juin 2008
L Ma Me J V S D
« mai   août »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30  
Liens

Les Argentins sont chauds ou les fol(les) de Chaillot

« Existe-t-il une danse plus érotique, bien que trop savante pour s’y mettre sans fracas ? » Hanna Schygulla.

« Grotesca Pasion Trasnochada » : Programme 1 de « Buenos-Aires Tango 4 » au théâtre national de Chaillot à Paris, juin 2008.

Excellent début que ce programme n° 1 ! Avec le quintette Ramiro Gallo et la compagnie de danse No Bailaras dont la directrice et la chorégraphe - brillantissime- est Silvana Grill.

Ramiro Gallo, violoniste arrangeur et compositeur, a fondé son propre quintette en 2000. J’ai beaucoup apprécié cette musique actuelle de Tango, merveilleusement jouée par 5 musiciens, dont Ramiro Gallo lui-même qui a composé et joué ses œuvres. Ramiro Gallo est violoniste dans l’Orquesta de Tango de la Ciudad de Buenos-Aires, soliste de l’Orquesta Escuela de Tango que nous verrons à Chaillot dans le programme 2 et le programme 3, et 1er violon de l’orchestre El Arranque.

Ramiro Gallo Quinteto :
- Ramiro Gallo : violon
- Martin Vasquez : guitare
- Lucia Ramirez : bandonéon
- Marcos Ruffo : contrebasse
- Adrian Enriquez : piano

Le titre de ce premier programme est : « Grotesca Pasion Trasnochada » qu’ils ont traduit en Français par « Passion grotesque et dépassée ».

Citons en premier les 3 couples de danseurs de la compagnie :
- Paula Gurini et Mariano Bielak
- Julieta Biscione et Roberto Castillo
- Gimena Aramburu et Juan Fossati

Grotesca Pasion Trasnochada

Pourquoi ce titre ? Le Tango est-il vraiment une passion grotesque et dépassée ? Y a-t-il un lien entre le Tango argentin, la passion, le grotesque et le côté ringard et dépassé de ce genre de danse ? A en croire Silvana Grill, la jeune et jolie chorégraphe, la réponse est oui. Elle a su, en proposant son travail sur la musique de Ramiro Gallo, nous montrer que le Tango peut être vu également comme un mélange de modernité, d’innovation et de tradition.

Mais le Tango n’est pas que cela pour elle, car elle a mis l’accent, dans ce spectacle, sur le côté érotique, sensuel, insolent, provocateur et transgressif, même si bien sûr, nous ne rencontrons pas de tels comportements aussi caricaturaux dans les milongas. Il s’agit d’une parodie portée à son point extrême. Ce spectacle m’a plu infiniment, car, en dépit du côté très « olé, olé » de certaines chorégraphies, je n’y ai jamais vu de vulgarité. Au contraire, le tout a été construit avec beaucoup d’humour et d’ironie, en y intégrant le côté esthétique. La salle a souri et même ri, et le rire fait passer beaucoup de choses qui, autrement, auraient pu paraitre choquantes.

Rendons un hommage appuyé aux 3 couples, jeunes danseurs et danseuses très beaux et élégants, sexy, avec un niveau technique très élevé, ne serait-ce que par les acrobaties et les portés originaux réalisés avec une maîtrise parfaite, dans la rapidité et l’énergie du mouvement. Nous avons vu des figures extrêmement modernes, qui font penser incontestablement au style du Tango Nuevo. Ce sont de vrais danseurs de Tango qui excellent dans les déplacements au sol, rapides ou lents, et dans la qualité technique des boleos, ganchos, ochos.

Revenons à l’esprit des très belles chorégraphies de Silvana Grill.
Scénettes très chaudes et irrévérencieuses. Un nu intégral vu de dos (une femme) ; 3 danseurs couchés sur la scène mimant leur acte sexuel avec une femme de leur imagination ; 3 danseuses aguichantes faisant glisser leur petites culottes ; un baiser surprise sur la bouche entre deux danseurs ; l’échangisme sexuel de partenaires entre les 3 couples ; les « tripotages » corporels des mains des danseurs sur les corps des danseuses ; un simili strip-tease des trois danseurs ; les trois danseuses s’accaparant le même danseur et le déshabillant ; les danseuses recouvrant de leur jupe la tête des danseurs à genoux devant elles….

Quand on raconte cela par les faits sans aller au-delà et sans chercher à comprendre, on ne voit que le côté sexuel du Tango, mais tout ce qui a été représenté sur scène est caricatural et parodique, bien qu’ayant un fond de vérité…. Dans les milongas nous ne voyons jamais heureusement de telles scénettes. Ce que nous voyons ou vivons, dans les milongas, est plus subtil, plus caché. Mais le résultat peut être le même, le désir érotique éprouvé dans les milongas en dansant, peut conduire parfois à l’acte sexuel proprement dit dans un autre lieu…

Silvana Grill a voulu représenter dans son spectacle les divers types de relations qui se nouent autour du Tango dans les milongas. Quand les trois danseuses s’accaparent un danseur et cherchent à le déshabiller, ne peut-on pas voir en réalité que certains très bons danseurs, en milonga, sont très recherchés et demandés par les danseuses qui espèrent danser avec lui jusqu’à l’infini ? Le désir de ces danseuses envers lui est là, de la même façon, intact. D’autre part, quand nous voyons dans les milongas un couple dans une parfaite connexion et dansant dans un bonheur parfait, quasi en transe, comment ne peut-on pas voir la danse « orgasmique » de Silvana Grill ? Les femmes qui enlèvent leurs petites culottes d’un air entendu et qui en dit long sur leurs envies, ne sont-elles pas représentatives des femmes dans les milongas qui se mettent en avant pour se faire remarquer des danseurs ? L’échangisme débridé et hystérique des partenaires entre les 3 couples sur scène, n’est-il pas le reflet de changements de partenaires sexuels dans la vie, aussi bien chez les professionnels que chez les amateurs ?

Ce spectacle de qualité peut se résumer en 4 mots : rire, désir, surprise, érotisme. Silvana Grill a porté au rouge, avec humour et joie, la représentation de la relation sexuelle dans le Tango argentin. Elle a mis dans le mille.

1 réponse pour “Les Argentins sont chauds ou les fol(les) de Chaillot”

  1. jérémie indique :

    Comme vous l’analysez là, c’est vrai que ça a l’air génial, bien pensé, intéressant… mais dans la réalité, j’ai trouvé ça chiant comme la mort.
    Ca ne m’a pas plu car le spectacle n’a gardé du tango que le côté sexuel et pas l’émotion…c’est pour ça qu’au contraire, moi je trouve ça vulgaire. Les chorégraphies n’étaient pas très élégantes, il n’y avait que la musique qui me convenait (même si elle avait tendance à monter trop dans les aigus) et ce n’est d’ailleurs que pour l’orchestre que j’ai applaudi.

    Mais le bal après, était sympa, de la place et de la bonne musique…

Laisser une réponse