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La situation crée-t-elle le larron ?

Article écrit sur la base du témoignage récent d’une de nos adhérentes Mephisto Tango

Comme tout le monde le sait, dans presque tous les cours de Tango argentin, il y a généralement quelques femmes qui arrivent sans partenaire. Cela crée parfois un léger déséquilibre dans le nombre hommes- femmes, déséquilibre qui est généralement compensé par le fait que les couples peuvent changer de partenaire, à la demande du professeur. Les personnes seules, ainsi, peuvent profiter de l’enseignement de leur maestro préféré.  Grâce à un bon esprit, en général tout se passe très bien.

La règle habituelle est différente dans les stages avec Pablo Veron, dans lesquels nous sommes tenus d’équilibrer les cours. Pourquoi ? Parce que les cours de Pablo Veron sont très demandés, ils sont complets très rapidement après avoir été annoncés. Et l’aura de la star auprès de la gent féminine fait que nous avons bien plus de femmes s’inscrivant seules que d’habitude (plus d’une dizaine par cours). Nous faisons le maximum  pour leur trouver des partenaires masculins s’inscrivant seuls, mais les cours sont totalement remplis avant qu’elles ne puissent être toutes satisfaites …

Bref,  la situation a encouragé certains mâles opportunistes à proposer leurs services, en tant que danse boys, à ces femmes seules.

A Buenos-Aires, cette pratique existe, aussi bien dans les milongas que dans les cours. Certaines femmes seules, là-bas,  louent des « assistants », en général de bon niveau, soit pour les faire danser dans les milongas, soit pour prendre les cours des maestros renommés. Le CITA en est un bon exemple. Là-bas, cette pratique n’est pas mal vue.  Je crois bien cependant, mais je peux me tromper, que c’est la première fois à Paris que nous voyons cela. Et même en France.

Quand ce phénomène est librement consenti entre partenaires, je ne vois rien à redire, que ce soit dans un sens ou dans l’autre (la femme choisit et invite son partenaire auquel elle paie ses cours, ou inversement).

Mais que faut-il penser quand ce phénomène est employé par des professeurs, qui demandent à des femmes seules de leur payer leur cours avec Pablo Veron, moyennant une remise sur les cours ou training (je cite) qu’elles sont invitées ensuite à suivre avec eux ?

Les femmes seules, doivent-elles accepter ce genre de propositions sous peine de ne pouvoir assister aux cours avec Pablo Veron ?  Pouvons nous faire plus et mieux que de procéder selon la règle du : “première inscrite, première servie” sur les listes d’attente ? Appliquer la loi de l’offre et de la demande est-il moralement acceptable ?

Que les femmes seules qui n’ont pas pu entrer dans les cours de Pablo Veron trouvent ici l’expression de toutes nos excuses, croyez que nous en sommes très peinés. Il est vrai que c’est profondément injuste. Nous cherchons à réduire cette injustice le plus possible en cherchant de notre côté des hommes seuls, et ce n’est guère facile, entre les gens qui disent qui viennent et ceux qui ne viennent pas …

Notre politique n’est pas de faire de la ségrégation entre les gens seuls et ceux qui ne le sont pas. Nous souhaitons vraiment continuer à ouvrir les inscriptions aux personnes seules dans les stages avec Pablo Veron.

Jusqu’à présent, tout le monde a joué le jeu. Les femmes comme les hommes, seuls (es) ou non. J’espère simplement que l’appât du gain chez certains profiteurs opportunistes ne gâchera pas l’atmosphère chaleureuse et conviviale qui a toujours été de mise dans l’association Mephisto Tango !

Par ailleurs, notre expérience de 7 années déjà, a démontré que nous fonctionnons très bien tant que le déséquilibre entre hommes et femmes ne dépasse pas 5 personnes, que ce soit dans les cours avec Pablo Tegli ou dans les Ateliers.  Nous pensons donc continuer à fonctionner de la sorte en continuant à encourager et à inviter ceux qui ont « la chance » d’avoir des partenaires, d’accepter volontiers de changer de partenaire dans la mesure du raisonnable.

2 réponses pour “La situation crée-t-elle le larron ?”

  1. reevsobse indique :

    Bah, au bridge aussi c’est courant, les champions prennent une cliente pour les compétitions par paires.
    Quant à accepter les inscriptions en solo en comptant faire tourner, on peut aussi considérer que c’est choisir, par appât du gain, de pénaliser ceux qui sont venus en couple. Le CITA mentionné offre la bonne solution en fournissant les taxiboys/taxigirls, pourquoi ne pas faire pareil?

  2. Sarah indique :

    Effectivement il y a une certaine injustice, mais heureusement il y a des endroits où l’on ne ferme pas la porte aux femmes seules et où l’ambiance est suffisamment chaleureuse et conviviale pour que ces femmes y trouvent leur place.
    Je ne pense pas que s’il y a une femme seule dans le cours ou pour un stage, cela puisse perturber et pénaliser ceux qui sont venus en couple. Bien au contraire c’est donner la chance à chacun de changer de partenaire en tournant. C’est permettre à chaque femme à un moment de se poser et d’avoir un regard extérieur sur la danse. Et c’est pour les femmes seules une opportunité de pratiquer le Tango.
    Trouver un stage de Tango lorsque l’on n’a pas de partenaire ce n’est pas évident et les femmes seules ne sont pas prioritaires. Louer les services d’un assistant serait effectivement peut être la solution… Mais qu’en est-il pour les femmes seules qui doivent regarder leur finance de prés avant de pouvoir s’inscrire à un stage ? Celles-ci n’ont pas la possibilité de s’offrir en plus les services d‘un « taxi boy » ! Pour elles alors, la porte devrait elle se fermer de façon catégorique ?
    J’ai du mal à voir la comparaison avec le bridge ! Je ne suis pas « championne » et ne suis certainement pas en « compétition de paire » quand je danse le Tango…
    Cette pratique n’est peut-être pas malsaine si chacun est au clair avec lui-même et avec l’autre. Personnellement cela ne me tente pas du tout, car je n’ai pas le désir d’installer une relation de fric dans l’entre deux qui se créait avec la personne qui m’accompagne dans la danse. Je trouve l’espace de cet entre deux, un endroit tellement magique et merveilleux… Ici et maintenant une rencontre ! Je n’ai pas envie de compromettre cet espace en y mettant une relation d’argent au milieu, je pense que je ne serais pas à l’aise avec ca ! Et je me demande alors dans les milongas à quoi servirai donc le beau « cabécéo » si chacun avait loué les services de quelqu’un ?
    Cette femme seule qui a des petites finances, qui se sent entrer passionnément dans l’aventure du tango, elle me ressemble et parfois cette injustice lui donne un sentiment de colère, de révolte !
    Mais elle se sent rebelle, elle ne se décourage pas, elle pratique là où elle peut, dés qu’elle le peut. Elle ne désespère pas de trouver et de s’inscrire à un stage, elle persévère, et poursuit son chemin en solo. Et en remplissant ca petite cagnotte, elle continue de rêver un jour que ce voyage la mènera jusqu’en Argentine.
    Danse !
    Sarah

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