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Archive pour octobre 2008

« Quand des femmes refusent les invitations à danser des hommes »

Depuis des années et des années que je fréquente les milongas, je me suis toujours posée la question de savoir pourquoi, (moi qui ne refuse jamais de danser, même avec des inconnus) certaines très bonnes danseuses de haut niveau en Tango argentin, refusent très souvent de danser avec des hommes inconnus (ou presque) qui les invitent.

Vous allez me répondre, si vous êtes dans ce cas de figure mesdames : « c’est notre droit de refuser l’invitation ». Certes, c’est votre droit. Mais pourquoi refusez-vous, si vous n’êtes pas malade, ou si vous n’avez pas mal aux pieds, ou si vous n’êtes pas fatiguée, de danser avec un homme qui vous invite ? N’êtes-vous pas là pour danser ? Avez-vous peur de vous ennuyer dans ses bras, si cet homme n’est pas un suffisamment bon danseur à votre goût ? Avez-vous peur d’être brutalisée ? N’avez-vous pas confiance en vous ? Ou à l’inverse, êtes-vous définitivement snob et prétentieuse, au point de juger que votre niveau est tellement élevé que seuls les tout meilleurs danseurs de Paris trouvent grâce à vos yeux ? Recherchez-vous le Prince Charmant, et tant que celui-ci ne vous a pas invitée, vous refusez toutes les invitations, de peur de louper celle qui vous ferait chavirer de plaisir ? Attendez-vous votre tour patiemment, pour qu’un super danseur vous invite ? Pensez-vous que de danser avec un homme de niveau inférieur au vôtre, abimerait votre style ? Ou bien voulez-vous uniquement vous, inviter vous-mêmes les hommes de votre choix ?

J’ai vu très récemment un jeune homme se faire « jeter » très cavalièrement par une jeune femme, alors que ce jeune homme, au demeurant très bon danseur, au physique agréable, bien élevé, gentil et attentionné, possédant un abrazo excellent, invitait poliment une jeune danseuse de très haut niveau. Quelle mouche a piqué cette femme pour refuser ? J’étais très gênée pour elle et à la limite j’avais honte pour elle. Elle était seule et il n’y avait pas, apparemment, de possibilité de jalousie de la part d’un conjoint éventuel. Si cette femme était de mauvaise humeur, c’était le bon moyen de prendre la vie du bon côté en dansant, sûrement très bien avec lui.

Une milonga est un lieu d’échange, de partage, c’est un lieu social où tous les milieux se rencontrent grâce à la danse. C’est un milieu où hommes et femmes se rencontrent. L’apprentissage dans le Tango argentin ne s’arrête jamais car tout le monde, sans exception, a appris à danser, apprend encore et apprendra toujours car les possibilités dans le Tango sont infinies. Danser dans les milongas apporte beaucoup, danseurs doués comme danseurs peu doués. Danseuses douées comme danseuse peu douées. Alors pourquoi ne pas jouer le jeu mesdames, alors qu’en France maintenant nous voyons de plus en plus les dames inviter elles-mêmes les danseurs, et que ceux-ci acceptent les invitations de plus en plus facilement ?

Si maintenant nous pouvons remercier les hommes d’accepter les invitations, nous les femmes, ne nous laissons pas entrainer dans cette mauvaise voie qui est de refuser de danser pour des raisons obscures. Les hommes ne méritent certainement pas cela.

Documentaires Tango sur les écrans à voir absolument !

« Cafe de Los Maestros » et « Histoire du Tango (Si Sos Brujo) »

Etant allée voir ces deux documentaires l’un à la suite de l’autre au nouveau Latina à Paris, j’aurais pu facilement trouver le temps long (3 heures de cinéma, quand même !) et m’ennuyer. Il n’en a rien été, tant il était émouvant, et rassurant, de voir que le Tango argentin n’est pas près de mourir. A voir et entendre tous ces musiciens, jeunes et vieux, passionnés par le Tango, faire cause commune malgré la barrière des années et de l’expérience, reliés par l’amour ardent de cette musique est révélateur d’une sacrée envie de faire connaitre au monde entier ce qu’est cette musique et comment ils l’appréhendent dans le cadre de leur métier et de leur vie.

« Cafe de Los Maestros » est une réunion des vieux maestros musiciens survivants de l’âge d’or du tango (les années 40 et 50). Complices, dynamiques, chaleureux, amusants, touchants, rigolards, mais aussi Tangueros jusqu’au bout des doigts sur leurs instruments sans jamais se prendre au sérieux, tous fervents défenseurs du Tango pour lequel ils ont tout donné, tous ces musiciens ont une énergie magnifique et généreuse pour faire partager sans compter leur passion, avec simplicité. Ils sont des témoins légendaires et émouvants de ce qu’ils ont vécu alors, passé glorieux qu’ils racontent avec nostalgie mais sans regret apparent. Quelques images d’archives où nous voyons, entre autres, Juan d’Arienzo dirigeant son orchestre avec tout son corps pour donner intensivement la pulsation rythmique à ses musiciens, Pugliese au piano, souriant, saluant les musiciens de son orchestre avec la joie dans les yeux….. Le Tango, c’est leur vie, et on le ressent au plus haut point, au plus profond du cœur, nous qui sommes des spectateurs lointains, mais qui partageons avec eux la passion de cette musique. Ils jouent avec toute leur âme, avec chaleur, brûlant par leur ferveur même, leurs instruments. De leurs doigts pourtant anciens, nulle impression de faiblesse, de manque de technique, pas de froideur, le son est là, chaud, tendre, énergique, toujours aussi génial, comme au bon vieux temps….Ils sont heureux de jouer au Théâtre Colon de Buenos-Aires devant un parterre prestigieux. Osvaldo Berlingieri au piano, fantastique, littéralement fantastique avec un Tango de sa composition swinguant au possible, et le sourire radieux d’Ernesto Baffa au bandonéon ! Mariano Mores dirigeant l’orchestre sur « Tanguera », Juan Carlos Godoy au champ de course jouant sur des chevaux qui n’arrivent pas en tête, le violon toujours aussi magnifique de Fernando Suarez Paz, musicien d’Astor Piazzolla…. Et citons pêle-mêle Horacio Salgan qui reçoit une formidable acclamation du public, Virginia Luque la chanteuse diva qui ne veut enregistrer qu’une seule prise de sa voix pour préserver l’émotion originelle, Leopoldo Federico, Attilio Stampone, …

« Histoire du Tango (Si Sos Brujo) » Traduction : Si tu es Magicien. Ce film raconte comment a été créé le maintenant fameux Orquesta Escuela de Tango, qui a été dirigé par Emilio Balcarce, avant la passation de pouvoir à Nestor Marconi (nous avons vu à Paris cet excellent orchestre à Chaillot). Grâce à Ignacio Varchausky, contrebassiste de la jeune génération et musicien dans l’orchestre El Arranque, et à sa persévérance malgré les difficultés, à persuader Emilio Balcarce de créer et diriger un orchestre école de tango, nous voyons à l’écran toute la transmission de la tradition musicale d’un vieux maestro de 89 ans à des jeunes musiciens de grand talent tel que le premier violon Ramiro Gallo, le bandonéoniste Horacio Romo. Ainsi, le Tango est transmis oralement, en même temps qu’Emilio Balcarce transmet à ses élèves sa propre passion. L’apprentissage du Tango ne se fait pas qu’à partir de la partition, mais surtout il se fait à travers l’interprétation qu’en ont les vieux maîtres de l’âge d’or du Tango. C’est un savoir faire, une expérience, une mémoire inestimables que l’on ne doit pas perdre. Si cette transmission ne s’opère pas, le Tango est perdu à jamais dans la façon de jouer et d’interpréter les morceaux.

En conclusion ces deux films documentaires sont remarquables en cela qu’ils sont un hommage aux vieux musiciens de Tango avec le désir avoué de transmettre l’esprit du Tango aux jeunes générations avant qu’il ne soit trop tard. Si les jeunes musiciens ont intégré la tradition donnée par leur vieux maîtres, ils ont gagné la liberté de composer eux-mêmes leur propre musique de leur temps.

Ces documentaires sont d’une richesse inouïe, et forment une réelle archive en soi. Pour une musique admirable et une interprétation admirable. Pour cette leçon d’humilité devant la grandeur de la tâche : transmettre. Pour la gratitude des jeunes devant leurs maîtres. Pour la gentillesse et la simplicité. Pour la générosité, la passion, l’amour et l’altruisme.

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