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14.9.2009 par mephisto-tango.
Fernando Albinarrate est Argentin, en France depuis 7 ans, pianiste, chef d’orchestre et compositeur. Il a étudié la musique classique et le Jazz. Il est professeur de musique classique et professeur d’harmonie.
Cette conférence s’est voulue être plus un dialogue entre les auditeurs et Fernando Albinarrate, qu’un monologue. Effectivement, l’assistance a posé beaucoup de questions relatives à la musique Tango, et c’est rassurant. La musique n’est-elle pas le support de la danse, et ne voyons nous pas malheureusement des danseurs « à coté » de la musique ?
Plus les danseurs se rapprocheront de la musique, plus les danseurs comprendront la musique, et plus ils seront « dedans » dans leur danse. C’est la raison pour laquelle Fernando s’attache à expliquer ce qu’est le rythme dans le Tango, accompagné de son clavier électronique.
Il rappelle d’abord que la composition Tango se structure en 3 parties : la mélodie, le rythme et l’harmonie. Cette conférence a pour but d’expliquer le rythme.
Le rythme est l’organisation dans le temps.
Fernando nous fait chercher la pulsation rythmique par des exercices musicaux : écouter les premiers temps des mesures, les temps forts. Le 4ème temps, faible, peut être accentué, c’est l’accent d’articulation.
Une phrase qu’il a dite, qui me parait tout à fait pertinente, est celle là : « on écoute, non seulement avec les oreilles, mais aussi avec la vue, les intuitions ».
Vu le nombre des questions qui fusaient dans l’assistance, Fernando n’a pas eu le temps de parler beaucoup des syncopes. Un peu des contretemps.
Il est toujours difficile pour un musicien, d’expliquer la musique à des non musiciens. Fernando Albinarrate a été remarquable de clarté, en simplifiant son langage et son expression musicale au clavier pour que ce soit compréhensible à l’assistance, tout en reflétant la réalité de la musique Tango.
Fernando Albinarrate est un grand professeur de musique, très pédagogue.
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14.9.2009 par mephisto-tango.
Tout d’abord j’aimerai dissiper un malentendu que le titre de la conférence peut laisser paraitre, il ne s’agit pas du style « Milonguero » : façon de danser, mais du Milonguero, danseur de Tango qui sort dans les milongas souvent, sinon tous les soirs. Le Milonguero est le danseur de bal, et ce terme doit être pris tout style ou tout genre de Tango confondus. Le Tango dont parle Sol est le Tango de la Milonga ou le Tango de bal, dansé par le Milonguero ou la Milonguera.
Sol commence par une citation de Borges : « on peut discuter du Tango, mais il renferme un secret ».
La conférence de Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com) concerne son vécu, dans les relations entre les personnes. Il s’agit de rendre compte de son parcours personnel, de son expérience. Dans sa vie quotidienne depuis l’âge de 3 ans ½, Sol a vécu immergée dans le Tango et sa vie a été remplie de disciplines artistiques, mais le Tango a toujours été le plus près d’elle : à l’école, à la télé, par l’intermédiaire de ses parents et grands-parents…Quand elle allait chercher sa mère dans une milonga (elle sortait pratiquement tous les soirs, sa maman), elle dit avoir été amoureuse des personnalités rencontrées dans ces bals.
Elle a essayé de faire une recherche anthropologique à la source du Tango. Les origines sont très différentes. On se rencontre dans l’espace du bal où toute la société est présente. Qu’apporte le Tango dans le milieu du Tango de bal ?
Sol parle de son apprentissage à l’Académia de Tango de Buenos-Aires, où elle était serveuse, puis débutante en Tango, puis assistante du Professeur, puis Maître elle-même. Le premier choc qu’elle a eu : elle ne marchait pas comme une femme, elle devait donc construire sa démarche, et acquérir une technique du corps pour apprendre à être femme, elle a donc construit son rôle de femme.
Pour elle le Tango Milonguero n’est pas un Tango de démonstration, ce n’est pas un Tango de scène. C’est un Tango de bal Milonguero (de la Milonga). C’est l’improvisation.
On danse pour nous, dit-elle, c’est un lien social, un échange. L’expression est autre que celui de la parole. On s’arrête de penser, ça repose.
A l’opposé le Tango de scène est fait pour accrocher le regard du spectateur, il n’y a pas d’improvisation. Ce Tango cherche à impressionner.
Chaque Milonguero a sa personnalité, son style personnel, il crée sa danse. Il se présente en racontant sa vie ; c’est une autobiographie en dansant, année après année.
Le contact physique entre l’homme et la femme est au niveau du plexus solaire. Ce Tango est né pour être dansé « serré ».
Le Tango « fantasia » n’est pas identique.
Le Tango Milonguero c’est l’étreinte, la marche, le déplacement, c’est une infinité de possibles….
Chaque acteur de Tango a sa propre vision du Tango dépendant de son rapport à la vie, à son corps, à sa culture, etc…. En 1994, un danseur chinois disait qu’il avait la sensation de voir un art martial « ethéré » ! Les Allemands dansent avec des mouvements coupés et précis….. On danse différemment, selon sa culture. Au Japon, le rapport aux corps, à l’espace, au vide, est différent.
On se vide pour accueillir une personne. On se rend disponible. On se donne le temps, on se donne l’envie. La musique me porte t’elle ? Est-ce que j’ai la motivation ? Si tout ceci n’est pas ressenti, il y une mécanique des pas et des figures qui survient, et nous devenons des machines.
La vraie question est de trouver « l’état Tango ». Alors, on est là, présent, en harmonie. On est ensemble, on n’impose pas, on se nourrit dans l’improvisation. Il suffit de pas simples, répétitifs, qui amènent la communion avec l’autre. Il faut s’approcher de la simplicité pour appréhender la danse. On accorde les deux souffles ensemble dans la danse. Un dialogue s’instaure. C’est un esprit d’équipe.
La Tango commence avant le bal dans la préparation. Les chaussures, le maquillage, l’habillement, le parfum, l’hygiène….On prend soin de soi. Il y a une représentation de la beauté, une recherche esthétique, symbole du luxe.
Au bal, à Buenos-Aires, il faut faire attention aux « tables stratégiques », pour regarder les danseurs. Ce sont toujours des tables réservées pour les personnalités. Par exemple, c’est Robert Duvall qui arrive avec sa troupe de cinéma, c’est Madonna accompagné de son boy-friend. C’est la surprise de la nuit.
A Buenos-Aires, l’invitation à danser se fait avec le regard. Pas de parole, ce qui est malpoli. Une fois que l’invitation est faite et acceptée, on parle avant de danser. Les comportements doivent s’adapter à l’espace du bal.
Il faut travailler la posture, on dégage l’attitude, l’élégance.
Il faut se connaitre soi-même, on ne peut pas se donner si on ne se connait pas.
Plus la musique est rapide, plus il faut se donner le temps.
Les motivations lors du bal, sont personnelles. On peut chercher l’épanouissement, ou la distraction, ou l’amour, ou la rencontre.
Pour terminer sa conférence très intéressante, passionnée (Sol doit être également une femme passionnante), et teintée de philosophie, Sol parle des « danseurs pinacles » avec beaucoup d’humour. Ce sont des danseurs, pour elle, à pensées obsessionnelles, non à l’écoute de la partenaire, incapable de dialogue.
Elle n’a pas donné de noms, mais quelle femme n’en a jamais connu ?
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14.9.2009 par mephisto-tango.
Les intervenants à la conférence, accompagnant Fabrice Hatem (fabrice.hatem.free.fr) comme Maître de cérémonie, étaient Bernardo Nudelmann (www.musicargentina.com), Dr Joëlle Herail (www.joelle-herail.fr), Dr Pedro Bendetowicz, et Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com).
Fabrice Hatem introduit cette discussion en analysant le sujet et en y voyant deux parties : la communication, l’approche sociologique globale : les codes de comportement, la culture, le langage commun et l’espace commun d’une part, et la psychologie de l’individu (qu’est ce qui se passe entre les individus ?), d’autre part.
Bernardo Nudelmann parle de l’Histoire du Tango et de l’immigration en Argentine, en mettant en avant que malgré les différences de langages parlés, les immigrants ont trouvé un langage commun dans le Tango. Il y avait un lien social fort, une manière de sentir à travers le Tango que l’on appartenait à un groupe. En 1810 : construction d’un pays ; en 1860 : culture rudimentaire de la musique ; 1870 : politique d’immigration massive augmentant la population. A partir de cette époque, le Tango a été une réponse à un besoin d’être ensemble, malgré leur pauvreté. Les immigrants se retrouvaient, et partageaient leur nostalgie du pays quitté, sans espoir de retour.
La classe dominante à cette époque était de culture espagnole, de type colonial. Les immigrants ne se retrouvaient pas (la plupart étaient Italiens) dans cette culture et, de façon naturelle et spontanée, le Tango est venu remplir leur vie et leurs besoins de se retrouver. Ils inventent le « Lunfardo », sorte d’argot emprunt d’italianisme, qui devient un véritable langage.
En 1910, le Tango était populaire dans la classe dominée, et en 1950, le Tango cesse d’être populaire pour des raisons politiques et sociales.
Sol Bustelo parle de la communication et du partage entre des gens de cultures différentes dans les milongas, car toute la société y est représentée. Dans une milonga tout le monde est protagoniste : regard, paroles, envie d’être présent. C’est un relief de la personnalité : « nous essayons de devenir ce que nous rêvons d’être ». Le Tango est un mode de vie, comme dans la vie il y a un code commun du bal. Les générations différentes s’y croisent. Le Tango aide les gens à surmonter leurs inhibitions, leur stress, il aide les gens à se sentir bien.
Pedro Bendetowicz, psychanalyste, a une tendance à la neutralité, par déformation professionnelle. Ceci est antagoniste par rapport à son arrivée au Tango où il faut se donner. Il parle de ses difficultés au début, ayant plus l’habitude d’écouter et d’être neutre par rapport aux événements et à la parole des gens. Pedro pense que le Tango est anti mélancolique (il pousse vers l’avant et vers le haut), et pas anti-dépressif.
Psychanalytiquement, Pedro pense que l’Argentine a besoin d’exprimer sa souffrance : l’Argentine est une patrie triste. Vu le nombre élevé de psychanalystes dans ce pays, il est très vraisemblable que la psychanalyse soulage la tristesse. Autre possibilité de soulager sa tristesse : le divertissement. Le Tango aide. On sublime ses pulsions, on prend du plaisir, on s’intéresse à l’autre, on séduit. Le Tango est un vecteur de vie et des sens : l’homme avance avec une intention précise, la femme recule pour voir jusqu’où va la motivation de l’homme.
Parfois entre un homme et une femme la magie s’installe en dansant, la connexion est là, le plaisir est partagé, le désir sublimé, mais cette impression magique est non reproductible. Même si les deux partenaires se retrouvent ultérieurement. C’est la notion du « corps vécu » dans lequel, inconsciemment, les deux partenaires ont réuni psychologiquement toutes les conditions nécessaires pour que cet événement magique arrive au même moment.
Joëlle Herail, médecin sexologue, parle de la nature de la rencontre avec l’autre. Pour elle, le Tango est une métaphore de l’acte sexuel. Intimité immédiate des corps, confiance, écoute de l’autre, complicité, jeu, pouvoir et acceptation du pouvoir, douceur, proximité, désir de performance.
Bernardo reprend la parole, un peu agacé par ce « mythe » de l’acte sexuel. Il dit que le Tango n’est pas qu’une danse, c’est aussi la musique et la poésie. C’est une culture à part entière. Cette culture est évolutive et il faut la comprendre, dans son intégralité. Bernardo ne pense pas que le seul désir sexuel ait contribué à la création du Tango. Si les immigrants allaient danser dans les bordels, ce n’était pas pour le sexe d’abord, mais plus pour retrouver une atmosphère de famille, ils allaient chercher la communion, comme s’ils étaient chez eux, au pays. S’il y avait en plus, le sexe, pourquoi pas, mais ce n’était pas leur intention première. En allant au bordel, les immigrants allaient à la recherche d’eux-mêmes, c’est un phénomène d’introspection.
En conclusion il n’y a pas forcément sexualité, il s’agit plus d’un cliché. Le Tango est un fait naturel et spontané qui a marché, avec l’influence de la littérature.
Joëlle précise qu’elle a fait simplement une analogie, en précisant que la danse, de façon générale, est subversive, en soi.
Sol intervient en disant que chacun est convaincu qu’il détient le Vrai tango. Elle-même a appris avec sa grand-mère, et, dit-elle, « je suppose qu’il n’y avait pas de désir sexuel entre ma grand-mère et moi-même ! ». Le Tango pour elle est « la seule danse où on a la possibilité de faire la gueule sans sourire ». Après cet aparté amusant, Sol dit sérieusement que le Tango est « une infinité de possibles » selon les dires de Léopold Maréchal, chez les gens qui ont leurs propres attentes dans leur Tango. Dans les milongas, on va à la recherche de la paix.
Fabrice intervient pour dire qu’il y a beaucoup d’autre dimensions autre que sexuelles, mais que c’est un élément assez lourd, sans être le seul.
Pedro résume sa pensée en disant que le Tango représente un univers : c’est un code éthique et moral, c’est une danse de séduction, on fait plaisir à l’autre. Il existe bien une possibilité de tomber amoureux mais il y a un garde-fou : la durée de la tanda. Ensuite c’est fini.
Un spectateur : Pierre, note qu’il n’y a pas de contradiction entre la culture et la sexualité. Il précise que dans les milongas, il y a un déséquilibre notoire entre le nombre des hommes et des femmes, et que cela crée une tension chez les hommes, par la sollicitation quelquefois trop importante.
Mariana Bustelo dans l’assistance, intervient pour dire que le folklore argentin a pour but la séduction aussi. La Zamba est faite pour tomber amoureux. Au Brésil, la samba est une expression culturelle aussi, qui rassemble le peuple entier.
Pascale spectatrice, pense que n’importe quelle danse à deux est suggestive et comporte la sensualité.
Pedro en conclusion dit que le Tango est populaire parce qu’à cause de la solitude, on cherche la rencontre.
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