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Deuxième Rencontre de Tango argentin d’Albi du 29 octobre au 1er novembre 2009

Posté par mephisto-tango le 7.11.2009 @ 9:55 Dans Les coups de coeur | 2 commentaires

Claire Prouhet, la dirigeante d’« Artetango » Albi, suivie par son efficace équipe de bénévoles, a brillamment organisé les deuxièmes rencontres de Tango argentin dans la jolie ville d’Albi (Albi et sa merveilleuse cathédrale, et son musée Toulouse-Lautrec juste à côté, entre autres !).

Claire a réussi, outre le fait d’une organisation remarquable pour ces 4 jours, le tour de force de réunir des artistes internationaux de qualité, connus et reconnus. Si l’on en juge simplement par le nombre des spectateurs et danseurs présents surtout le samedi soir (entre 400 et 500 personnes), et par le fait que par rapport à l’année dernière, le nombre des spectateurs a augmenté, on peut supposer que Claire saura apporter, année après année, tout son savoir faire pour que ces rencontres de la Toussaint à Albi, soient de plus en plus réputées.

Voici les événements notoires qui ont émaillé ces 4 jours de festivités :

Conférence de William Sabatier sur le bandonéon (www.williamsabatier.com) le 30 octobre.

William Sabatier, bandonéoniste français, a animé une intéressante conférence d’une bonne heure sur son instrument de prédilection : le bandonéon.

A peu près une centaine de personnes sont venues l’écouter parler, et jouer. Pourquoi à Albi, entre 90 et 100 personnes viennent à une conférence sur la musique, et qu’à Paris il n’y a que 30 ou 40 personnes ? Réponse : l’entrée était gratuite. Faut-il en déduire que, pour intéresser les gens sur la musique Tango, il faut dispenser cette culture gratuitement ? Et pourtant, la musique est le cœur fondamental et nécessaire de la danse….

Le bandonéon est arrivé en Argentine alors que le Tango avait déjà commencé à voir le jour. Néanmoins, cet instrument est devenu par la suite emblématique du Tango argentin, car il reflète ce genre de musique. Il fait partie de l’évolution du Tango argentin, jusqu’à nos jours. Depuis le 29 octobre 2009 le bandonéon est devenu Patrimoine culturel national de l’Argentine (pour éviter probablement la trop grande exportation des instruments de plus de 40 ans), tandis que le Tango argentin dans sa globalité est devenu Patrimoine culturel universel, inscrit à l’UNESCO depuis le 30 septembre 2009.

Le bandonéon est né en Allemagne vers 1850. Il vient du concertina allemand, diatonique, auquel on a ajouté des boutons pour pouvoir jouer dans toutes les tonalités (il est ainsi devenu chromatique). En 1843 Heinrich Band conçoit l’instrument, et Friedrich Zimmermann le fabrique dès 1847. Dans son atelier Ernest Louis Arnold y travaille. Par la suite, l’entreprise est rachetée par la famille Arnold, et Alfred Arnold crée un bandonéon qui devient LE standard. A la fin du 19ème siècle, il arrive en Argentine par le biais d’un marin allemand. L’entreprise exporte en Argentine ce bandonéon. Avec le temps, la technique se développe grâce aux bandonéonistes virtuoses (exemples : Pedro Laurenz, Pedro Maffia, Ciriaco Ortiz, Anibal Troilo, Astor Piazzolla, Leopoldo Federico).

L’instrument lui-même se compose de 2 hémisphères comportant des boutons, et d’un soufflet. Le principe est la compression de l’air : plus la compression est forte, plus l’instrument joue fort. Les boutons sont en galalithe (pierre de lait) recouverts de pastille de nacre permettant que les doigts ne glissent pas dessus. La caisse est faite de bois résineux, avec une fine couche de placage (poirier) et d’un vernis noir. Les lamelles sont en acier (les anches), sur des plaques en zinc. Il existe des instruments plus légers faits en duralumin à la place mais ils ont moins de puissance sonore. Le soufflet est fait de cuir et de carton. Le cuir, très souple, est posé dans les angles. Le cuir permet d’étirer l’instrument sans le détruire car il reprend sa pliure naturelle. En décoration, le maillechort (alliage de cuivre, nickel et zinc), la nacre, ou une marqueterie venant d’Asie. La valve d’entrée et de sortie d’air, quand on la manipule, permet un effet très percussif. Cette valve n’existe pas dans l’accordéon.

Aujourd’hui le savoir faire des facteurs de bandonéons des années 20-30 s’est perdu. La perte du Tango pendant les années 70 en a été une des causes. Mais l’engouement est revenu plus fort encore depuis les années 1980 pour cette musique et cet instrument, pouvant laisser penser un avenir radieux.
Pour finir cette conférence William Sabatier incite les auditeurs à apprendre cet instrument, tout en regrettant le prix d’achat élevé. Plus il y aura d’instrumentistes amateurs ou professionnels, plus la qualité des orchestres et des bandonéonistes montera.

Concert Tango du Trio Sabatier – Couranjou – Calo, consacré en majeure partie aux œuvres d’Astor Piazzolla le 30 octobre.

William Sabatier : bandonéon ;
Osvaldo Calo : Piano ;
Sebastien Couranjou : violon.
Concert de très grande qualité, avec musiciens de très haute valeur. L’un va avec l’autre. Evidemment. Surtout pour le répertoire d’Astor Piazzolla : Preparense ; Introduccion del Angel ; Escualo ; Adios Nonino ; Fugata ; Soledad ; Michelangelo 70 ; Triunfal. Et puis des œuvres actuelles par encore connues en France de Gustavo Fedel, mais néanmoins très intéressantes : Tangonia, Letardo de Los Punales, Milonga del Broche.

Ce concert fut un régal, la sono très bien réglée, l’acoustique de la salle excellente, et les musiciens ont été acclamés à juste titre !

Concert de l’Orquesta tipica « El Afronte » (www.elafronte.com.ar) le 31 octobre.

Encore un grand moment que cet orchestre de jeunes musiciens argentins en tournée européenne. Ils jouent à San Telmo le dimanche dans la rue à Buenos-Aires, et personnellement je suis heureuse de les revoir dans d’autres conditions, car ils sont loin d’être insignifiants et inconsistants. Quatre bandonéonistes très dynamiques et puissants, un pianiste de grand talent, un contrebassiste, un violoncelliste également talentueux, et trois violonistes malheureusement d’inégale valeur. Ces violons auraient mérité d’être plus présents et plus sûrs y compris dans la justesse, pour être en accord avec les bandonéons et le piano, qui eux étaient complètement là, avec la pêche, et sûrs de leur moyens techniques. Le chanteur était très convaincant avec un timbre de voix grave et chaud, sans aucune monotonie dans les nuances.
Malgré la faiblesse des violons, on a entendu un très bon concert, avec des compositions d’Arolas, de Troilo, de Manzi, de Pugliese, de Ruggero, d’Alvarez, de Greco, de Gardel, de Piazzolla. Egalement des compositions de l’orchestre lui-même, dont une composition jouée pour la première fois en France.
Inutile de dire qu’ils ont été acclamés par les spectateurs qui n’ont pas hésité à se lever et à les bisser plusieurs fois !


Démonstrations de Christophe Lambert et Judith Elbaz le 31 octobre.

C’est une valeur sûre que ce couple. Tout le monde les connait en France, tant ils ont la réputation depuis des années et des années, d’être des bons pédagogues et des très bons danseurs en improvisé. Ce fait ne s’est pas démenti. Ils ont dansé 4 danses très en rythme et techniquement très propre, 2 tangos traditionnels, 1 milonga, et chose intéressante : un tango alternatif chanté, lent, dans lequel l’interprétation qu’ils en ont faite résidait dans la recherche sur l’abrazo.

En effet, toujours en marchant et sans faire de figure jamais, ils ont varié l’abrazo de façon totalement novatrice et surprenante. En début de tango, si l’abrazo était « normal », très rapidement la main droite de Judith et la main gauche de Christophe se sont détachées tout en dansant, et les bras se sont tendus à l’horizontale sans jamais se rencontrer, comme si le bras gauche de l’homme poursuivait le bras droit de la femme, bras que Judith tenait derrière elle à l’horizontale, avec une dissociation de l’épaule droite. Ensuite, l’abrazo change une nouvelle fois, c’est Judith qui porte ses mains à sa nuque, et Christophe face à elle passe ses bras dans ses bras à elle, et il la guide ainsi sans de difficulté notoire. Mais le plus étrange encore, c’est l’abrazo de Judith ensuite, elle est derrière lui, serrée contre lui et ses bras (à elle) entourent son torse (à lui), soit avec ses mains au niveau des épaules (à lui), soit au niveau de la poitrine (à lui). La marche est intimement emboîtée, les deux marchent en avant, avec de temps en temps une marche arrière avec rebond, ce qui provoque un boléo recto de Judith vers l’arrière. Ils vont finir la danse en marche avant déboitée avec les bras de l’un, autour de la taille de l’autre, et réciproquement. Les quelques dernières mesures de la musique les verra revenir en abrazo traditionnel.

Il est évident que c’est une recherche pure, une expérimentation. Certains bien sûr penseront qu’il est inutile de faire de telles explorations, mais de cette expérience viendra peut-être dans le futur une idée utilisable en bal, tout comme il existe maintenant des figures novatrices exploitées chez les danseurs professionnels en démonstration ou en bal, sur des marches où les deux partenaires sont côte à côte et non plus face à face.

Cette prestation a été très applaudie, et on ne peut que se réjouir de cette ouverture d’esprit.

Démonstrations de Pablo Rodriguez et Noelia Hurtado le 31 octobre.

Ces très jeunes danseurs, entre 20 et 25 ans, sont déjà Champions de Tango Salon en 2006 à Buenos-Aires. La valeur n’attend pas le nombre des années, dit-on. Et vraiment il est juste de dire combien ils sont beaux et combien ils dansent bien. Tango traditionnel de style « Villa Urquiza », tango salon pur et dur. Tout en dynamique des mouvements et en souplesse, ils sont un régal de la vue. On peut prédire qu’ils auront un grand avenir, du reste ils commencent déjà leur jeune carrière en parcourant le globe.
Voici quelques vidéos qui exprimeront mieux tous les écrits du monde :

« Parque Patricios » Francisco Canaro

« Ojos Negros » Di Sarli

« Bahia Blanca » Di Sarli

Film en projection : « Maestros Milongueros » le 1er novembre.

Peut-être est-ce la fête des morts qui a voulu cela, mais ce film a remémoré quelques-uns des vieux milongueros les plus connus et qui sont morts : Portalea, Pupi Castello, Gavito. D’autres pas encore partis dans l’au-delà (du moins à ce que j’en sais) : Osvaldo et Coca, Margarita, Roberto et Chiquita.
Tous ces vieux milongueros ont prêté leur voix et leur image, avant de mourir, pour laisser un témoignage de ce qu’ils ont connus de l’époque d’or du Tango. C’est ainsi qu’ils racontent leurs aventures tanguitistiques, leurs motivations, leurs parcours, et leurs enseignements à des plus jeunes.

Alors que la technique n’est qu’un aspect très secondaire dans leur Tango dansé, tous ont la même vision : celle de la recherche perpétuelle de l’essence du Tango, de l’intuition, de la prestance, de l’élégance et de l’observation. Ne pas se presser, c’est l’éloge de la lenteur pour : « plus sentir qu’exécuter ». Marcher et encore marcher pour trouver l’impulsion juste associée au pas, et la posture.

Même si la façon de danser des jeunes d’aujourd’hui n’est plus du tout comparable avec ce que faisait tous ces vieux danseurs, il n’empêche que leur façon d’enseigner le Tango est d’abord et avant tout basée sur l’esprit de la danse, sa signification sentimentale profonde, ou même sexuelle. La recherche constante de l’âme du Tango. Tous ont un point commun, leur profond respect et une passion infinie pour la danse et la musique, et pour cette culture en général.

Ce film est passionnant pour cela, car il aide à comprendre qu’au-delà de la technique pure, étant le cadet de leur souci, le Tango dansé apporte à chacun le plaisir d’être et de ressentir quelque chose de très fort qui est la communion suprême.

Les DJs : Aurore et Claudia Petit
Notons la performance d’Aurore qui a eu une tâche très difficile le 30 octobre pour l’animation musicale de la milonga, car Claire Prouhet désirait une milonga dans la suite logique du concert du trio Calo-Couranjou-Sabatier. C’était une milonga faite pour un Tango très moderne, qui n’avait en rien de relation avec la musique Tango traditionnel. Donc nous avons entendu, et dansé, des Tangos électros, les Tangos alternatifs, fusions, et bien sûr des Piazzolla. Aussi certains Tango traditionnels mais considérablement arrangés. Personnellement j’ai bien aimé, mais pour d’autres personnes ce fut dérangeant.

Quant à Claudia Petit : on ne la présente plus !


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