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octobre 2009
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Archive pour octobre 2009

Pulsacion n° 1 : spectacle De Damian Rosenthal et Céline Ruiz

C’est maintenant chose faite, Damian et Céline ont monté leur propre spectacle. Après 5 mois de préparation, la semaine dernière au Théâtre « Le vent se lève » à Paris, ils ont montré au public leur vision, comme une chronique momentanée et actuelle de leur propre langage, avec comme toile de fond, le Tango. Ils sont seuls en scène avec un écran et une chaise, c’est tout. Et des voix « off ». Néanmoins, le peu trouve le plus dans leur capacité de « jouer ».

Ce spectacle de théâtre est un songe. Un songe où on ne sait pas si Damian et Céline sont dans la réalité ou dans un rêve. Rêve éveillé, ou rêve endormi, ou réalité ? Que représente l’écran où sont projetées les images des démonstrations de Damian et Céline dans le passé, alors que devant soi, ils sont très précisément et fidèlement en train de reproduire la chorégraphie de l’écran ? Ou bien les images sont-elles la réalité de ce qu’ils ont vécu dans le passé et qu’ils sont en train de les rêver actuellement ?

Ce spectacle joue sur l’ambiguïté. Et sur les symboles. De façon ironique souvent. Le casting du début où un metteur en scène de cinéma les embauche, mais sans jamais voir ce qu’ils font dans le Tango. Par contre, les claquettes semblent l’intéresser, ce metteur en scène. D’où une séquence très drôle où Céline s’essaye aux claquettes, pour satisfaire ce metteur en scène qui ne sait pas très bien ce qu’il veut…..

Comment peut-on interpréter le fil invisible que Damian et Céline ont dans la main, après une superbe milonga dansée ? Avec de l’humour, ce fil semble s’accrocher dans la main de Damian, tandis qu’il essaye de s’en débarrasser partout où il passe, et que Céline elle, essaye d’attirer le fil entier autour de son poignet ? Ne dirait-on pas que ce fil invisible est le symbole du Tango, que celui-ci est en fait une représentation de ce qu’est la vie en général et que le Tango est lié intimement donc, à la vie ?

Lors d’une séquence ou Damian reçoit, comme remerciement, une bouteille de Champagne après une prestation dansée très brillante et follement applaudie, et qu’il se retrouve seul ensuite, visiblement malheureux et perplexe devant cette bouteille de Champagne dont visiblement il ne sait pas trop quoi faire, il traine sa bouteille Place du Trocadéro à Paris, Avenida de Mayo à Buenos-Aires…. Peut-on alors conclure sur la vanité des démonstrations de Tango ?

De façon très drôle aussi, et très réussie, ils font un clin d’œil à Fred Astaire et Ginger Rogers, en interprétant un Tango dans le style très particulier de Fred Astaire. Clin d’œil aussi à Frank Sinatra au moment où Damian, en play-back, interprète une chanson du crooner pour donner, sur demande du metteur en scène de cinéma, un aspect plus « joyeux » pour la fin du film…

Il est impossible de tout dire sur ce spectacle, tant il est riche, tant il est inventif. Enfin on est sorti des clichés éternels : les malfrats, les couteaux, les bordels, les cabarets, les jupes fendues……

Voici une pièce de théâtre avec peu de paroles. Expressions des visages, reflétant les humeurs et les désarrois. Relativité du Tango, par rapport aux prestations dansées (rêvées ?) où des professionnels sont adulés par le public, et où ils sont pris dans le piège de la célébrité.

Probablement qu’il y aura « Pulsacion n° 2 ». Je l’attends avec impatience. En attendant je souhaite que ce spectacle puisse trouver preneur partout en France et qu’il puisse tourner comme il se doit à sa juste valeur. Ce serait bien mérité, non ?

Hommage à Stéphane King au Chantier

Il y avait foule samedi soir au Chantier, pour l’hommage rendu à Stéphane King, prématurément disparu le 9 août alors qu’il venait de faire une démonstration de Tango dans l’île de Batz. Il est mort ainsi comme Molière, juste après une représentation…..
Samedi soir au Chantier, ses frères et sa sœur, ses amis intimes, les artistes qu’il appréciait bien se sont retrouvés pour parler de lui et danser avec émotion, et tous les danseurs et danseuses présents en grand nombre ce soir-là pour lui, ont été solidaires de leur peine.

Toute l’équipe du Chantier a préparé activement cet hommage, et ce fut une soirée très réussie grâce notamment à Nathalie qui a animé avec le sourire et beaucoup de tendresse cette soirée. Elle a su toujours trouver les mots justes pour exprimer son émotion, et le désir de Stéphane qui « là-haut, voudrait voir tout le monde heureux de se retrouver et de faire la fête ».

De nombreux artistes, professionnels ou non, ayant bien connu Stéphane ont fait généreusement une prestation cette nuit là :

Pour le chant :
- Paula ESTRELLA accompagnée de Pablo PENSAVALLE à la guitare (oui, la guitare et non la contrebasse),

Pour la musique camerounaise (Stéphane était d’origine camerounaise):
- Manulo

Pour la danse Tango improvisée:
- Maria FILALI avec Kamel,
- Marek SZOTKOWSKI et Aurore,
- Juanito JUAREZ et Victoria VIEYRA,
- Pablo TEGLI et Stéphanie,
- Juanito JUAREZ et Kahena,
- Damian ROSENTHAL et Céline RUIZ,
- Sebastian ESCOBAR et Vanessa,
- Delphine BLANCO et Matthias MORIN,

Pour le folklore argentin :
- Fermin et Rocco

Pour la musique enregistrée :
- Le DJ de cette soirée d’hommage était Grégory, et on peut supposer que la musique était conforme aux goûts de Stéphane King.

Personnellement je connaissais peu Stéphane King, mais je peux malgré cela lui rendre mon propre hommage. Ce serait de faire une révérence, avec grand respect, devant un passionné du Tango qui a su fédérer dans sa milonga depuis 10 ans ou presque, un public de jeunes et d’excellents danseurs, dans une banlieue de Paris n’ayant pas toujours bonne réputation. Le Chantier est la seule milonga parisienne qui dure jusque très tard dans la nuit, et Stéphane a su intelligemment profiter des avantages et des inconvénients de l’endroit, tout en arrangeant sa milonga avec le temps en y faisant des travaux.

Le résultat a été très bon, et la foule présente samedi soir pour lui rendre hommage ne s’est pas trompée. Elle a voulu, aussi, dire à Stéphane qu’il a fait du bon boulot, et que sa personnalité a été très appréciée.

El Choclo : la video de Chicho et Juana

L’autre dimanche, en travaillant dans l’atelier de Mephisto Tango sur les Tangos de la Vieille Garde des années 1900, l’intérêt s’est porté tout naturellement sur : « El Choclo », Tango très connu, composé par Angel Villodo en 1903. Lors de cet atelier, nous avons cherché à reconnaître les structures rythmiques de ce tango pour travailler dessus, notamment avec la version de Roberto Firpo.

Tout naturellement, après cela, j’ai voulu regarder sur Youtube les diverses interprétations que les danseurs font de « El Choclo », d’un point de vue rythmique.
Il y avait comme il se doit beaucoup de choses, mais la plupart sans grand intérêt. Néanmoins j’ai trouvé une interprétation prodigieuse, techniquement et rythmiquement de « El Choclo », et je vous la soumets : il s’agit de l’interprétation en 2008 de Mariano Chicho Frumboli et Juana Sepulveda sur la version de Roberto Firpo (musique enregistrée en 1926):

Le tempo de la version de Firpo est rapide. Mais avec l’interprétation suprenante qu’en font Chicho et Juana, on se dit : « Quelle rapidité d’exécution ! Chicho semble être très à l’aise en dansant si rapidement sur la musique, en frappant le sol à chaque pas. C’est fantastique.»Si on regarde plus attentivement, et plus froidement sans se laisser déborder par la virtuosité, on peut tenter d’analyser la danse de Chicho et Juana. C’est ainsi que l’on voit que, jusqu’à 2 minutes 22, Chicho marche en majeure partie sur la pulsation rythmique en 4 (c’est-à-dire il marche sur tous les temps forts et tous les temps faibles), pendant que Juana marche et est guidée presque uniquement sur les temps forts (exception faite des toutes premières secondes où elle marche à reculons face à lui, en symétrique rythmiquement). Ce n’est qu’à partir de 2 mn 22, et presque jusqu’à la fin du Tango, qu’avec un abrazo très fermé de style purement Milonguero, Chicho et Juana marchent ensemble sur les temps forts, et non sur les temps faibles, généralement. Les dernières secondes du Tango, formant la conclusion du Tango, les voient reprendre un abrazo ouvert et de nouveau la pulsation en 4 pour Chicho.

En dehors de cela, et pour rompre la monotonie d’une marche rapide et régulière en 4, Chicho se paye le luxe de quelques fantaisies, techniques et rythmiques, en y incorporant quelques syncopes extrêmement rapides, toutes judicieuses et tombant merveilleusement bien sur la musique.

A 7 secondes, il marque entre le 1 et le 2 de la mesure un « super contretemps » en stade joint parfaitement sur le tempo. Ce qui donne : 1 et 2 3 4, soit 5 pas dans la mesure.

A 31 secondes, il finit la phrase musicale sur un ralentendo, bien marqué par la musique elle-même.

A 36 secondes et 45 secondes, il marque des syncopes sur la musique, syncopes caractéristiques de la musique Tango.

A 1mn 08 sacada avec 2 pieds joints, cette sacada étant effectuée très précisément à la fin de la phrase musicale, sur la note.

A 1mn 12, 2 « supers contretemps » enchainés : 1 2 3 et 4 et.

A 1mn 13, un autre : 1 2 3 et 4.

A 1 mn 52 et 1 mn 53 : j’ai littéralement jubilé, quand je vis les syncopes directement enchainées, caractéristiques du Tango (1 et … et 3) interprétées par Chicho juste avant un tour à droite.

A 1mn 57, admirez la fin de la phrase musicale, impeccable face à face pour terminer, avant de reprendre sur une nouvelle phrase musicale.

A 2mn 27, contretemps sur temps faible, alors que tout le passage « Milonguero » se déroule sur le temps fort.

A 2 mn 37, après la séquence « Milonguero » de la dernière partie de « El Choclo », reprise de l’abrazo ouvert avec passage de Juana derrière Chicho, suivi d’une marche en avant pour elle, en arrière pour lui en parrallèle rythmiquement, et d’une pause finale pour conclure le Tango.

Que dire d’autre ? Que tout est parfait de précision, de technique dans les pas, de dynamisme. La musicalité est exceptionnelle. Ce qui ne m’étonne nullement de la part de Chicho.

Le décalage, voulu, entre Chicho qui marche sur les temps forts et sur les temps faibles (sauf pour la séquence Milonguero), et Juana qui marche la plupart du temps sur les temps forts, fait que nous voyons, d’un premier abord, la rapidité et la précision d’exécution de Chicho, avant de voir Juana qui danse. C’est lui que l’on voit d’abord, parce qu’il fait plus de pas qu’elle et qu’il s’impose de façon très brillante, techniquement, et musicalement. Néanmoins, la connexion est sans l’ombre d’un doute entre les deux partenaires. Si l’on se concentre dans un deuxième temps sur Juana, et uniquement sur elle, on remarque combien elle est parfaite de réceptivité, elle se laisse aller au guidage avec confiance, et répond à l’énergie de façon juste et dynamique. Elle est très présente et danse autant que lui.

Cette vidéo est un régal à tous les points de vue. Elle est à conserver précieusement dans les archives du Tango dansé, sans hésiter !

Stage de Pablo Veron sur le relâchement et la connexion

Enormément de monde lors de ce stage de Pablo Veron organisé par l’association Mephisto Tango! à Paris les 10 et 11 octobre 2009. Le thème de ce stage portait essentiellement sur le relâchement et la connexion entre partenaires.

A croire que ces notions fondamentales pour le Tango dansé ont attiré encore plus que de coutume (tous les cours complets près de 2 semaines avant le stage). Mis à part le prestige incontestable et la notoriété de Pablo Veron, l’intérêt porté par tous les participants aux paroles du Maître concernant ces bases essentielles a été considérable. Cet intérêt s’est manifesté en retour par Pablo lui-même, car il n’a pas lésiné à donner plusieurs heures de cours en plus de ce qui avait été prévu normalement, le samedi et le dimanche.

Pablo Veron a ainsi réuni, à l’intérieur de tous ces cours, sa philosophie du Tango dansé, et la pratique. La théorie accompagnée de l’expérimentation. Probablement le meilleur stage que Pablo Veron ait fait à Mephisto Tango jusqu’à présent, en raison de sa sensibilité et de son envie de transmettre ces bases indispensables.

Si je devais quelque peu résumer, je citerai quelques phrases cultes parmi de nombreuses, entendues lors de ce stage :

Sur la finalité de la danse :

« Il faut ‘être’ en dansant. Pour les femmes, il ne faut pas que tu penses : « je suis (du verbe suivre), donc je suis (du verbe être ) ». Et pour les hommes, il faut pouvoir aller au-delà de : « je fais des formes, et tu me suis ». « Ne faites pas les choses pour les faire. Explorez ! » et aussi « Mesdemoiselles, dansez AVEC votre partenaire … même si malheureusement il est SOURD! »

Sur l’enlacement et le guidage :

« Ce n’est pas parce que l’on danse prêt, que l’on danse vrai ! »

« Les bras ne sont pas un outil de contrôle ou un point d’appui. Les bras sont là pour transmettre et prendre le mouvement, et non pour résister. … La résistance, c’est la vieille école … Si vous restez dans le rejet, vous ne pourrez pas progresser et vous ne pourrez pas danser … Laissez tomber cette anxiété existentielle qui vous fait croire que vous devez pousser votre partenaire ».

Sur le mouvement :

« Les Hommes, faîtes le mouvement et laissez l’autre bouger avec vous. … Les femmes, prenez le mouvement dans votre corps, et réagissez avec ce mouvement … ne faut pas aller vers le pas, il faut plutôt amener le pas à soi. Il faut le prendre et l’adapter à soi. Il faut chercher toute la mobilité dans la souplesse. »

Sur le relâchement :

Chacun doit prendre son équilibre et trouver le confort et le relâchement à chaque pas. … Il faut danser en étant bien dans son corps, et gérer soi-même son propre équilibre … Il ne faut jamais, jamais s’accommoder d’une tension, car alors on est bloqué et limité ».

Ainsi, avec sa grande expérience de la danse Tango et de son enseignement partout dans le monde, Pablo a réussi à captiver son auditoire, par une richesse et une profondeur d’âme dans ces sentiments pour cette danse, et par sa générosité à donner son savoir.

La passion est restée chez lui, intacte et nous comptons bien ensemble poursuivre dans cette direction lors des prochains stages que nous organiserons avec Pablo.

Le Tango argentin est désormais patrimoine culturel immatériel de l’humanité

C’est chose faite depuis mercredi 30 septembre 2009 : l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture) a inscrit le Tango argentin sur la liste des Arts culturels de l’humanité. Au même titre que le kabuki japonais, la samba du Brésil et le chant védique de l’Inde qui étaient déjà inscrits, les tapisseries d’Aubusson, le xylogravure chinoise, l’Opéra tibétin, la tradition du tracé dans la charpente française, les dentelles de Croatie etc, font désormais partie de la liste. L’Uruguay a reçu, en outre, une autre inscription pour le Candombé.

Voilà qui comblera d’aise tous les amoureux du Tango à travers le monde, et Dieu sait s’ils sont nombreux. Ce n’est que justice, compte-tenu de l’impact gigantesque qu’a cette culture, depuis plus d’un siècle. Elle est ainsi protégée. C’est une reconnaissance officielle, et ce n’est pas rien !

Il sera, d’ores et déjà bien plus facile de conserver ce patrimoine culturel. Je pense personnellement à Ignacio Varchausky (contrebassiste et fondateur de l’orchestre « El Arranque ») qui s’escrime depuis 2 ou 3 ans à rassembler et sauver tous les vieux enregistrements des Tangos depuis 1907, pour les numériser et les archiver, afin que ceux-ci ne tombent pas en poussière avec le temps. Nul doute que le million de dollars nécessaire pour numériser les enregistrements tombera à pic pour ce projet qui se veut pharaonique. Quand on pense que 20% des enregistrements sont disponibles en CDs, sur les 100 000 existant encore dans les mains des collectionneurs anonymes très âgés dans le monde, on frémit devant l’urgence de la tâche. Et encore, dit-il : « les grandes maisons de disques ont détruit dans les années 60 toutes leurs matrices ».

Le futur du Tango argentin s’annonce bien. Non seulement parce que les retombées financières seront conséquentes, on peut s’en douter. Le monde entier s’intéressera davantage à cette culture, et on peut prévoir un essor touristique accru à Buenos-Aires et à Montevideo. En France et à Paris en particulier (ne dit-on pas que si « Buenos-Aires est la femme légitime, Paris est la maîtresse ? »), on peut s’attendre à une recrudescence des écoles, musique, danse, et peut-être même à l’apprentissage du lunfardo !

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