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La musique et la danse : compréhension mutuelle ou éternel décalage ?

Posté par mephisto-tango le 18.11.2009 @ 10:36 Dans La musique, Les danseurs | 1 commentaire

Y a-t-il possibilité de communiquer le plus possible entre danseurs et musiciens par un même langage, ou bien y aura-t-il toujours une distance entretenue, voulue ou non, entre ces deux protagonistes d’une même culture Tango ?

Comment pourrait-on ne pas comprendre un musicien quand il reproche à des danseurs de n’être pas en musique ? Un danseur qui danse, « à côté », c’est comme si lui-même jouait faux……

Que doit-on considérer ? Que le musicien doit être à la disposition du danseur, ou l’inverse ?

Simplement, on pourrait réfléchir à ceci : « si la musique n’existait pas, y aurait-il toujours la danse ? (Heu…..non)». Et inversement : « si la danse n’existait pas, il y aurait-il toujours la musique ? (Heu…..oui)». Quelle est la prééminence de l’une, sur l’autre ?

Si même on pense à juste titre, que, dans les années 40 (pour ne citer que l’âge d’or du Tango), les musiciens jouaient pour faire danser les milongueros, il n’empêche que tous les milongueros se devaient d’être en harmonie, en accord avec la musique jouée pour eux. Et donc de danser « juste », donc, sur la musique. Comme si leurs corps étaient un autre instrument de musique, prolongeant l’orchestre déjà existant.

Et pour prolonger la logique, quelqu’un qui ne respecte pas le tempo ni même le rythme, celui qui est « sourd » pour reprendre le terme de Pablo Veron, comment peut-il prétendre danser ?

Il y a trois sortes de danseurs, en fait, en termes de musique.

- Le danseur « instinctif » qui, même s’il ne connait pas la musique, se pose directement dessus, car il a en lui le sens du rythme, et sans le savoir, il a une oreille sensible à la pulsation musicale. Il est né avec. Ce type de danseur est la grande majorité chez les danseurs professionnels, car ils n’ont jamais appris la musique en tant que telle. Les danseurs amateurs aussi font partie de ce type, mais en une nettement moins grande proportion.

- Le danseur « sourd » ou « à moitié sourd », qui ne connait pas la musique, qui ne l’entend pas, qui ne la comprend pas, et qui ne sait même pas qu’il est « à côté » par moment, voire même souvent. La proportion chez les danseurs amateurs est, selon ce que je vois, de l’ordre de 20 à 30 %.

- Le danseur « curieux », ni vraiment instinctif, ni vraiment sourd, mais qui cherche à comprendre la musique et à la vivre plus en connexion avec elle. Malheureusement ce type de danseur est une infime minorité. C’est pourtant lui qui est le plus motivant, car à partir du moment où il a tout compris des pulsations, des rythmiques diverses et variées dans chaque genre de Tango, Valse et Milonga, il sait qu’il a un champ infini devant lui d’innovation et de création rythmique avec ses jambes et ses pieds, technique mise à part. En cela il possède une connaissance supérieure à celle des petits copains « instinctifs ». Certains danseurs professionnels l’ont bien compris, car ils ont combiné leur instinct personnel avec la connaissance musicale pure, faisant en cela des danseurs avec une expression artistique hors norme.

Il est très difficile de rendre « curieux « des danseurs qui pensent qu’ils n’ont pas besoin d’apprendre la musique pour améliorer leur écoute. La musique relève aussi d’une éducation : celle de l’oreille, et pour améliorer son oreille, rien ne vaut plus qu’une compréhension de la musique associée à une écoute attentive.

Plus la musique sera comprise, plus l’oreille sera affutée, et moins nous verrons dans les bals des danseurs « sourds » ou demi-sourds » rouspétant après les musiciens. Et moins nous verrons des musiciens furieux ou frustrés…et même méprisants.


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