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Université d’été : Conférence de Fabrice Hatem et Collègues sur : « Le Tango, un chemin pour mieux comprendre l’autre ».

Posté par mephisto-tango le 14.9.2009 @ 14:56 Dans Les Conferences | Aucun commentaire

Les intervenants à la conférence, accompagnant Fabrice Hatem (fabrice.hatem.free.fr) comme Maître de cérémonie, étaient Bernardo Nudelmann (www.musicargentina.com), Dr Joëlle Herail (www.joelle-herail.fr), Dr Pedro Bendetowicz, et Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com).

Fabrice Hatem introduit cette discussion en analysant le sujet et en y voyant deux parties : la communication, l’approche sociologique globale : les codes de comportement, la culture, le langage commun et l’espace commun d’une part, et la psychologie de l’individu (qu’est ce qui se passe entre les individus ?), d’autre part.

Bernardo Nudelmann parle de l’Histoire du Tango et de l’immigration en Argentine, en mettant en avant que malgré les différences de langages parlés, les immigrants ont trouvé un langage commun dans le Tango. Il y avait un lien social fort, une manière de sentir à travers le Tango que l’on appartenait à un groupe. En 1810 : construction d’un pays ; en 1860 : culture rudimentaire de la musique ; 1870 : politique d’immigration massive augmentant la population. A partir de cette époque, le Tango a été une réponse à un besoin d’être ensemble, malgré leur pauvreté. Les immigrants se retrouvaient, et partageaient leur nostalgie du pays quitté, sans espoir de retour.

La classe dominante à cette époque était de culture espagnole, de type colonial. Les immigrants ne se retrouvaient pas (la plupart étaient Italiens) dans cette culture et, de façon naturelle et spontanée, le Tango est venu remplir leur vie et leurs besoins de se retrouver. Ils inventent le « Lunfardo », sorte d’argot emprunt d’italianisme, qui devient un véritable langage.

En 1910, le Tango était populaire dans la classe dominée, et en 1950, le Tango cesse d’être populaire pour des raisons politiques et sociales.

Sol Bustelo parle de la communication et du partage entre des gens de cultures différentes dans les milongas, car toute la société y est représentée. Dans une milonga tout le monde est protagoniste : regard, paroles, envie d’être présent. C’est un relief de la personnalité : « nous essayons de devenir ce que nous rêvons d’être ». Le Tango est un mode de vie, comme dans la vie il y a un code commun du bal. Les générations différentes s’y croisent. Le Tango aide les gens à surmonter leurs inhibitions, leur stress, il aide les gens à se sentir bien.

Pedro Bendetowicz, psychanalyste, a une tendance à la neutralité, par déformation professionnelle. Ceci est antagoniste par rapport à son arrivée au Tango où il faut se donner. Il parle de ses difficultés au début, ayant plus l’habitude d’écouter et d’être neutre par rapport aux événements et à la parole des gens. Pedro pense que le Tango est anti mélancolique (il pousse vers l’avant et vers le haut), et pas anti-dépressif.

Psychanalytiquement, Pedro pense que l’Argentine a besoin d’exprimer sa souffrance : l’Argentine est une patrie triste. Vu le nombre élevé de psychanalystes dans ce pays, il est très vraisemblable que la psychanalyse soulage la tristesse. Autre possibilité de soulager sa tristesse : le divertissement. Le Tango aide. On sublime ses pulsions, on prend du plaisir, on s’intéresse à l’autre, on séduit. Le Tango est un vecteur de vie et des sens : l’homme avance avec une intention précise, la femme recule pour voir jusqu’où va la motivation de l’homme.

Parfois entre un homme et une femme la magie s’installe en dansant, la connexion est là, le plaisir est partagé, le désir sublimé, mais cette impression magique est non reproductible. Même si les deux partenaires se retrouvent ultérieurement. C’est la notion du « corps vécu » dans lequel, inconsciemment, les deux partenaires ont réuni psychologiquement toutes les conditions nécessaires pour que cet événement magique arrive au même moment.

Joëlle Herail, médecin sexologue, parle de la nature de la rencontre avec l’autre. Pour elle, le Tango est une métaphore de l’acte sexuel. Intimité immédiate des corps, confiance, écoute de l’autre, complicité, jeu, pouvoir et acceptation du pouvoir, douceur, proximité, désir de performance.

Bernardo reprend la parole, un peu agacé par ce « mythe » de l’acte sexuel. Il dit que le Tango n’est pas qu’une danse, c’est aussi la musique et la poésie. C’est une culture à part entière. Cette culture est évolutive et il faut la comprendre, dans son intégralité. Bernardo ne pense pas que le seul désir sexuel ait contribué à la création du Tango. Si les immigrants allaient danser dans les bordels, ce n’était pas pour le sexe d’abord, mais plus pour retrouver une atmosphère de famille, ils allaient chercher la communion, comme s’ils étaient chez eux, au pays. S’il y avait en plus, le sexe, pourquoi pas, mais ce n’était pas leur intention première. En allant au bordel, les immigrants allaient à la recherche d’eux-mêmes, c’est un phénomène d’introspection.

En conclusion il n’y a pas forcément sexualité, il s’agit plus d’un cliché. Le Tango est un fait naturel et spontané qui a marché, avec l’influence de la littérature.

Joëlle précise qu’elle a fait simplement une analogie, en précisant que la danse, de façon générale, est subversive, en soi.
Sol intervient en disant que chacun est convaincu qu’il détient le Vrai tango. Elle-même a appris avec sa grand-mère, et, dit-elle, « je suppose qu’il n’y avait pas de désir sexuel entre ma grand-mère et moi-même ! ». Le Tango pour elle est « la seule danse où on a la possibilité de faire la gueule sans sourire ». Après cet aparté amusant, Sol dit sérieusement que le Tango est « une infinité de possibles » selon les dires de Léopold Maréchal, chez les gens qui ont leurs propres attentes dans leur Tango. Dans les milongas, on va à la recherche de la paix.

Fabrice intervient pour dire qu’il y a beaucoup d’autre dimensions autre que sexuelles, mais que c’est un élément assez lourd, sans être le seul.

Pedro résume sa pensée en disant que le Tango représente un univers : c’est un code éthique et moral, c’est une danse de séduction, on fait plaisir à l’autre. Il existe bien une possibilité de tomber amoureux mais il y a un garde-fou : la durée de la tanda. Ensuite c’est fini.

Un spectateur : Pierre, note qu’il n’y a pas de contradiction entre la culture et la sexualité. Il précise que dans les milongas, il y a un déséquilibre notoire entre le nombre des hommes et des femmes, et que cela crée une tension chez les hommes, par la sollicitation quelquefois trop importante.

Mariana Bustelo dans l’assistance, intervient pour dire que le folklore argentin a pour but la séduction aussi. La Zamba est faite pour tomber amoureux. Au Brésil, la samba est une expression culturelle aussi, qui rassemble le peuple entier.
Pascale spectatrice, pense que n’importe quelle danse à deux est suggestive et comporte la sensualité.

Pedro en conclusion dit que le Tango est populaire parce qu’à cause de la solitude, on cherche la rencontre.


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