Tangos clasicos I
L’orchestre :
Une retrouvaille de toute beauté cette année à Chaillot avec l’excellent Orquesta Escuela de Tango Emilio Balcarce. Dirigé actuellement par le digne successeur d’Astor Piazzolla, à savoir le célébrissime et brillantissime bandonéoniste Nestor Marconi, cet orchestre tipica de jeunes musiciens de grand talent (dont le violoniste soliste Ramiro Gallo vu avec son quintette lors du programme 1), est incontestablement l’un des meilleurs au monde. L’effectif de cet orchestre est important : 7 violons, 1 alto, 6 bandonéons, 1 violoncelle, 1 contrebasse, 1 piano. Citons aussi l’impressionnant 1er bandonéon : Federico Pereiro. Nestor Marconi a joué en fin de programme avec son orchestre, et il est inutile de dire que ce bandonéoniste, que je tiens, à tort ou à raison, comme le meilleur, a tiré de son bandonéon une sonorité magnifique, intense et émouvante. En même temps il a développé une indéniable virtuosité que l’on a pu apprécier dans ses arrangements de divers thèmes d’Astor Piazzolla. La chair de poule…….
Les danseurs :
Retrouvailles également pour tous ces artistes que nous connaissons parfaitement bien. La jeune génération : Esteban Moreno et Claudia Codega ; Sebastian Arce et Mariana Montes ; Damian Rosenthal et Céline Ruiz.
L’ancienne génération : Gloria et Eduardo Arquimbau. On ne peut pas comparer la façon de danser entre juniors et seniors, aussi bien sur le plan de la technique que sur le plan de l’esthétique. On peut regretter de voir Gloria et Eduardo danser les mêmes chorégraphies depuis 30 ans (si ce n’est davantage), mais celles-ci sont tellement vues et revues, répétées et re-répétées, qu’elles paraissent couler de source, naturellement et avec le sens du jeu. Notons la magnifique énergie de Gloria qui nous ferait presque oublier son âge … Comme quoi le Tango conserve ! Ils ont été du reste, fort applaudis.
Pour la génération des jeunes danseurs, je suis toujours impressionnée par l’élégance innée d’Esteban Moreno, et Claudia est toujours aussi belle. Ils ont su s’adapter remarquablement bien à l’évolution du Tango dansé, depuis la première année où ils sont arrivés à Nantes en 1993 pour leur premier Festival en France. Ensuite, avec l’expérience et le travail, ils sont devenus une valeur sûre du Tango et leur réputation n’est plus à faire à travers le monde. Ils ont prouvé tout au long de ces années combien ils sont magnifiques aussi bien en Tango traditionnel ouvert ou fermé, qu’en Tango moderne et « Nuevo ». Esteban et Claudia sont de beaux et grands danseurs, intelligents et ouverts d’esprit.
Sebastian Arce et Mariana Montes dansent à Chaillot pour la première fois, c’est une consécration pour eux. Toujours très esthétiques et techniquement parfaits, Sebastian et Mariana portent et supportent l’évolution du Tango dansé, par leur originalité et leurs innovations. Toujours très en harmonie l’un avec l’autre, toujours connectés ensemble de façon quasi magique, abrazo très au point, ils évoluent sur scène comme des félins. Leur déplacement au sol, leur musicalité, leur sens du mouvement et du rythme, leur dynamisme sont très certainement des plus remarquables. Mariana est toujours aussi belle et élégante. Signalons les chorégraphies de groupe créées par Sebastian, ingénieuses mais peut-être manquant un peu de répétitions en raison du synchronisme quelquefois inégal entre les 3 couples lors des figures et des mouvements en commun. Félicitons Sebastian pour l’originalité de ses chorégraphies.
Damian Rosenthal et Céline Ruiz ont fait des progrès phénoménaux depuis quelques années. Leurs chorégraphies, très théâtrales, sont spectaculaires et Céline est parfaitement mise en valeur par Damian. Céline est avantagée par une souplesse exceptionnelle, les amplitudes de ses volcadas par exemple sont impressionnantes. Portés tous les deux par des mouvements très originaux, ils font partie maintenant du gratin du jeune Tango argentin dansé.
Les musiciens invités :
Cesar Salgan (piano) et Esteban Falabella (guitare) en duo.
Cesar Salgan est le digne fils d’Horacio Salgan, compositeur et pianiste de Tango mondialement connu. Il a appris avec son père. Alors pas étonnant que l’on retrouve chez le fils le style du père, un peu jazzy, et un peu, beaucoup Tango. Avec la guitare, « El Choclo » revêt des vêtements Tango avec des broderies nord américaines !
Le chanteur :
Juan Carlos Godoy
Voici un très vieux monsieur entrant en scène avec difficulté. Présentation de ce chanteur faite par Nestor Marconi. Comment va être sa voix, vu son âge ? Elle fut bien. Inutile d’avoir eu peur pour elle, elle a été claire, juste, chaleureuse, émouvante, puissante, modulée, tendre, et violente aussi. Le vibrato, qui se détériore avec l’âge, était-il encore là ? Oui, mais sans forcer, ce qui pouvait la mettre en difficulté dans le cas contraire. Ce chanteur de talent a eu la sagesse de ne jamais insister sur le vibrato. Pas fréquent ! Merci Monsieur Godoy pour nous avoir ravi avec votre voix qui ne vous a pas trahi un instant.
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