Tout d’abord j’aimerai dissiper un malentendu que le titre de la conférence peut laisser paraitre, il ne s’agit pas du style « Milonguero » : façon de danser, mais du Milonguero, danseur de Tango qui sort dans les milongas souvent, sinon tous les soirs. Le Milonguero est le danseur de bal, et ce terme doit être pris tout style ou tout genre de Tango confondus. Le Tango dont parle Sol est le Tango de la Milonga ou le Tango de bal, dansé par le Milonguero ou la Milonguera.
Sol commence par une citation de Borges : « on peut discuter du Tango, mais il renferme un secret ».
La conférence de Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com) concerne son vécu, dans les relations entre les personnes. Il s’agit de rendre compte de son parcours personnel, de son expérience. Dans sa vie quotidienne depuis l’âge de 3 ans ½, Sol a vécu immergée dans le Tango et sa vie a été remplie de disciplines artistiques, mais le Tango a toujours été le plus près d’elle : à l’école, à la télé, par l’intermédiaire de ses parents et grands-parents…Quand elle allait chercher sa mère dans une milonga (elle sortait pratiquement tous les soirs, sa maman), elle dit avoir été amoureuse des personnalités rencontrées dans ces bals.
Elle a essayé de faire une recherche anthropologique à la source du Tango. Les origines sont très différentes. On se rencontre dans l’espace du bal où toute la société est présente. Qu’apporte le Tango dans le milieu du Tango de bal ?
Sol parle de son apprentissage à l’Académia de Tango de Buenos-Aires, où elle était serveuse, puis débutante en Tango, puis assistante du Professeur, puis Maître elle-même. Le premier choc qu’elle a eu : elle ne marchait pas comme une femme, elle devait donc construire sa démarche, et acquérir une technique du corps pour apprendre à être femme, elle a donc construit son rôle de femme.
Pour elle le Tango Milonguero n’est pas un Tango de démonstration, ce n’est pas un Tango de scène. C’est un Tango de bal Milonguero (de la Milonga). C’est l’improvisation.
On danse pour nous, dit-elle, c’est un lien social, un échange. L’expression est autre que celui de la parole. On s’arrête de penser, ça repose.
A l’opposé le Tango de scène est fait pour accrocher le regard du spectateur, il n’y a pas d’improvisation. Ce Tango cherche à impressionner.
Chaque Milonguero a sa personnalité, son style personnel, il crée sa danse. Il se présente en racontant sa vie ; c’est une autobiographie en dansant, année après année.
Le contact physique entre l’homme et la femme est au niveau du plexus solaire. Ce Tango est né pour être dansé « serré ».
Le Tango « fantasia » n’est pas identique.
Le Tango Milonguero c’est l’étreinte, la marche, le déplacement, c’est une infinité de possibles….
Chaque acteur de Tango a sa propre vision du Tango dépendant de son rapport à la vie, à son corps, à sa culture, etc…. En 1994, un danseur chinois disait qu’il avait la sensation de voir un art martial « ethéré » ! Les Allemands dansent avec des mouvements coupés et précis….. On danse différemment, selon sa culture. Au Japon, le rapport aux corps, à l’espace, au vide, est différent.
On se vide pour accueillir une personne. On se rend disponible. On se donne le temps, on se donne l’envie. La musique me porte t’elle ? Est-ce que j’ai la motivation ? Si tout ceci n’est pas ressenti, il y une mécanique des pas et des figures qui survient, et nous devenons des machines.
La vraie question est de trouver « l’état Tango ». Alors, on est là, présent, en harmonie. On est ensemble, on n’impose pas, on se nourrit dans l’improvisation. Il suffit de pas simples, répétitifs, qui amènent la communion avec l’autre. Il faut s’approcher de la simplicité pour appréhender la danse. On accorde les deux souffles ensemble dans la danse. Un dialogue s’instaure. C’est un esprit d’équipe.
La Tango commence avant le bal dans la préparation. Les chaussures, le maquillage, l’habillement, le parfum, l’hygiène….On prend soin de soi. Il y a une représentation de la beauté, une recherche esthétique, symbole du luxe.
Au bal, à Buenos-Aires, il faut faire attention aux « tables stratégiques », pour regarder les danseurs. Ce sont toujours des tables réservées pour les personnalités. Par exemple, c’est Robert Duvall qui arrive avec sa troupe de cinéma, c’est Madonna accompagné de son boy-friend. C’est la surprise de la nuit.
A Buenos-Aires, l’invitation à danser se fait avec le regard. Pas de parole, ce qui est malpoli. Une fois que l’invitation est faite et acceptée, on parle avant de danser. Les comportements doivent s’adapter à l’espace du bal.
Il faut travailler la posture, on dégage l’attitude, l’élégance.
Il faut se connaitre soi-même, on ne peut pas se donner si on ne se connait pas.
Plus la musique est rapide, plus il faut se donner le temps.
Les motivations lors du bal, sont personnelles. On peut chercher l’épanouissement, ou la distraction, ou l’amour, ou la rencontre.
Pour terminer sa conférence très intéressante, passionnée (Sol doit être également une femme passionnante), et teintée de philosophie, Sol parle des « danseurs pinacles » avec beaucoup d’humour. Ce sont des danseurs, pour elle, à pensées obsessionnelles, non à l’écoute de la partenaire, incapable de dialogue.
Elle n’a pas donné de noms, mais quelle femme n’en a jamais connu ?
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