ils étaient les meilleurs danseurs de scène, et personnellement je n’ai plus jamais retrouvé un tel couple aussi original, aussi brillant et aussi beau depuis leur séparation.

Parmi tous les êtres humains il y a quelque chose de tout à fait mystérieux : l’attirance. Je rassure tout le monde je ne suis pas homosexuelle, mais cette femme m’a laissé un souvenir qui tient à sa personnalité propre, à sa personnalité qui était, à mon avis, faite d’un grand naturel, de fraîcheur, de spontanéité, de gentillesse, de générosité sans compter, de franchise et de bonne humeur, sans avoir la moindre idée malsaine dans la tête. En dehors de cela elle a une plastique impeccable. Anecdote amusante : en 2001 (nous les connaissions déjà très bien, et eux aussi), nous prenions Frédéric et moi-même des cours avec eux, et elle est intervenue vers nous pour nous corriger une faute technique. Faute que nous avons corrigée de suite, et pour signifier son contentement, Alejandra a tapé espièglement sur les fesses de Frédéric, histoire de lui dire : « bravo ! » en s’éloignant avec un clin d’oeil. Tout le monde s’est bien marré et le cours a repris dans la bonne humeur.

Certains en auraient été choqués, mais il fallait y voir un mouvement spontané et amical. Il n’y avait là aucun manque de respect ni aucune condescendance, mais simplement une marque d’empathie.

L’interview d’Alejandra m’a révélé une autre facette de sa personnalité que je ne soupçonnais pas, d’abord ses difficultés suite à son accident à l’âge de 6 ans, et sa volonté farouche de s’en sortir grâce à la danse. Volonté qu’elle montre tout au long de sa carrière : ceci explique cela.

La plus grande surprise pour moi a été de lire : « j’ai une personnalité très introvertie, je ne montre jamais mon moi profond. Je peux me sentir très mal et apparaître tout à fait géniale ! » Ce qui voudrait dire qu’elle a bluffé tout le monde en surpassant sa timidité naturelle pour se montrer à son meilleur niveau, non seulement dans la danse, sur la scène, mais aussi dans son contact avec les gens dans tous ses cours….Voilà un signe, ou alors je ne m’y connais pas, d’un professionnalisme qui dépasse l’entendement ! Même quand elle est déprimée ! Signe d’une femme responsable, sérieuse et estimable.

Côté enseignement elle aide les gens, plutôt que les inciter à copier leurs professeurs. Elle écoute ses élèves, elle s’adapte à eux…N’est ce pas le signe de la plus pure générosité ?

Elle parle de la perte de la solidarité dans les milongas, et ceci à Buenos-Aires ; alors à Paris…..N’en parlons pas, tout au moins pas encore !

Avec Gabriel Misse c’est autre chose. Tango plus Salon comme elle dit, plus Milonguero. Hum … Pardonnez moi cette analogie : c’est donner une Formule 1 à un conducteur de Porsche …Gabriel Misse est un excellent danseur bien sûr, mais les styles sont trop différents et la connexion n’est pas si bonne entre eux par moment…

« Ma vie a toujours été suspendue à mes jambes et à mon cœur, pas à mon esprit ».

Si nous devions retenir que cette citation d’Alejandra Mantinan, ce devrait être celle-là.

Le cœur et les jambes.


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