Comme ce fut la première fois cette année où j’allais à Prayssac pour le 13ème festival de Tango argentin organisé par le Temps du Tango, je ne me permettrais pas de porter un jugement sur ce Festival afin de savoir si ce fut une bonne, moins bonne ou excellente cuvée, par rapport aux autres années. Ceux qui sont allés plusieurs années de suite peuvent dire ce qu’ils en pensent !
Néanmoins je peux donner mon opinion sur ce que j’ai vu, entendu, et vécu de façon générale lors des milongas du soir, sur les deux semaines où ce Festival se passait.
Ricardo Calvo et Sandra Messina
L’association Le Temps du Tango a voulu mettre l’accent sur ce couple et le mettre à l’honneur, non seulement en raison de leur réputation, mais également en raison de leur aptitude à travailler, années après années avec le Temps du Tango aussi bien à Paris qu’à Prayssac. Effectivement qui ne connait pas Ricardo Calvo ? D’abord avec sa partenaire précédente Marisa Talamoni, ensuite avec Sandra Messina depuis quelques années. En démonstration, leur Tango est devenu très humoristique, à la limite frôlant - je dis bien frôlant - le ridicule avec le jeu de jambes et de pieds de Ricardo, beaucoup trop prononcé à mon goût. Privilégiant la virtuosité à outrance pour faire du spectaculaire dans le but unique de faire du spectaculaire, Ricardo (heureusement que c’est un excellent danseur) se met en danger constamment par des pseudo-déséquilibres involontaires qu’il rectifie immédiatement. Le problème est que cela donne un résultat mitigé entre une maîtrise technique sûre et le désir de faire de l’épate par une vitesse excessive des jambes et des pieds. Si l’épate est contrôlée dans une mesure raisonnable et si l’esthétique va avec, tout va bien, mais à mon sens ce ne fut pas le cas. Et pourtant, dans la sobriété et l’improvisation simple, Ricardo est un merveilleux danseur plein d’élégance, très créatif et généreux. Ricardo n’a pas besoin de faire de l’épate, il n’a pas besoin de ça.
Sandra a toujours le sourire en dansant et c’est un ravissement. Elle est infiniment gracieuse et ne cherche pas à en faire des tonnes. Vous l’aurez deviné : je la préfère, d’autant plus que sa technique est parfaite. Elle est heureuse de danser, et cela se voit. Elle se donne au Tango, à la musique et à son partenaire, et ça c’est un régal.
En dehors de leurs démonstrations et de leurs cours, Ricardo et Sandra ont animé une conférence sur l’Histoire du Tango des origines à nos jours, et cela mérite d’être signalé car cette conférence a été construite par eux de main de Maîtres, avec démonstrations des divers styles de tango (en se moquant parfois des travers des élèves, et en se moquant aussi d’eux-mêmes, du reste, ce qui fut fort sympathique !), avec projection de vieilles photos des orchestres, des danseurs, des chanteurs, et de Buenos-Aires du début du XXème siècle. On a beau connaître l’histoire pour l’avoir lue et relue, tout cela a été d’un grand intérêt. On ne peut qu’adhérer à instruire l’Histoire du Tango.
Gustavo Rosas et Gisela Natoli
Waouh ! A tomber par terre. A se mettre à genoux. Merveilleusement parfait, maîtrisé, merveilleusement beau, chorégraphies et improvisations. Brillantissimes dans l’exécution des acrobaties, dans la musique et dans l’esthétique, dans la création et dans l’interprétation artistique, et en même temps dans le ressenti, la connexion entre eux. Que de travail, que de répétitions ! Ce fut très virtuose, mais tellement travaillé, tellement propre, tellement pétrit de naturel à force de travail que le résultat fut phénoménal, et je fus phénoménalement transportée d’enthousiasme !
Fernando Nahmijas et Valeria Cuenca
Autre couple à tomber par terre, alors qu’ils sont très jeunes et pas aussi expérimentés que Gustavo Rosas et Gisela Natoli. Ces deux jeunes d’une vingtaine d’années promettent énormément car en dehors d’une incontestable perfection technique, ils ont trouvé leur style dans un Tango très sentimental, sensuel et romantique. Là aussi que de travail et de répétitions pour que leurs chorégraphies soient parfaites, profondes dans l’esprit du Tango qu’ils veulent interpréter….Ils ont su se servir de leur grande taille pour faire des mouvements amples de grande beauté, avec un sens artistique hors norme. Un couple à suivre incontestablement et qui plus est délicieusement charmant, s’étant liés d’amitié avec un couple de danseurs amateurs de notre connaissance…
L’orchestre Sexteto Andorinha et le chanteur Sergio Gobi
Le Sexteto Andorinha n’est plus à présenter car il est l’habitué des milongas des festivals organisés par Le Temps du Tango. Bon orchestre, bons musiciens possédant parfaitement bien leur répertoire. Tous les soirs ce même répertoire, pendant 15 jours. Y compris pour le concert. Malgré mon amour pour cette musique, malgré mon intérêt pour cet orchestre, je n’ai pu m’empêcher d’avoir quelquefois quelques instants de lassitude. Je n’ai pas eu de frissons caractéristiques de la musique qui prend aux tripes, et qui fait que l’on se sent sur une autre planète. Surtout la deuxième semaine. Cet orchestre est bon, mais il manque souvent de vie, il manque la joie de jouer : les musiciens s’ennuient-ils soir après soir ? Le chanteur Sergio Gobi, par contre, vit sa musique : en plus d’avoir une belle voix pleine d’émotion, il est expressif dans sa gestuelle et il cherche à faire partager au public son émotion. Qu’il soit remercié, il a bien souvent sauvé des œuvres interprétées de façon un peu trop fade par l’orchestre.
Les DJs : Pierre et Philippe en alternance
Bonne musique, variées, bonnes programmations. J’ai noté quelques Piazzolla, quelques électro-Tangos…..Cela m’a étonnée mais j’étais toute émue de voir que, eux aussi, ils évoluent vers plus de modernité ! De façon timide certes, mais cela mérite d’être signalé !
Signalons enfin l’excellent buffet de fin de stage, et l’excellente organisation des milongas grâce à toute l’équipe du Temps du Tango !
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12.9.2008 à 10:37
chère Bernadette,
je viens ajouter mon ressenti à ton commentaire que je partage en grande partie!
Concernant les couples: Gisela y Gustavo et Valeria y Fernando j’approuve à cent pour cent. Ayant suivis leurs cours, je peux ajouter que l’un et l’autre sont des pédagogues remarquables de gentillesse, de précision, et de clareté!
je tiens à souligner le fait que chacun de ces deux couples transmet en cours le style, la technique qu’ils pratiquent pendant le bal, et même pour certains éléments (ormis les portés, les grands sauts réservés à la scène) dans leurs démos.
Par contre, je ne partage pas vraiment ton opinion sur le sourire de Sandra… je le trouve artificiel et figé… de plus quand Ricardo se met à “péter les plombs” et s’emballe en faisant le fanfaron, son sourire devient un rictus d’angoisse…
j’ai énormément ressenti le fait que Ricardo la mettait en danger pendant ces démonstrations de vélocité… je ne dirais pas de virtuosité car j’ai vu un danseur trépigant (comme un gamin faisant sa crise) sur place, sans que ses jambes viennent dans l’espace de la danseuse (la pauvre Sandra faisait des tours et des tours autour de Ricardo, bien docile, en s’appliquant à executer l’enchaînement “traditionnel”: pas côté, pas avant, pas côté, pas arrière)… la véritable virtuosité aurait été que le danseur glisse subreptissement un petit gancho, ou un battement de jambe pendant une ouverture ou un pas croisé de sa partenaire…
bref, cette démonstration de Ricardo et Sandra, m’a mise mal à l’aise pour elle, et m’attristé pour lui…
pour en terminer avec ce couple, la proposition pédagogique de Ricardo est à des lieux de sa façon de danser… en cours (car j’ai aussi suivi ses cours) nous travaillons en statique des mouvements qu’il décortique au point de leur enlever toute dynamique (où est la danse????), bien sagement alignés en rang d’oignon, tel un bataillon de la légion sous l’oeil inquisiteur et limite méprisant de cet Argentin, qui semble penser que les Français sont incapables de comprendre de qu’est le tango…
je n’ai pas aimé, mais visiblement d’autres adorent se faire torturer de la sorte: les cours de Sandra et Ricardo étaient pleins!!!!
Il ya avait deux autres couples présents, dont je n’ai pas suivi les cours mais dont j’ai vu les démos:
Bruno Calvo (Papa a placé son rejeton, avant de partir à la retraite…) et Maia Gimenez: il semblerait que le couple ait été “fabriqué” pour ce stage, et donc n’était pas vraiment bien assorti… elle danse et enseigne habituellemnt au Japon… Lui: on sent un grand potentiel, mais sa danse, à mon goût manque de précision. c’est un jeune chien fou… mais je pense qu’avec l’âge il développera un véritable style qui lui sera propre.
Maia semble avoir une très grande maîtrise, j’ai entendu dire que ses cours “technique de femme” étaient très bien.
Ce qui manquait à ce couple: la connivence qui s’établit avec la pratique…
un dernier couple: Véronique Guide et Juglio Luque… que dire… Véronique regarde tout le temps par terre… on ne lit aucun plaisir de danser sur son visage… Juglio fait des effets de Voix, et de poses finales… mais à part ça… c’est pathétique, c’est “vieux”, c’est une caricature de tango…
on m’a dit qu’ils étaient autodidactes en tango… ils seraient temps qu’ils prennent quelques cours…
Concernant les Djs: j’ai beaucoup braucoup apprécié les choix musicaux de Pierre, que j’ai félicité de vive voix!
en conclusion, j’ai adoré ces moments passés à Prayssac!!! et les milongas tous les soirs me manquent cruellemment…
j’ai hâte d’être à l’été prochain!
12.9.2008 à 12:12
Bigre, Latocaya, tu y vas fort pour Ricardo ! Mais peut-être lira t’il ces commentaires et en retirera t’il quelque enseignement…
12.9.2008 à 17:26
désolée si mes propos semblent virulents, je ne fais qu’exprimer mon ressenti. mon avis n’engage que moi (et j’assume!).
Peut-être mon oeil de danseuse et de professeur (dans une autre technique que le tango, mais qui me permet d’avoir une analyse de l’enseignement qui est proposé) s’apparente plus à un scalpel qu’à des “lunettes roses”… et que mon exigeance (aussi bien envers moi-mêm qu’envers les autres) s’en trouve accrue…
je ne sais si Ricardo attacherait de l’importance à ce que je pense… après tout, qu’est-ce que j’y connais en tango, moi?
20.9.2008 à 9:09
Tout à fait d’accord pour ton apréciation sur Valéria/Fernando et Gisela/Gustavo. Ce sont des enseignants précieux et d’une gentillesse à toute épreuve
Ricardo en fait parfois un peu trop et d’ailleurs ça lui a valu de se “planter” sur le parquet glissant de la Cité Universitaire. Mais quand il danse “au naturel” en bal avec Sandra, il a un style beaucoup plus apuré et ce sont tous deux de merveilleux danseurs.
Un bémol sur le chanteur Sergio Gobi que je trouve un peu trop maniéré.. Je ne peux pas dire qu’il m’ai pris aux tripes.
La sono de la salle des fêtes était parfois défaillante Dommage
Globalement toutefois, un “bon cru” 2008 et je pense revenir à la moindre occasion..