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10.9.2009 par mephisto-tango.
Esteban Moreno, danseur professionnel très connu mondialement, avec sa partenaire Claudia Codega depuis une vingtaine d’années (www.estebanyclaudia.com), a cherché à accumuler des documents, écrits ou filmés, et à les archiver pour qu’il existe une mémoire sur la danse Tango. On imagine combien cela prend du temps et de l’énergie pour faire ce travail. Travail qui n’est pas fini mais qui est bien avancé si l’on en juge par les quelques extraits de films, que je ne connaissais pas, sur le Tango dansé : Los Mendez années 1930, El Pibe Palermo années 40 – 45, Antonio Todaro et sa petite fille, années 70, Juan Carlos Copes années 70, Carmencita Calderon avec El Cachafaz, Lita Y Jorge, Martha y Gerardo Portalea, Los Filippini….
Pourtant, ce n’est pas simple d’avoir des documents sur les origines du Tango dansé car il en existe très peu, et dit-il, ces seuls documents écrits ne peuvent pas refléter la réalité pure, par manque de précisions notoires. Il existe peu de collectionneurs, et le travail d’archives n’existe pratiquement pas.
Tous les danseurs de Tango argentin actuels, dansent avec l’héritage de la période d’or du Tango : les années 1940. Depuis l’année 1983 et le spectacle Tango argentino, la danse à pris un essor international et a donné un nouveau souffle au Tango, et en moyenne, les danseurs ont 10 ou 15 ans d’expérience.
La première danse à deux était la valse, mais la valse s’élève du sol, alors que le Tango a un rapport au sol qui vient d’Afrique. Les improvisations étaient sur des figures marchées. Avec le temps il y a eut l’invasion de l’espace d’un des partenaires par l’autre partenaire.
Entre 1880 et 1900 on danse en improvisé sur un rythme en 2 temps, puis le Tango commence à être écrit et la danse évolue parallèlement à la musique, elle se structure. La forme constituée de la danse apparait entre 1910 et 1920. Le Tango reconnaissable en tant que tel, apparait à cette époque.
La danse était vue comme un moyen de sortie et d’épanouissement, et les gens allaient dans des clubs (Italie, Espagne, football, cartes, cheval) pour se retrouver et danser. Selon les quartiers de Buenos-Aires (B-A grandissait en fonction de l’immigration et de la natalité), des particularités apparaissaient dans la danse. On ne dansait pas pareil par exemple :
- dans le quartier Villa Urquiza (Club Sunderland) tango sobre marché, posture droite, improvisation
- que dans le quartier Mataderos, tango reposant sur des figures, des tours, des boleos
- et que dans le quartier du Centre. Tango très proche, petits pas simples.
Le Tango s’est développé à des endroits très précis.
Le style Canyengue et Orillero est apparu au début du Tango vers 1910, mais il n’existe pas de documents précis.
Vers 1930 on organisait de nombreux concours de Tango pour attirer les gens au bal, et pour pouvoir juger, il devait y avoir des règles, des normes constituées. Des notions de classement de styles, des notions de posture corporelles, organisées, permettaient les jugements. En 1951 il y eut un grand concours à Luna Park. L’improvisation, la communication, la fluidité, la qualité de ce que l’on faisait sans force, la musicalité, la technique, l’abrazo constituaient des critères de jugement. En 1940 le danseur « Petroleo » a gagné le 1er prix au concours.
Le style est un type de danse qui est fonction de l’esthétique, de la technique, de la composition et de la logique de construction chorégraphique.
Le style « Salon » reposait sur la marche en ligne, les tours bien circulaires, les sacadas, les pivots, l’axe, pas de poids sur le ou la partenaire, l’abrazo était « cerrado ».
Le style « Milonguero » avec notion de poids : « apilado » (appuyé), pas de ligne, pas de boléos, mais des rebonds. La technique est différente.
Le style « Canyengue » plus ouvert, avec plus de liberté dans l’abrazo.
Le style « Fantasia » qui est le style salon, plus les figures. Ce style est proche de l’improvisation, les figures étant préparées avant.
Le Tango de spectacle lié au Tango « salon » et le Tango de spectacle non lié au Tango « salon ».
La tendance Tango « Nuevo » existe. Mais est-ce une simple expérience plutôt qu’un style ? L’avenir le dira.
Ensuite Esteban Moreno nous raconte sa propre expérience, son apprentissage et sa façon d’enseigner aujourd’hui.
Avant les années 1980 et le renouveau du Tango dans le monde entier, il était naturel de voir et d’observer les danseurs, et de les copier en fonction de la façon de danser du quartier. Après, la demande d’informations de la part des non-Argentins est devenue importante, et les gens ont appris par les Argentins, notamment par les cours. Mais, les réponses aux demandes étaient moins explicatives que maintenant, ils disaient par exemple : « c’est comme ça, c’est la Tradition ». Ils montraient, on faisait et on ne discutait pas. Les réponses étaient mécaniques, techniques. Les professeurs simplifiaient la pratique au maximum, mais souvent ils ne faisaient pas ce qu’ils disaient, tant en offrant aux élèves un sous-entendu, du genre: « fais ce que je dis, et pas ce que je fais » ! Les pas étaient des séquences avec beaucoup de pas que les élèves devaient reproduire plus ou moins bien.
Depuis les années 1990, les cours se sont organisés, et des explications sur les pas peuvent être données, car des études sur les pas ont été faites. De la théorie est venue les explications, par obligation. Les études ont été faites séparément : par exemple : études sur les marches, sur les tours, sur les boléos…. De ces études, de ces recherches théoriques et de la pratique sont nées des possibilités nouvelles.
Aujourd’hui on privilégie davantage d’éléments, plus de mouvements, plus de souplesse. On s’éloigne du social. La complexification de la danse, son exploration, la logique des mouvements circulaires (les tours), la gestuelle plus large, la technique rythmique (syncopes), font que le Tango est en évolution constante.
Aujourd’hui on accepte plus volontiers que la danse aille plus loin, avec par exemple, l’apport de pas d’autres danses. La musique d’Astor Piazzolla était indansable à son époque, mais aujourd’hui elle l’est devenue. Entre 1910 et 1920 la musique a changé : la danse a changé. Entre 1930 et 1940 la musique est devenue plus lente : la danse s’est modifiée.
Il y a toujours eu des disputes, car chacun pense détenir la Vérité. Il y a beaucoup de formes de Tango (6 ou 7) d’où des débats sur ces formes. De même il y a eu des disputes entre quartiers à Buenos-Aires pour savoir quel était le quartier qui dansait le mieux.
Aujourd’hui on peut alterner les différentes formes. La mélodie est importante, la rythmique et l’expérience des mouvements participent à l’universalisation de la danse.
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10.9.2009 par mephisto-tango.
Il est difficile de répéter là tout ce qu’a dit Juan Carlos Caceres (www.juancarloscaceres.com) sur l’Histoire du Tango, car il a parlé près de deux heures, mais par contre je peux insister sur ce qui me semble être les points importants. Accompagné de son clavier électronique, il a brossé l’Histoire, tout en insistant sur les changements notoires dans la musique Tango, selon les événements sociaux, politiques, selon les influences musicales des autres pays, selon les musiciens eux-mêmes.
Au début, vers les années 1880, la négritude du futur Tango ne fait aucun doute : le Candombé était le rythme des noirs à cette époque. Arrive du sud du Brésil la milonga, et le mélange des deux donne une milonga rapide et rythmée qui s’encanaille avec l’apport du tambour comme instrument de percussion. Cette milonga peut être dansée.
Le premier Tango écrit a été « El Entrerriano » de Rosendo Mendizabal en 1897, à Buenos-Aires. Le rythme était plus rapide que les Tangos d’aujourd’hui, avec une cadence Habanera venant de Cuba. Tous les Tangos jusqu’en 1920 sont rapides (Tangos de Villoldo, Bardi, Arolas), avec l’influence du Jazz et du Rag-Time (Scott Joplin) venus des USA.
A partir de 1880, l’immigration massive d’hommes jeunes et seuls provoque un métissage de la population et dès 1900 les enfants de ces immigrants peuvent jouer le Tango. Si le Tango était à cette époque gai et festif, avec le temps et l’immigration le Tango est devenu triste et le tempo, de rapide, est devenu plus lent. Surtout avec l’apparition du bandonéon venu d’Allemagne, dès 1920 le bandonéon est accepté dans tous les orchestres. Eduardo Arolas, bandonéoniste de la Guardia Vieja, a changé le rythme et a introduit l’« arrastre ».
Autre changement : l’harmonie de la musique classique devient une harmonie de Jazz venant des USA. Agustin Bardi écrit ses Tangos façon Jazz. Juan Carlos Cobian va aux Etats Unis en 1920 et revient en faisant aussi des changements d’harmonie Jazz. Dans les années 30, l’influence du Jazz est patente. Avec la crise de 1929, le Tango devient plus triste, plus lent, plus dramatique.
Dans les années 1940 Carlos Di Sarli lie le côté rythmique avec des harmonies plus riches.
Selon Juan Carlos Caceres le Tango s’arrête en 1950, pour des raisons politiques (les militaires), pour des raisons d’invasion de la musique nord-américaine (rock’n roll). A partir de 1950, le Tango est considéré comme : « la lamentation des cocus ».
Jusqu’en 1983 où le spectacle « Tango argentino » a donné une nouvelle jeunesse. Néanmoins on danse surtout sur la musique des années 1940…
De nos jours il existe de nombreux musiciens de talent qui font une musique compliquée, et ces musiciens peuvent être classés en 3 groupes :
- Tendance « vieux jeu » : reprise des Tangos classiques
- Tendance « fusion » : jazz, rap, techno, rock
- Tendance « réappropriation du passé » : à la manière de
Toujours selon lui, Astor Piazzolla est un « épiphénomène »……Mais il a influencé des musiciens virtuoses.
Ensuite Juan Carlos Caceres parle de la construction musicale des Tangos. Tous les Tangos sont construits en mode mineur. Avec, en plus une « Tango Nota » qui est la sixte mineure.
Concernant le futur du Tango, il pense que trouver un équilibre entre la complexité de la musique, devenue importante, et l’essence même du Tango, est la difficulté. « Il faut que le tango se ressource dans les sons d’origine », dit-il. Et encore : « Sans mémoire le Tango ne peut exister ». Et encore : « Pas d’avenir avec l’intégrisme », et en guise de conclusion : « il faut se réapproprier le bagage culturel ancien qui est énorme, pour de nouvelles compositions ».
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10.9.2009 par mephisto-tango.
Bien sûr il y a les livres très bien faits qui permettent d’entrer dans la culture du Tango argentin, et ces livres sont indispensables, mais en complément existent les conférences données par des éminents artistes, musiciens et/ou danseurs. Cette année Le Temps du Tango nous a fait un beau cadeau, celui de nous faire entendre les interprétations, les opinions et le savoir de Juan Carlos Caceres pour l’Histoire de la musique Tango, d’Esteban Moreno pour l’Histoire de la danse Tango, de Fabrice Hatem (que l’on peut considérer comme un artiste en son genre) accompagné de spécialistes pour le chemin de la connaissance de l’autre à travers le Tango, de Sol Bustelo pour les codes du bal et, de façon générale, tout ce qui touche à la relation humaine chez les danseurs de bal, et enfin de Fernando Albinarrate pour la rythmique musicale appliquée au Tango dansé. Malheureusement je n’ai pas pu assister au conférences et cours d’Ana et Ricardo Daloi sur les danses folkloriques argentines, qu’ils m’en excusent.
Malgré la grande compétence et l’excellente pédagogie de tous ces intervenants, il y avait trop peu de monde à ces conférences (entre 30 et 50 personnes), et personnellement je le regrette. Elles mériteraient que tous les adhérents du Temps du Tango et de toutes les associations (dont la nôtre) se déplacent pour entendre ! Comme disaient tous ces intervenants, la culture en général du Tango joue un grand rôle dans la compréhension de la danse, car la simple technique des pas et des figures ne suffit pas.
Mon objectif, en écrivant sur ces conférences, est de faire des comptes-rendus de ce qui s’est dit, mais ce sont des comptes-rendus qui ne se veulent pas complets, car il est impossible de rendre compte de toutes les paroles de tous les intervenants. Ces conférences ont duré 9 à 10 heures au total avec tous les intervenants, et il est impossible de tout exposer. Néanmoins j’ai essayé de ne pas déformer les propos des intervenants, de garder l’esprit de leurs opinions, de leurs connaissances, et d’être le plus en accord possible avec ce qu’ils ont dit, tout en restant synthétique, du point de vue de l’écriture. Certainement il y aura des observations à faire, et ce blog aura pour but pour vous, lecteurs, intervenants et spectateurs, de répondre et d’y apporter précisions, corrections….
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