Ce week-end je suis allée à l’Université d’été organisée par le Temps du Tango, et j’ai pu participer en tant qu’auditeur libre, à la conférence – table ronde : « La dimension sexuée du Tango » animée par le bien connu Christophe Apprill (danseur, sociologue, écrivain…), accompagné par les non moins connus Rémy Hess et Catherine Berbessou, entre autres. Cette conférence a fait la part belle aux rôles homme / femme dans le Tango, ce que cela représente en psychologie, et, de façon très générale ce que représente le Tango, danse inégalitaire, dans les comportements humains, entre hommes et femmes.
L’objet de ce blog n’est pas tant de faire un compte-rendu narratif de ce qui s’est dit lors de cette conférence (du reste, bien appréciée par l’auditoire), mais plutôt de faire référence à un commentaire exprimé par une auditrice à la fin, commentaire dont l’esprit est le suivant : « vous n’avez pas parlé du fait que certaines femmes ne se font pas inviter dans les milongas alors que des hommes restent assis, ou bien que ceux-ci invitent d’abord des femmes jeunes et jolies ».
Personnellement j’ai beaucoup réfléchi à ce fait qui est tout à fait réel. Dans beaucoup de milongas où les femmes sont majoritaires en nombre, il est effectivement regrettable de constater que certaines dansent peu et se font peu inviter, ou bien ne dansent pas du tout. Imaginez cela : des femmes se préparent à sortir, se font belles, s’habillent bien, se coiffent, se maquillent, apportent leurs plus belles chaussures pour danser (quelque part c’est une fête, non ?) et elles ne se font pas inviter du tout. Certaines alors demandent aux hommes qu’elles connaissent : « tu me fais danser ? », dans ce cas cela peut marcher, mais qu’en est-il des femmes qui ne connaissent personne ou qui n’invitent pas les hommes ? Pour elles, ce peut être dramatique. Dans la majorité des cas, surtout si cette histoire se reproduit trop souvent, ces femmes deviennent des frustrées chroniques, des aigries du Tango et des danseurs. Dans le pire des cas, elles en arrivent à être agressives et très désagréables, non seulement vis-à-vis des hommes, mais de toute la communauté tanguera en général y compris les femmes. Comme évidemment les hommes ressentent ces choses chez ces femmes, il s’ensuit un cercle vicieux, les hommes n’ayant absolument pas envie (et on les comprend) d’inviter une femme pas aimable. La recherche du plaisir, la rencontre entre un homme et une femme lors de la danse ne peut jamais se faire dans de telles conditions.
Comprendre que danser le Tango n’est pas un dû absolu et constant, c’est faire un grand pas dans la compréhension du « juste » comportement pour les femmes sans partenaire, dans les milongas. Cela peut être une chance, et quand on a cette chance, on a gagné sa soirée. Inversement on peut ne pas avoir de chance, et on devrait accepter de ne pas avoir de chance ce soir-là.
Lors de la conférence il a été dit plusieurs mots clés. Je les cite : tendresse, bienveillance, engagement, séduction, faire plaisir, culture de l’ « embrassé », plaisir, intimité, écoute mutuelle, détente, désir, oser se toucher, effervescence pulsionnelle … Comment peut-on ressentir de tels sentiments si on est frustrée, énervée, agressive ? C’est impossible.
Ne pas faire tapisserie dans les milongas, c’est comme dans la vie, c’est d’abord et avant tout être souriante, décontractée, aimable, charmante. Ne pas faire tapisserie dans les milongas c’est aussi, bien sûr, avoir appris à danser. La débutante jeune et jolie se fera inviter certes, mais ce ne sera pas pour la danse … à moins qu’elle ne soit très douée spontanément ! Si l’on est moins jeune et moins jolie, autant apprendre de mieux en mieux…. Ce sera un point positif, pour ne pas que les hommes subissent sans plaisir une danse avec une femme qui ne suit pas, qui anticipe où qui n’est pas relâchée…
La frustration et l’agressivité n’apportent rien, bien au contraire, cela se voit et se ressent. Le plus raisonnable est de faire contre fortune bon cœur quand on n’est pas invitée dans une milonga. Se dire que la prochaine fois ce sera mieux. Chercher des sujets d’intérêt dans une milonga où on n’est pas invitée, où on ne connait personne, est toujours possible. Regarder les gens qui dansent, rechercher ceux ou celles qui dansent le mieux pour s’en imprégner, s’intéresser à leur technique, leur façon de se déplacer, leur connexion mutuelle…On apprend aussi en regardant. Peut-être y a t’il des démonstrations de prévues ? Un orchestre ? Ecouter la musique, chercher à lier conversation avec son voisin ou sa voisine de table….Et si vraiment rien ne va, l’accepter et partir sans regret et sans rancune. Il n’y a pas de honte à partir à 23h30 alors qu’on est arrivée à 21h30 !
A mon sens, la pire des choses est de penser que, puisque l’on est dans une milonga et que l’on a payé son entrée, il faut danser absolument. Si des femmes seules arrivant sans partenaire et sans connaitre personne, pensent, a priori, qu’elles vont danser à coup sûr et qu’elles vont se faire inviter, il y a de grandes chances pour que cela ne marche pas immédiatement. Il faut du temps, il faut se faire connaitre et reconnaitre, et cela peut prendre des mois et des mois !
Le secret est d’aller dans une milonga sans a priori, être disponible, libre de pensée, neuve. Se dire que si l’on se fait inviter, c’est bien, si l’on ne se fait pas inviter c’est tant pis, mais c’est la règle du jeu. Jeu terrible, mais il faut en accepter les règles. On ne peut pas contraindre les hommes à danser, de même qu’on ne peut pas obliger des femmes à danser si elles n’en ont pas envie.
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2.9.2008 à 12:02
« vous n’avez pas parlé du fait que certaines femmes ne se font pas inviter dans les milongas alors que des hommes restent assis, ou bien que ceux-ci invitent d’abord des femmes jeunes et jolies ».
On associe à tort “jeune” et “débutante”. Les danseuses du Colectivo sont plus jeunes que celles de la Sourdière, et elles sont également meilleures.
Peut-être le cliché de la jeune débutante vient-il des pros de BsAs (genre Juan Carlos Copes) qui échangent leur cavalière expérimentée (Maria Nieves) contre une plus jeune (Johana Copes).
2.9.2008 à 13:04
Johana Copes n’est plus une débutante ! Et elle est la digne fille de son père Juan Carlos Copes. Il est vrai qu’il ne faut pas confondre jeune et débutante. Des très jeunes femmes peuvent être de super danseuses, et heureusement. Mais avouez-le: des jeunes et jolies danseuses, débutantes, se font beaucoup plus souvent inviter que les autres moins jeunes et moins jolies mais meilleures en danse ! Ce n’est pas une critique vers les hommes car il est plus motivant pour eux de prendre dans ses bras une jolie et jeune danseuse même non expérimentée ! Surtout si elle est aimable et souriante! C’est exactement comme dans la vie !
2.9.2008 à 15:03
Vaste sujet que la relation homme-femme dans la milonga en dehors de la piste de danse.
Alors, plusieurs remarques, en vrac (je précise que je suis un homme) :
Parfois, je remarque dans la salle quelques débutants qui ne dansent pas, et quelques femmes qui ne dansent pas non plus. On pourrait penser que le hasard fait bien les choses, et que tout le monde pourra danser, non ? Eh bien les débutants n’osent pas inviter les dames (”je n’ai pas le niveau”) et les dames n’invitent pas les hommes (”ah non ça ne se fait pas”). Au bout d’un certain temps, chacun repart chez soi, frustré, en espérant vaguement que ça ira mieux la prochaine fois.
Mon analyse : certains débutants sont rebutés par la froideur apparente des milongueras. Dans le monde du tango, il est normal que l’homme fasse le premier pas. Cependant, en Europe, dans la vie quotidienne hommes et femmes sont placés à égalité donc il est tout à fait possible pour une femme d’aborder un homme. Un débutant, qui ne connait pas les règles du monde du tango, ne comprend pas que des femmes seraient prêtes à danser avec lui.
Mon conseil : s’il vous-plaît mesdames allez accueillir les débutants. Faites-le au moins pour eux. Et peut-être que dans quelques années ils seront devenus de bons danseurs et qu’ils vous remercieront encore.
Contrairement à ce que pensent beaucoup de femmes, ce n’est pas dans les milongas où il y a beaucoup de femmes et peu d’hommes que les hommes ont le plus de plaisir. Car la frustration des dames est très nettement ressentie par le danseur. Celui-ci a le choix entre danser un peu avec chaque femme frustrée (en délaissant ses partenaires préférées) ou bien danser beaucoup avec ses partenaires préférées, mais cela les met mal à l’aise vis-à-vis des autres femmes.
Dans les milongas ou le ratio homme/femme est très faible, les femmes se mettent à inviter les hommes, et là c’est l’avalanche d’invitations. Mathématiquement, les hommes ne peuvent satisfaire à toutes les demandes, et cela frustre les femmes éconduites, alors que les mêmes hommes auraient accepté les invitations de ces mêmes femmes dans des soirées équilibrées.
Je crois qu’il faut parfois reconnaître une mauvaise soirée, et savoir partir avant que la frustration ne soit trop grande.
Enfin, le tango est-il un jeu de rôle ? J’ai déjà rencontré des femmes qui trouvaient tout à fait normal que je sois aimable, souriant, et que je les invite à danser, alors qu’elles ne faisaient pas vraiment d’effort côté social. “Bah oui c’est ton rôle” m’ont-elles dit. Eh bien mesdames sachez que lorsque je vous invite à danser, c’est parce que j’ai envie de danser avec vous, et non parce que je joue un rôle. D’ailleurs je ne me sens pas obligé de danser avec des gens qui ne sont pas sympathiques.
Alors, aux femmes qui pensent qu’elles ne doivent pas inviter les hommes, je réponds qu’elles sont libres de suivre cette “règle du jeu” ou non. Si cela vous plaît de suivre cette règle, assumez-en les conséquences. Moi je ne suis pas les règles qui ne me plaisent pas.
Pour finir, je donnerais plusieurs petits conseils aux femmes qui veulent danser plus :
-arriver tôt. Quand il y a encore peu de monde, c’est plus facile de lier connaissance avec les rares personnes présentes. D’autre part, certains couples se donnent rendez-vous à la milonga pour danser toute la soirée ensemble, mais tant que la partenaire désirée n’est pas arrivée, l’homme peut danser avec d’autres.
-être prête à danser. Mettre ses chaussures de danse. Et lors du début des morceaux, chercher du regard les éventuels partenaires de danses plutôt que d’être plongé dans une longue discussion avec la voisine de table.
-inviter les hommes. Le taux de réussite est sujet à controverse mais il n’est sûrement pas nul.
3.9.2008 à 17:37
“Mais avouez-le: des jeunes et jolies danseuses, débutantes, se font beaucoup plus souvent inviter que les autres moins jeunes et moins jolies mais meilleures en danse !”
Je maintiens que c’est un mythe et que cette situation ne survient jamais. Je demande à ce qu’on me montre, dans une milonga, un danseur se dirigeant vers deux danseuses et invitant la moins bonne des deux.
La seule fois où j’ai vu quelque-chose d’approchant, c’était dans une soirée danses de salon. Nous étions entre habitués, moyenne d’âge un peu moins élevée que pour le tango mais du même ordre. Sur ce, débarquent trois étudiantes de classes prépa qui avaient pour tout bagage le stage d’initiation valse-salsa de trois heures que notre prof était allé donner dans leur foyer de jeunes filles, le week-end précédent. Effectivement ce fut la ruée, on s’est presque bousculés pour les inviter. Mais après à peine une danse, constatant qu’elles ne pouvaient à peu près rien suivre, chacun est vite revenu à ses cavalières habituelles. Les trois demoiselles, passé les vingt premières minutes, ont fait tapisserie et une heure plus tard sont retournées à leurs chères études. Les cavalières expérimentées l’ont emporté haut la main sur les jeunes débutantes, il n’y a pas eu photo.
3.9.2008 à 20:22
Pascal, soit t’es un idealiste, soit t’es casé … Un mec celibataire normalement constitué prefere danser avec une jeune et jolie debutante reconnaissante d’avoir été invitee qu’avec une danseuse “veteran” si bonne soit-elle, qui risque en plus de le juger.
3.9.2008 à 23:54
Il est vrai que le physique a de l’importance quand j’invite une inconnue (Je précise bien une inconnue…). Et c’est tout à fait normal puisque le premier contact est visuel. Donc, je regarde son physique pour voir si il peut aller avec le mien. Par exemple, je vais pas inviter une fille qui fait dans les 80 kg. Je pense que c’est quand même important pour l’abrazo, qui est un point central dans le confort de la danse. Surtout quand on danse en fermé… Il faut quand même que j’arrive à faire le tour de sa taille :-).
Les filles trop petites aussi, j’évite, même si j’ai déjà fait des exceptions.
Je regarde beaucoup sa posture et aussi sa manière de s’habiller. Si je n’aime pas comment la fille est habillée, je vais à peine la remarquer.
Je regarde aussi si elle est souriante.
Depuis un moment, j’attends aussi de la voir évoluer sur la piste avant de l’inviter. Donc il n’y a pas que le physique qui compte. La performance sur la piste pourrait me faire revenir sur ma décision (dans le bon ou le mauvais sens d’ailleurs !).
Sur les filles jeunes et jolies, c’est un peu facile de dire ca. Ca dépend des endroits. J’en connais une qui m’a juré qu’elle ne retournerait plus jamais au Colectivo, car elle en a marre de ne pas se faire inviter. Pourtant, elle n’est pas si débutante que ca… Mais bon, le Colectivo, c’est assez spécial comme endroit. Qui ne s’est jamais pris de vent là bas ? :-). Il y a des spécialistes des râteaux dans ce lieu
.
Mon ex me disait que quand elle allait au Chantier, elle passait son temps assise. Pourtant elle est jeune et jolie… Mais elle est un peu plus débutante que l’autre déjà.
Bref… J’ai aussi quelques exemples de filles en tête jeunes et jolies que je n’invite pas car elles ont l’air trop pestes…
Je pense que ces questions d’invitation, c’est un ensemble de choses, pas seulement une question de physique.
4.9.2008 à 13:35
Bon, débat intéressant! Je vais vous donner mon éclairage de femme pas toute jeune (46ans), pas très performante en tango, et qui sort toujours seule en bal ou pratique:
Je danse depuis bientôt 2 ans, environ une fois par semaine à Paris. Je ne suis jamais “restée assise” en milonga. Jamais je n’ai eu cette impression de frustration qui est souvent décrite par certaines femmes. Plusieurs raisons à cela:
-Je ne m’assois jamais quand j’ai envie de danser (donc, en fait, je ne m’assois jamais, car si je sors danser, … c’est que j’ai envie de danser!): je me tiens debout, aux endroits stratégiques, je me déplace au besoin, plusieurs fois s’il le faut.
-Je regarde les hommes avec qui j’ai envie de danser, je souris, éventuellement je dis un petit mot anodin en passant, je me mets à disposition. Et il m’arrive d’inviter moi-même quand cela se présente.
-Je ne refuse jamais une invitation avec quelqu’un que je ne connais pas (… sauf raison vraiment exceptionelle). En particulier sur des critères physiques (taille semblant a priori peu compatible ou autre…) En fait j’ai très rapidement constaté que les critères valables dans la vraie vie sont totalement inadéquats en tango, en ce qui me concerne. Il m’est arrivé de prendre un pied rare dans les bras d’hommes qui me dégoutent presque physiquement. Je suis grande, cela ne m’empêche pas de m’éclater avec des tangueros qui m’arrivent à l’épaule…
Et puis… le reste est le jeu habituel des rapports humains… Certains ont une attractivité plus forte que d’autres, c’est la dure loi de la jungle!!!
1.10.2008 à 15:38
Suite à la lecture de cet article, je souhaiterais relater ma propre expérience des milongas que je fréquente depuis presqu’une dizaine d’années.
Si les hommes en général préfèrent les danseuses jeunes et jolies, quoi de plus naturel en somme, j’ai personnellement constaté que les femmes se comportent exactement de la même manière lorsque l’occasion se présente, a savoir que les jeunes danseuses préfèrent les invitations de jeunes danseurs, en refusant directement une invitation ou en plantant leur danseur (plus âgés que la moyenne) avant la fin de la tanda ou en se plaignant de tels ou tels défauts dans l’abrazzo de leur partenaire, il faut bien trouver un motif pour ne pas se faire re-inviter.
Après quelques années passées et la jeunesse en moins, ces mêmes danseuses se retrouveront peut être dans la catégorie des plaignantes, il ne faudra pas qu’elles en fassent le reproche aux hommes du moment.
Je pense que la majorité de jeunes danseuses célibataires recherchent sans peut être le savoir, le « Prince charmant » de leur rêve et qu’une toute petite minorité viennent en Milonga pour le bonheur de danser et de partager un instant avec « l’autre».