« Le jour où l’on commence à croire que l’on danse bien, on arrête d’apprendre. »
(Virulazo)
On le voit partout, dans tous les cours de Tango argentin et ceci à travers toute la France, les élèves généralement ont tendance à ne pas avoir conscience de leur propre niveau de Tango. Ce manque de réalisme amène à voir des danseurs et danseuses de niveaux différents dans un même cours (débutant, moyen, avancé). Secondairement, au vu de ces élèves, les enseignants peuvent avoir tendance à niveler le niveau annoncé initialement, par le bas, et ainsi à ne pas respecter leur engagement de départ. Ceci est évidemment préjudiciable pour tout le monde car la frustration engendrée, aussi bien pour les élèves qui ont bien respecté le niveau (et qui ne progresseront donc pas autant) que pour les enseignants, peut être importante. Inversement, si les enseignants respectent le niveau annoncé, ils peuvent s’attendre à voir les élèves ne pas suivre, car n’étant pas prêts. Et si ceux-ci sont en majorité dans les cours, les enseignants peuvent se sentir très seuls et frustrés, avec des pensées négatives et en conséquence, néfastes. Anxiété et impatience peuvent être ressenties, aussi bien du côté des élèves que des enseignants et en définitive, chacun peut ne pas y trouver son compte à la fin.
Comment faire pour résoudre ce problème de disparité de niveau dans un même cours ?
Le bon sens, évidemment, est de dire qu’il est nécessaire pour un élève de connaître son niveau personnel, et de s’y conformer pour choisir, en conscience, les cours bénéfiques pour soi.
Quand on est débutant, il est en effet dommage de griller les étapes et de chercher à entrer dans des cours où on apprend les mouvements où les jambes se mêlent par exemple. Bien sûr que ces mouvements attirent, bien sûr que c’est superbe, étonnant, passionnant. Mais chaque chose en son temps. Il est plus judicieux, d’abord, d’apprendre la marche à deux, l’équilibre, la posture, l’enlacement, les changements de poids, les pivots, le guidage et la réception du guidage pour la partenaire…. Commencer doucement, faire des choses simples sans impatience et sans brutalité, acquérir des bases solides sont les secrets d’un apprentissage réussi ! Ensuite on construit par-dessus, plus ou moins vite selon ses propres possibilités physiques et son propre ressenti.
En outre, lors des changements de partenaire, (changements de partenaires indispensables et nécessaires pendant le cours) il peut arriver qu’une partenaire du niveau correct « tombe » sur un partenaire d’un niveau insuffisant. Cela génère dans ce nouveau couple une incompréhension, un énervement et même une dispute qui peuvent nuire à l’ambiance générale, et cet homme sera laissé de côté par les femmes qui ne désireront plus passer entre ses bras ! La situation inverse est, du reste, tout aussi vraie.
Quand on est avancé, il est loin d’être inutile de revoir les bases et de les travailler pour soigner la qualité du pas ou la qualité du déplacement. Chaque professionnel, homme ou femme, n’hésite pas à prendre des cours avec d’autres professionnels pour enrichir leurs connaissances et aussi revoir les bases.
Les enseignants peuvent-ils résoudre ce problème de disparité dans leurs cours ?
Il est très difficile de dire à un élève : « non, tu ne peux entrer dans ce cours, c’est trop difficile pour toi » sans créer chez cet élève un sentiment de rejet qui pourra par la suite le dégouter de continuer. Il n’existe pas non plus d’examen, ni de sélection, avant les cours, pour voir le niveau de chaque élève présent. Comment faire alors ? L’expérience nous a montré qu’il est encore plus préjudiciable de ne pas respecter les niveaux annoncés. Les élèves qui ne peuvent pas suivre, d’eux-mêmes arrêtent de prendre des cours de niveau trop élevé pour eux. La sélection s’opère ainsi naturellement. Certains élèves n’acceptent pas de ne pas suivre et font des reproches divers et variés aux enseignants, mais, globalement, ce n’est qu’un moindre mal !
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30.5.2008 à 11:20
Tout ceci est assez vrai, j’ai pu le vérifier dans les cours que je prends… j’ai changé de profs l’année dernière et en arrivant dans le cours où j’estimais que le niveau me correspondait, j’ai bien vu que j’étais entouré de danseurs plus expérimenté que moi; je me sentais si bête… le premier mois était dur, mais je me suis accroché et maintenant j’ai toute ma place dans ce cours.
Comme quoi, même si on n’est pas forcément à sa place dans un cours, si on reste rigoureux et passionné, on peut rattraper la différence par rapport au niveau demandé…
9.6.2008 à 15:00
Dans les petites villes, le problème est moindre. D’une part, professeurs et élèves se rencontrent fréquemment dans les quelques milongas de la région, et le professeur qui connaît bien son élève peut lui indiquer quels sont les cours les plus appropriés. Et l’élève qui serait en désaccord avec les recommandations d’un prof a beaucoup moins de possibilités de changer de prof.
A Paris, je suis très impressionné par les professeurs, qui arrivent à donner des cours potables alors que le niveau, l’assiduité et la capacité à apprendre varie beaucoup d’un élève à l’autre.
J’étais dans une ville où il y avait une milonga par semaine (plus quelques autres possibilités dans la région) avant de venir à Paris. Curieusement, mon comportement a changé.
Autrefois, j’étais assidu au cours, et j’approuvais les changements de partenaire pendant les cours, je trouvais même qu’on ne changeait pas assez.
A Paris, je prends des cours irrégulièrement. Je vais tantôt chez un prof, tantôt chez l’autre. Je suis déjà allé à des cours en solo, et il m’est arrivé d’y trouver des partenaires dont le niveau était insuffisant pour ma progression. Désormais, je ne vais aux cours qu’avec une partenaire attitrée.
Il est très difficile pour un élève d’estimer son propre niveau. Le tango a comme piliers les éléments que sont la posture, la marche, le pivot, le rythme, le guidage, l’interprétation musicale. La maîtrise de ces éléments est progressive, même les danseurs ayant de nombreuses années d’expériences ont encore à corriger certains défauts.
Mais à la question “savez-vous vous tenir droit/marcher/guider/sentir le rythme ?”, toute personne ayant suivi plus d’un mois de cours répond oui, donc comprend peu pourquoi elle devrait encore suivre des cours portant sur ces thèmes. Pour que l’élève s’y retrouve mieux, on pourrait utiliser une classification des niveaux comme ce que l’on trouve dans certains dépliants de stages :
Niveau 1 : Initiation faite, apprentissage de la base* en cours.
Niveau 2 : Base* connue, un à deux ans de pratique régulière.
Niveau 3 : Base* bien acquise, pratique d’au moins deux ans.
Niveau 4 : Base élargie** maîtrisée, environ quatre ans de pratique.
Niveau 5 : Approfondissement des techniques acquises dans les
niveaux 3 et 4 ; niveau réellement avancé.
*Base = équilibre, posture, marche, guidage, circulation en bal, huit
avant, huit arrière, tours à droite et à gauche.
**Base élargie = base +ocho cortado + fioritures + cadena + rythmique
+ improvisations + musicalité + maîtrise de différents styles.
Une telle grille, même si largement imparfaite, permettrait aux élèves de mieux cerner leur progression. En la voyant, ils pourraient se demander s’ils ont le niveau requis pour un cours donné, et ils poseraient sans doute plus fréquemment la question au professeur.
10.6.2008 à 12:14
A Buenos Aires, pour résoudre le problème la plupart des profs séparent la classe en deux groupes quand il y a trop de disparité de niveaux (ce qui arrivent souvent avec les touristes). C’est pas si mal, même si je ne l’ai jamais vu faire à Paris.
12.8.2008 à 13:36
Je suis d’accord avec toi Bernadette sur presque tout. Mais je pense que les profs sont assez responsables de tout ca. Je m’explique :
- les élèves, quand ils abordent le tango, ils croient que le tango, ce sont des boléos, des ganchos, etc… Ils n’ont pas forcément pleinement conscience que ce sont des figures pour le spectacle, et que le tango c’est avant tout de la marche, des pivots, de la posture et de la connexion. C’est d’ailleurs sans doute pour cela, qu’il y a très peu de danseurs sur Paris, même avancé, qui ont une bonne posture par exemple, ce qui me semble assez aberrant à mes yeux, mais bon…
Mais en même temps, on ne peut pas blâmer les élèves car ils n’y connaissent rien par définition.
Par contre ce que je constate par rapport aux profs :
- au lieu de mettre les élèves dans le droit chemin, ils leur enseignent en général trop tôt les figures du tango, avant même qu’ils sachent correctement marcher.. C’est particulièrement flagrant dans les cours intermédiaires à Paris. Bien sûr, souvent les profs m’ont dit qu’ils suivaient la demande des élèves. Mais en même temps, comment peut on suivre la demande de quelqu’un qui par définition vient apprendre et donc comprend bcp moins bien tous les concepts du tango ? Ce n’est pas à l’élève de donner la direction du cours…
- Il y a en général trop peu d’explications données sur la technique de marche, de pivot, de connexion. Combien d’entre nous ont entendu le mot connexion en cours ? Et combien d’entre nous comprennent réellement ce que cela veut dire et ce que cela implique concrètement ? Cela reste un concept abstrait pour beaucoup de gens au fond. J’ai une amie débutante qui me disait que ces profs, à chaque fois qu’ils abordaient le concept de connexion, s’excusait d’embêter les élèves sur ce point, et essayaient de ne pas trop s’attarder dessus. Mais la connexion est central dans le tango ! Comment peut on ne pas s’attarder dessus ? Et comment les élèves vont comprendre l’importance du concept, si les profs ne s’attardent pas ?
- Troisième chose : il faut voir les profs qui dansent en bal (bon pas tous mais une bonne partie) !! Ils enchainent les figures comme en spectacle !! Donc quel est l’image d’un élève qui regarde ? Comment va-t-il comprendre que le tango c’est avant tout de la marche ? Ce n’est pas du tout l’exemple qu’il a sous les yeux !! Il va donc forcément essayer de griller les étapes…
Les élèves répètent bêtement les exemples qu’ils ont sous les yeux… C’est aux profs de leur montrer la voie, de les diriger et d’insister sur les choses qui ont une réelle importance.
12.9.2008 à 10:06
Pour ma part je pense que les deux parties sont responsables:
~ d’un côté,les élèves qui n’estiment pas leur niveau, et, comme le souligne Marc, pensent que le tango est fait de figures, et se disent qu’au bout d’un mois de cours ils maîtrisent la marche.
~ de l’autre, les profs qui vendent de la figure au kilomètre (beaucoup plus “facile”, que de rentrer dans les subtilités de la connexion, de l’écoute, de la musicalité, de la finesse d’un guidage respectueux de la partenaire etc…)…
s’ouvre alors la réflexion sur “qu’est-ce qu’un bon prof?”… mais il s’agit ici, de se demander comment un prof peut tourner son argumentation et faire comprendre à son élève qu’il n’a pas le niveau pour suivre… On peut subodorer, comme en témoigne Jérémie, que la motivation aidant l’élève, en s’accrochant, rattrappe le niveau des autres… c’est faisable, si le delta n’est pas trop important…
en réponse à Sharquak, qui cite pour classifier les niveaux la plaquette des stages de l’association “Le Temps du tango”, le nombre d’années ne fait pas forcément les bons danseurs… et malgré cette note très clairement indiquée sous les programmes de cours, on voit débarquer en cours avancé (niveau 4/5 pour LTDT) des danseurs qui n’ont pas du tout le niveau (étant présente assez régulièrement dans les stages du LTDT, je peux en témoigner)… mais peut-être ne savent-ils pas lire…
sans pouvoir donner de recette miracle, je dirais que la meilleure des attitudes est d’essayer de faire prendre conscience à l’élève qu’il vaut mieux commencer doucement pour que les bases soient solides, et bien construites, et lui assurer que par la suite les progrès se feront de plus en plus vite…
sinon, c’est comme vouloir courir avant de savoir marcher!
ou bien vouloir construire une maison sur des sables mouvants…