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19.1.2010 par mephisto-tango.
Ne vous impatientez pas, l’interview de Fabrice Hatem est désormais en ligne sur le site
N’hésitez pas à aller sur son site perso : www.fabrice.hatem.free.fr, où vous trouverez une immense documentation sur la culture tanguera.
Je pense qu’il sera content également de lire vos commentaires si vous en avez !
Bonne lecture
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18.1.2010 par mephisto-tango.
Je suis tombée un peu par hasard, en relisant des anciens numéros de la Salida, sur un témoignage de Carmen Aguiar en septembre 2000.
Depuis 1986 à Paris, Carmen Aguiar et Victor Convalia ont animé de nombreuses milongas, et ils ont également donnés de nombreux cours de Tango, notamment à l’ancien « Latina » et à l’ancienne MJC rue du Point du Jour à Paris. Aujourd’hui, Carmen continue toujours, malgré la disparition de son mari Victor, à animer des milongas à Paris, apportant toujours sa bonne humeur et une grande gentillesse vis-à-vis de tous les gens qu’elle peut côtoyer. Cela mérite bien d’être signalé !
Donc, j’ai relu ce vieux témoignage d’il y a 10 ans tout juste.
Je cite Carmen :
« Les hommes et les femmes d’aujourd’hui sont différents de ceux qui vivaient au moment de la naissance de cette danse (le Tango), qui peut parfois véhiculer des images du passé. Le langage corporel et sentimental du Tango des années 2000 est donc différent de celui des années 1920. Dans cette danse qui exige ouverture aux autres et remise en question permanente, il est important de s’intéresser à l’apport des jeunes professionnels du Tango, porteurs de la vitalité et de l’évolution de cet art. »
Chère Carmen, peux-tu nous dire si tu réécrirais la même chose en 2010 ?
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15.1.2010 par mephisto-tango.
Décidemment, l’interview de Chicho dans le Revue El Tangauta de décembre 2009 provoque un raz de marée dans la communauté Tanguera, et suscite une polémique acerbe.
C’est comme si on était replongé plus de 10 ans en arrière, quand Chicho est arrivé à Paris pratiquement inconnu en France (Pablo Veron venait juste de partir travailler aux Etats-Unis) et qu’il a été très fortement contesté par des danseurs traditionnalistes qui voyaient en lui un extra-terrestre qui ne savait pas danser le Tango, c’est du moins ce qu’ils pensaient.
Cette haine ressurgit aujourd’hui.
Entre son arrivée à Paris il y a plus de 10 ans, et aujourd’hui, Chicho a fait son chemin fort heureusement. Connu dans le monde entier, ayant travaillé, enseigné, dansé partout, il est devenu une star mondiale du Tango, comme le sont Pablo Veron ou Gustavo Naveira, et il a gagné sa vie fort honorablement, grâce à ses talents artistiques liés au Tango.
Si Chicho est devenu une star mondiale du Tango, ce n’est pas pour rien ! Comment peut-on devenir star mondiale sans avoir aucun talent, sans savoir danser ? Et qu’on ne me dise pas qu’il a été jeté sur le devant de la scène par je ne sais quel mécène plein de fric, lui qui a toujours été farouchement indépendant et rebelle.
C’est là le paradoxe insensé, les Traditionnalistes il y a 10 ans le conspuait parce qu’il « ne savait pas danser et que ce qu’il faisait n’était pas du Tango», et aujourd’hui les Traditionnalistes le conspuent encore parce qu’il a osé avouer humblement, dans son interview, qu’il n’a pas su transmettre à ses élèves l’essence du Tango, et donc, selon eux, Chicho a trompé tous ses élèves.
Il y a 10 ans on reprochait à Chicho son modernisme extrême, et maintenant que Chicho revient dans le rang, qu’il renoue avec la Tradition et ses codes, on le conspue encore ! Les Traditionnalistes devraient être contents au contraire, ils devraient même l’accueillir les bras ouverts …..
Que pourrait faire cet homme pour qu’il soit respecté et pour qu’il soit apprécié à sa juste valeur ? Il faut beaucoup de courage pour avouer à la planète entière que l’on s’est trompé dans son enseignement. Il faut beaucoup de courage et d’humilité aussi ! Chicho a fait preuve là de sa franchise et de son honnêteté. C’est tout en son honneur !
J’ose espérer que les gens des autres pays, y compris en Argentine, ne réagissent pas comme certains Français. Qu’ils voient les choses simplement, qu’ils voient le fait qu’un homme puisse se remettre en question, qu’il réfléchisse, qu’il fasse un bilan de son passé artistique et qu’il puisse en tirer enseignement et bénéfice intellectuel, pour lui-même et pour tous ceux qui le soutiennent depuis le début.
J’ose espérer aussi que Chicho gardera son côté rebelle et sa force de caractère, comme Piazzolla, pour continuer son chemin, envers et contre tout.
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15.1.2010 par mephisto-tango.
Pour réconcilier tout le monde, du moins espérons-le, voici quelques vidéos d’une autre star mondiale du Tango qui, d’après ce que j’en sais, n’a jamais été contesté. Si je me trompe, les commentaires en fin de blog, sont à votre disposition. Il s’agit de Pablo Veron.
D’abord une vidéo que je ne connaissais pas :
Pablo Veron et Rebecca Shulman, en juillet 1997, aux Etats-Unis (sur « Emancipation », Tango de 1910 version Osvaldo Pugliese de 1955). Toujours cette façon de se déplacer comme un félin qui n’appartient qu’à lui. Toujours cette tranquillité dans le déplacement et dans les figures. Admirez vers 1mn20 – 1mn30 la connexion sur place avec sa partenaire ! Ca vit, ça bouge sur la musique, le phrasé de Pablo sur la musique est extraordinaire ….. C’est dynamique et c’est beau.
Aussi le vidéo clip que Pablo a produit lui-même, mis en scène, chorégraphié, dirigé et dansé dans tout le répertoire dont il est capable : Tango, Hip-Hop, Salsa, Claquettes, en petites touches impressionnistes : c’est « Nexus » sur une musique de Sverre Indris Joner (Groupe Electrocutango) et de Pablo lui-même. Pablo Veron y montre tous ses talents de danseur professionnel dans toutes les disciplines de danses populaires:
Et je ne résiste pas à mettre en avant cet extrait du film de Sally Potter, « La Leçon de Tango » en 1997, avec Pablo Veron et Sally Potter, où ils dansent tous les deux « Zum », un Tango d’Astor Piazzolla de 1972, version Osvaldo Pugliese de 1973. Cet extrait, un des meilleurs selon moi, représente bien la connexion profonde, puissante et sensuelle à la fois qu’il y a entre un homme et une femme. La prise de vue des deux visages est remarquable, car ces images reflètent parfaitement bien le fait que les partenaires dansent l’un pour l’autre. Le phrasé, avec les respirations musicales de Pablo est toujours aussi merveilleusement bien en accord avec la musique, malgré le rubato, tout colle de façon juste, y compris rythmiquement.
Et bien sûr vous trouverez sur le site de l’association les vidéos de Pablo avec Teresa Cunha et avec Victoria Vieyra.
Les Videos avec Pablo VERON sur le site
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15.1.2010 par mephisto-tango.
Le blog sur l’interview de Chicho suscitant des commentaires divers et variés, même hard parfois, j’ai eu la surprise de voir qu’Astor Piazzolla était nommé, notamment pour affirmer qu’Astor Piazzolla (et sa musique que l’on qualifiait à son époque de « Tango Nuevo » - tiens tiens …..), ne se considérait pas comme un musicien de Tango. Il m’a donc semblé légitime de citer des faits, non contestables, qui pourraient, peut-être, répondre à la question : Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ? »
Il est étrange de voir que les commentaires sur Chicho dévient vers Piazzolla…Est-ce significatif ? Un génie en amène t’il un autre ?
Je citerais les paroles d’Astor Piazzolla lui-même dans les années 1970 : « J’en ai assez que tout le monde me dise que ce que je fais n’est pas du Tango. Moi, comme je suis fatigué, je réponds que je fais de la musique de Buenos-Aires. Mais la musique de Buenos-Aires, qu’est ce que c’est ? Du Tango. Alors ce que je fais, c’est du Tango ».
Voici quelques faits. Il sera bon de se reporter sur les sites dédiés au Tango (www.todotango.com; www.piazzolla.org) pour avoir une biographie plus complète de sa vie et de son œuvre, mon but ici étant de me focaliser sur les aspects purement factuels qui le rattachent au Tango.
La première période : la Tradition
- 1929 : rencontre avec le bandonéon à l’âge de 8 ans. Apprentissage.
- 1932 : il compose son premier Tango : « La Catinga » jamais publié.
- 1932 : il apparait dans le film « El Dia Que Me Quieras » avec Carlos Gardel. Astor joue le rôle, quelques secondes, d’un vendeur de journaux. Gardel demandera au père d’Astor de l’emmener avec lui en tournée. Refus du père.
- 1936 : à 15 ans il commence à jouer dans des groupes locaux.
- 1938 : rencontre avec Anibal Troilo à l’âge de 17 ans, qui l’incorpore dans son orchestre. Piazzolla racontera plus tard qu’il connaissait par cœur, au moment de leur rencontre, tout le répertoire de Troilo pour le bandonéon. Piazzolla est l’arrangeur de Troilo, mais les innovations trop importantes ne convenaient pas à Troilo qui pensait que la musique doit être comprise par le peuple.
- 1944 : Piazzolla quitte Troilo. Il travaille avec le chanteur Francisco Fiorentino.
- 1946 : Piazzolla fonde son propre orchestre tipica, et y joue ses propres compositions ainsi que celles, traditionnelles mais avec ses arrangements, d’autres grands musiciens de l’époque (Pedro Maffia, Julio de Caro, Roberto Firpo, Pedro Laurenz….)
- 1947 : composition de « Pigmalion » et « Villeguita » deux Tangos où s’annonce déjà, à l’âge de 26 ans, un créateur de Tangos. Ces deux Tangos restent cependant très dansables, et traditionnels dans la forme, Piazzolla reste encore influencé par les apports de Pugliese et Troilo.
- 1950 : « Para Lucirce ». Tango.
- 1951 : « Preparense ». Tango.
- 1953 : « Triunfal ». Tango.
- 1954 : « Contrabajeando ». Tango. C’est l’année où, après avoir gagné une bourse d’un an pour une symphonie en 3 mouvements : « Buenos-Aires » écrite en 1951, Piazzolla s’envole pour Paris, afin de prendre des cours de composition donnés par Nadia Boulanger pendant 18 mois. Il a 33 ans. Nadia Boulanger, après avoir écouté « Buenos-Aires » a trouvé que c’était bien écrit mais que ça manquait de sentiment. Quand Nadia Boulanger demande à Astor Piazzolla de lui apporter son bandonéon et de lui jouer quelque chose dessus, honteux, il joue « Triunfal ». Nadia Boulanger réalise alors que son potentiel doit s’exprimer dans le domaine du Tango : « Voilà Piazzolla, ne l’oublie jamais ! » lui dit-elle.
- 1955 : il enregistre avec l’orchestre de cordes de l’Opéra de Paris, Martial Solal au piano, et lui-même au bandonéon, des Tangos de sa composition : « Nonino », « Marron y Azul », « Chau, Paris », « Bando », « Picasso »….
Voici d’autres paroles d’Astor Piazzolla : « Ce qu’elle (Nadia Boulanger) a semé en moi a fini par porter ses fruits. Plus que tout autre chose, elle m’a donné confiance en moi-même, m’a fait voir au fond que j’étais un compositeur de Tango, que le reste (la musique savante), certes, était important mais que ce n’était pas ma voie et appartenait à un autre moi, cérébral et faux. Et tout ce que j’avais contre le Tango s’est, tout à coup, en moi, retourné en sa faveur. »
La deuxième période : l’après Nadia Boulanger et « the Great Tango Revolution » (dixit Piazzolla). La rupture
- 1955 – 1960 : l’Octeto Buenos-Aires : départ de sa carrière, et rupture d’avec la tradition. Dès lors, les compositions ne sont plus destinées aux danseurs, mais destinées à l’écoute d’un public attentif. Néanmoins, L’Octeto Buenos-Aires a enregistré des Tangos traditionnels, mais fortement arrangés : « El Marne », « Los Mareados », « Mi Refugio », « Arrabal ».
Je cite ses paroles d’alors : « Et oui, j’étais arrivé (de Paris), et bien décidé à rompre avec tout. Et quand bien même ils (les Traditionnalistes musiciens et danseurs) en auraient été chagrinés à ce moment-là, ce que je faisais était du Tango. »
- 1956 : compositions des Tangos « Très Minutos con la Realidad » et « Tango Del Angel ».
- 1957 : composition de « Melancolico Buenos-Aires ».
- 1959 : Piazzolla travaille avec Juan Carlos Copes et Maria Nieves (danseurs de scène) pour la création d’un ballet Tango.
- 1959 : composition de « Decarisimo » : hommage rendu à Julio de Caro (fondateur de la jeune garde) par Piazzolla, en remerciement des lettres d’encouragement qu’il avait reçues à New-York. Piazzolla lui en a été très reconnaissant.
- 1959 : « Calambre ». Tango.
- 1960 : naissance du Quinteto Nuevo Tango, qui a soulevé un vif enthousiasme.
- 1960 : « Adios Nonino ». Tango
- 1962 : « Introduccion al Angel. Tango. 1962 : « La Muerte del Angel ». Tango.
- 1963 : « Revirado ». Tango. 1963 : « Buenos-Aires Hora Cero ». Tango. 1963 : « Fracanapa ». Tango. 1963 : création de l’Octeto Nuevo Tango.
- 1965 : « Milonga del Angel ». Milonga lente
- 1965 : « Verano Porteno ». Tango.
- 1967 : « Otono Porteno ». Tango.
- 1968 : « Chiquilin de Bachin. Valse. « Balada Para Mi Muerte ». Tango. 1968 : « Fuga y Misterio » tiré du petit opéra « Maria De Buenos-Aires » composé par Piazzolla avec le poète Horacio Ferrer.
- 1969 : « Invierno Porteno ». Tango. 1969 : « Balada Para Un Loco ». Chanson
- 1970 : « La Bicicleta Blanca ». Tango. « Michelangelo 70 ». Tango. « Primavera Portena ». Tango.
- 1971 : « Concierto Para Quinteto »
- 1972 : création du « Conjunto 9 », dit Noneto. 1972 : « Tristezas de Un Doble A », « Vardarito », « Onda 9 », « Zum »
- 1974 : « Libertango ». Tango.
- 1975 : « Suite Troileana ». Tangos composés en hommage à Anibal Troilo, décédé en 1975.
- 1977 : « Cité Tango ». Tango
- 1979 : « Escualo » Tango.
- 1984 : « Contrabajisimo ». Tango, « Mumuki ». Tango. « Oblivion ». Tango.
- 1985 : « Tanguedia I, Tanguedia II, Tanguedia III.
- 1988 : “Vuelvo Al Sur”. Tango chanté.
Je vais arrêter là toutes ces énumérations d’œuvres. Il y en a encore des centaines. En tout cas les partitions de sa musique que j’ai pu récupérer (sur les sites internet ou par l’achat direct de partitions), portent toutes la mention « Tango » sous le titre.
Les Traditionnalistes conservateurs reprochaient à Piazzolla de ne plus les avoir fait danser, en fait. Et comme ils ne pouvaient plus danser sur sa musique, ils disaient que ce n’était pas du Tango. Piazzolla a reçu une volée de bois vert constamment en Argentine, et a même reçu des menaces de mort. Comme si la musique Tango était indissolublement reliée à la danse, comme si la musique devait avoir les mains liées, prisonnières de la danse. Pourquoi cette intransigeance et ce manque d’ouverture d’esprit ? La musique peut se suffire à elle-même, et Piazzolla a profité de ses connaissances de composition, des harmonies, pour construire une forme musicale différente du Tango traditionnel, mais toujours en relation avec, sous-jacent. « Tanguificated » comme il disait lui-même. Malgré des divergences formelles, la musique piazzollienne ne rompt pas avec le Tango traditionnel. Il a ainsi repris la pulsation rythmique en 3/3/2 qui vient du Tango traditionnel (Comme il Faut d’Eduardo Arolas, Negracha d’Osvaldo Pugliese…..), mais dont il a généralisé l’usage dans ses compositions pour devenir structurelle.
Osvaldo Pugliese lui-même disait que les œuvres de Piazzolla étaient bien du Tango !
Du reste, bien des Tangos de Piazzolla sont dansables….Tous ne le sont pas, mais ce n’est pas une raison pour rejeter ce musicien génial !
Piazzolla a écrit des chefs-d’œuvre. A vous de décider si ce sont des Tangos, ou non ….
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13.1.2010 par mephisto-tango.
Pour répondre à cette question très large, réagissons de façon scientifique, et voyons ce qu’en dit le dictionnaire « Nouveau Petit Robert 2010 » sur la définition de l’« essence » :
En philosophie, l’essence est « ce qui constitue la nature d’un être » : fond d’un être, nature intime des choses.
Senancour (écrivain français né en 1770, mort en 1846) dit : « Nous ne connaissons que des rapports ou des formes. La fin et l’essence des êtres resteront impénétrables. »
Dans la théorie platonicienne : « l’essence précède l’existence. »
Sartre (écrivain et philosophe existentialiste 1905 – 1980) dit : « Qu’est ce que signifie ici, que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord… et qu’il se définit après. »
En emploi courant, l’essence est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, et ce sans quoi elle ne serait pas, c’est l’ensemble des caractères constitutifs et invariables. Par essence : par sa nature même.
Essayons de relier toutes ces définitions au Tango.
On cherchera, au contraire de Senancour, dans un premier temps, à trouver ce qui est selon lui, impénétrable pour le rendre, justement, pénétrable.
Chez Platon, où l’essence précède l’existence, on pourra concevoir assez aisément que, aux origines du Tango (1880 – 1900), une culture Tango est en train de voir le jour, et cette culture s’épanouira avec le temps et existera en tant que telle. On voit alors qu’essence et Histoire sont liées indéfectiblement.
Chez Sartre - et c’est bougrement intéressant - c’est ce qui existe qui importe d’abord, c’est la prééminence de l’existence sur l’essence. En d’autres mots, on pourrait dire que c’est le moment présent qui compte, à un temps T, et que les rapports et les formes liés au Tango, à ce moment, prennent toute leur importance, et dominent l’essence. Si l’on reprend les termes de Sartre et qu’on les adapte, on pourrait dire : « Cela signifie que le Tango existe d’abord….et qu’il se définit après. »
En langage courant, l’essence est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, c’est l’ensemble de ses caractères constitutifs et invariables, c’est sa nature intime. Quelle est la nature intime du Tango ? Qu’est ce qui fait que le Tango est le Tango et pas autre chose ? Quels sont ses caractères constitutifs et invariables ?
Qui pourrait répondre de façon extrêmement précise et concrète à ces questions ? Est-ce vraiment « impénétrable » ? Comme le dit Senancour ? En tout cas répondre de façon juste à ces questions est difficile, mais on peut essayer, un peu…..
Pour répondre à ces 3 questions, on voit que la culture et l’histoire du Tango sont indissolublement liées. Pablo Tegli pense que pour transmettre l’essence du Tango, il faut parler culture. Il a mille fois raison. Mais la culture Tango ne se résume pas uniquement à la danse, il faut aussi parler de la musique et de la poésie. Tout le monde est-il prêt à recevoir ces enseignements, outre la danse ?
La nature intime du Tango a un lien étroit avec son histoire, et avec sa culture intrinsèque. La culture (toujours selon le Petit Robert 2010), c’est l’ensemble des aspects intellectuels propres à une civilisation, à une nation. On peut bien sûr relier le Tango à l’histoire de la nation et de la population en Argentine. C’est dire l’étendue du sujet.
Le Tango est le Tango en raison de ses solides fondations, sur lesquelles se construit, périodes après périodes, un bâtiment qui grandit en fonction de ses architectes. Et il est toujours possible, pourquoi pas, de démolir un élément qui n’allait pas selon certains, et de reconstruire à la place quelque chose de mieux.
Les caractères constitutifs et invariables du Tango sont inclus dans l’Histoire, et sont culturels.
Si l’on relie les réflexions ci-dessus avec la notion d’essence selon Sartre, on pourrait dire que, en s’appuyant sur ses fondations, le Tango se construit avec le temps et existe en tant que tel. S’il existe, s’il « est », on peut alors le définir, au temps T où on en parle.
Alors on peut parler d’évolution. On pourra donc définir le Tango, intimement relié à une période de son Histoire. Et, au temps T où on définit le Tango, on définit son essence. En d’autre termes, l’essence évolue en même temps qu’évolue le Tango.
Je serais bien curieuse de connaître vos pensées là-dessus….Etes-vous Sartrien, Platonicien ou Senancourien ?
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11.1.2010 par mephisto-tango.
Nous l’apprenons en ce début de janvier 2010 : deux maestros des plus connus en ce bas monde, nous ont laissés, pour partir dans un monde meilleur. Pedro « Tete » Rusconi est parti le 7 janvier à l’âge de 74 ans, et le lendemain, c’était au tour d’Osvaldo Zotto, à l’âge de 46 ans. Tristes nouvelles coup sur coup pour la communauté Tanguera argentine d’abord, mais également internationale puisque ces maestros enseignaient et dansaient partout, notamment en France où ils sont venus travailler plusieurs fois. Tous les deux auraient succombé à une crise cardiaque. Trop jeune pour mourir, Osvaldo…..
Ces deux danseurs, en dehors de leur passion pour le Tango et de leur date de la mort fort proche l’une de l’autre (veillée funèbre dans le même funérarium…..), étaient bien différents, et dansaient fort différemment.
Si Tete pouvait s’apparenter quelque peu à un Gavroche parlant lunfardo en dansant, Osvaldo lui, pouvait s’apparenter à un aristocrate de haut rang parlant « chic » en dansant. En voyant Tete danser, on pouvait facilement s’imaginer ce personnage haut en couleur et très jovial, dans les bals populaires du 14 juillet par exemple. En voyant Osvaldo danser, on se l’imaginait davantage dans des salons sélects de la haute bourgeoisie parisienne. Tete, c’était la gouaille, le titi parisien « argentin », une grande gueule qui pouvait être sévère et autoritaire dans les cours, doublé d’un sourire moqueur et ironique. Osvaldo c’était la classe, l’allure, l’élégance du corps et des vêtements, bel homme svelte, charmeur et séduisant. Attentif, discret et réservé, même dans l’enseignement. Si Osvaldo était une bague en or dans un écrin de velours, Tete était une belle pierre brut non travaillée, posée dans une boîte faite en papier de verre, et doublée de soie……
Leur façon de danser également était fort différente. Tete, c’était le milonguero pur, abrazo apilado uniquement. Pas un danseur de scène, du tout. Il avait une particularité lors de ces démonstrations dans les milongas, c’était d’ouvrir ces bras, en croix, donc sans toucher sa partenaire des mains et des bras, et il la conduisait ainsi, rien que par les mouvements de son buste et par ses déplacements. La partenaire devait être scotchée à son buste, face-face, avec un abrazo autour de son cou. Il aimait beaucoup danser la valse ainsi. Tete avait une assise au sol remarquable, il était carrément enraciné au sol, et on avait l’impression qu’en marchant, il voulait réveiller ainsi tous les vieux milongueros décédés pour se replonger dans leurs racines et leurs vécus.
On a dit d’Osvaldo Zotto qu’il était un danseur de scène : oui et non. Oui, bien sûr, à cause de Tango x 2 où il avait comme partenaires son propre frère ainé Miguel Angel, Milena Plebs, Mora Godoy. Mais ce Tango de scène n’avait rien de spectaculaire dans le sens de maintenant, où l’on voit acrobaties et portées. Leur Tango de scène était bien plus axé subtilement dans la mise en scène de leurs Tangos chorégraphiés, en donnant simplement des couleurs : drôle, romantique, tragique, dramatique, mais sans excès. Mais pour moi, Osvaldo était surtout un danseur pour les démonstrations lors des bals. C’est là qu’on voyait le mieux toutes les subtilités de son Tango. Dans ces cas-là, Osvaldo présentait des chorégraphies travaillées dans une grande élégance, avec ses différentes partenaires du moment, et Lorena Ermocida était probablement sa partenaire la plus présente et la plus représentative. Alternant abrazo ouvert et fermé, avec des plages pour la dynamique, tout entier tourné vers le bien-être de sa partenaire, lui laissant des larges possibilités de s’exprimer, il dansait en douceur, tranquillement (certains disaient « pour la photo »), avec une pose de pieds pas très naturelle mais très travaillée, déplacement en connexion totale avec la partenaire. Le tout donnait une impression de ressenti extrêmement profonde pour le Tango. D’où l’émotion qui naissait dans le public. C’était un Tango Salon très pur, très beau. Du très, très beau Tango traditionnel.
Voici quelques exemples de leurs démonstrations. Il y en a beaucoup, j’ai sélectionné celles où on peut le mieux les apprécier, à mon sens. Ce sera ma façon à moi, de leur rendre hommage.
Avez-vous, Tete et Osvaldo, réussi dans votre enseignement, à transmettre l’essence du Tango à vos élèves ? Quand on vous voit danser, il semblerait bien que oui…..
Adios Maestros, vous nous manquerez…….
Pedro « Tete » Rusconi :
Tete et Silvia
Tete et Rosanna Remon :
Tete et Silvia :
Osvaldo Zotto :
Osvaldo et Milena Plebs :
Osvaldo seul (admirez l’axe et le remarquable sens de l’équilibre):
Osvaldo et Lorena Ermocida :
Osvaldo et Lorena :
Osvaldo et Lorena :
Osvaldo et Lorena :
Osvaldo et Lorena :
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6.1.2010 par mephisto-tango.
Pour la dixième fois en cet endroit, l’association Le Temps du Tango a organisé son habituel Festival de Tango argentin au manoir de Kerallic à Plestin les Grèves (Côtes d’Armor) pendant les vacances de Noël.
Personne ne sera surpris si je dis que tout tournait comme sur des roulettes pour l’organisation, (ils ont l’habitude depuis le temps !) et que l’équipe dirigeante, aussi bien que les bénévoles, ont été efficaces et bosseurs, malgré la fatigue et la mine inquiète quelquefois. S’il y a eu des petits problèmes, ce ne s’est pas vu de l’extérieur, du moins je le pense. Parmi les bénévoles qui ont effectué un gros boulot, je citerais volontiers Didier Tournon ainsi que sa femme Elisabeth. Didier pour avoir fait les animations des soirées et les présentations des artistes très élogieuses, et aussi pour avoir écrit et dit ses propres jeux de mots, très drôles, sur l’année « 2010 » ; Elisabeth pour avoir veillé nuit et jour à ce que tout ce passe bien pour tout le monde. Je crois pouvoir dire que la convivialité était là chez tous les participants, 230 stagiaires exigeants à satisfaire pendant 7 jours, ce n’est pas rien ! Le quart d’heure « armoricain », proposé par Didier dans les milongas, où les femmes invitent les hommes, a été très apprécié si j’en juge par le succès de certains hommes, littéralement « happés » par des dames ! J’ai bien aimé aussi le travail de décoration des salles de restaurant et de spectacle pour le réveillon, nul doute que là aussi les bénévoles ont fait tout leur possible pour que ce soit sympa à regarder.
Au point de vue restauration (chez les Français la gastronomie est un élément indispensable et nécessaire), ce n’était pas chez Bocuse, mais enfin, c’était très correct de façon générale.
Pour le logement, les bungalows sont très confortables, mais…..gare aux talons des dames qui font trop de bruit sur le carrelage ! C’est là peut-être le seul désavantage du logement, tout s’entend (et quand je dis tout…..) ! Les cloisons sont tellement minces qu’ont entendrait une mouche voler chez le voisin (heureusement qu’on n’est pas en été) ! Néanmoins les stagiaires ont veillé à faire attention généralement, et pour ceux qui mettaient leur musique trop fort chez eux: heureusement que c’était de la musique Tango !
Du côté parquet de danse : oups ! J’ai glissé ! Dommage mais on s’habitue. Les professionnels ont dû être inquiets, mais en bons professionnels ils ont dû prévoir plusieurs paires de chaussures. Les meilleurs n’ont pas glissé, merci pour eux, malgré la difficulté.
Les soirées costumées n’ont pas eu un grand succès vu le nombre réduit de costumes aperçus (soirée cinéma, soirée an 3000 et soirée « tout est permis »). Je n’ai rien à reprocher puisque je n’étais pas costumée non plus, mais je peux tout de même signaler Philippe Fassier le photographe, habillé des pieds à la tête en CDs avec les bras en tuyaux à ressort qui lui donnait une démarche très robotisée, Francine toute brillante….. Vu aussi un couple d’anges tout en blanc avec auréole et cheveux blanc, plusieurs squelettes, des Draculas…. Ce qui donne en définitive un nombre de personnes costumées très limité, alors que la piste de danse était confortablement bien remplie !
Voyons maintenant du côté des artistes, et je citerais les artistes qui m’ont le plus marquée (oui, oui, je sais, c’est subjectif) :
- Gustavo Rosas et Gisela Natoli :
Toujours égaux à eux-mêmes, ils font partie de ceux que j’aime le plus depuis longtemps. J’admire en eux la qualité de l’abrazo, aussi bien en position fermée qu’ouverte, l’élégance et la dynamique des mouvements, l’expression profonde de leur Tango et l’harmonie du couple. J’admire la virtuosité, la rapidité et la précision des jambes de Gisela, des pieds délicats et une pose de pieds amortie au sol, un vrai bonheur. Elle est hyper souple : regardez « Oblivion » d’Astor Piazzolla ; chorégraphie très acrobatique :
et celles moins acrobatique :
et encore
Je ne dirais qu’un mot : remarquable !
- Diego « El Pajaro » Riemer et Maria Belen Giachello :
Je n’avais pas vu Diego danser depuis très longtemps (c’était du temps où il dansait avec Mecha), et j’ai été très impressionnée par l’évolution de sa danse, beaucoup plus fluide, plus assurée, profondément dans le sol, dynamique. Maria Belen, délicieusement féminine, tout en rondeur dans sa façon de bouger, une pose de pieds très délicate et précise, très sensuelle, le couple est bien assorti, c’est du moins mon avis. J’ai préféré à leurs deux tangos leur interprétation de leur milonga traspié, très musicale dans le rythme, dans le phrasé y compris dans la technique où j’ai noté un jeu de jambes très personnel de Diego.
Regardez et jugez vous-mêmes :
(sur de la murga) ;
et pour plaire aux messieurs regardez :
avec une superbe milonga en deuxième partie ;
et pour le plaisir, plus sérieusement :
Cet homme qui est très grand, imposant, massif (jugez-en : mon nez arrivait à son nombril lors des trop rares fois où je dansais avec lui dans ses cours), a un incontestable charisme, beaucoup de présence et de drôlerie à la fois et possède en outre une très bonne pédagogie dans ses cours, pour la musique et pour la danse. En dehors de cela, pour rire, il n’a pas hésité à faire une animation avec ses élèves, lors du réveillon, sur une musique de Michaël Jackson (Billie Jean) qui fut très appréciée par toutes les dames de l’assemblée !
- Andres et Julia Ciafardini :
C’était mon coup de cœur cette fois-ci, car j’ai bien aimé toutes leurs démonstrations, pleines de dynamisme et ils mettaient toute leur âme dedans. Ils ont beaucoup travaillé depuis le temps (2005 je crois) où ils préparaient avec Sebastian Arce et Mariana Montes les chorégraphies destinées à l’ouverture de la milonga (défunte hélas) : chez Yoko. Assurance et énergie associée à la technique et la musicalité, ils ont ensemble parcouru du chemin et ils progresseront encore, c’est sûr. La seule chose que je pourrais dire mais qui n’est absolument pas rédhibitoire, c’est que Julia a tendance par moment, et même dans les moments les plus romantiques des Tangos, à frapper le sol de ses pieds juste avant de passer le poids. Dans ces moments, surtout dans les tours (mais peut-être est-ce dû au parquet trop glissant), il n’y a pas d’amorti du pied sur le sol, ce qui donne à son déplacement un aspect sec et brutal, même si le mouvement est correct en soi. Mais je ne doute pas un seul instant que Julia saura trouver en elle cette faculté de poser ses pieds comme un chat.
- Juan Carlos Caceres :
Interviewé par Fabrice Hatem, Juan Carlos Caceres a parlé du sujet qui lui tient le plus à cœur : les origines noires du Tango. S’accompagnant au piano, il est revenu sur la musique initiatrice du Tango : le Candombé des noirs, la Habanera cubaine, la Milonga brésilienne.
Ce musicien bien connu (qui ne connait pas Toca Tango et Tango Negro ?) est d’une richesse artistique passionnante, associé à un sens humoristique assez corrosif quelquefois. Pendant plus d’une heure, il a ainsi parlé des bordels de Buenos-Aires (qui ne sont pas LA seule origine des Tangos selon lui, le Tango est né avant, dans le peuple et à la marge de la ville de B-A ou de Montévidéo par la fusion des peuples immigrants), des rythmes des musiques afro-cubaines (couleurs différentes selon la géographie mais étant très similaires), du jazz, du bandonéon, de la spécificité Tango en tant que genre musical à part entière (mode mineur ; tango nota : quinte mineure, neuvième dominante ; rubato), de la préhistoire du Tango entre les années 1880 et 1900.
A la suite de cette conférence très instructive, il a animé en partie la milonga du soir par sa voix rauque et son piano, faisant danser les stagiaires du Festival. Très applaudi, cet homme au demeurant affable et disponible est un musicien cultivé qui cherche à renouer avec les toutes premières origines des Tangos, les très vieux Tangos (pour cela il avait apporté quelques CDs de vieux Tangos revisités par lui-même, disponibles à la vente), en leur apportant sa touche personnelle. La « négritude du Tango » est son cheval de bataille. De façon réussie.
- Fabrice Hatem :
Fabrice Hatem est un artiste en son genre. Il suffit de le voir danser pour savoir cela. A part cet aspect très représentatif de sa personnalité, Fabrice s’est attaché depuis bien des années à faire connaître la poésie Tanguera. Son site : www.fabrice.hatem.free.fr vous en dira bien plus, car il est extrêmement bien fait, et très clair.
Fabrice tous les soirs pendant 1h30 a ainsi animé des conférences très instructives sur des poètes tels que Pascual Contursi, Célodonio Flores, Enrique Cadicamo, Enrique Santos Discepolo, Carlos Gardel : la voix des poètes. Doté d’une grande facilité d’élocution et d’un humour doublé de gentillesse et de tendresse pour tous ces poètes disparus, il a brossé des portraits pertinents de ces poètes et de leurs poèmes, en en faisant synthèse, analyse et conclusion. A l’aide de chaine hifi, d’ordinateur et d’écran au mur, nous pouvions écouter les Tangos-chansons et suivre en même temps les textes en Espagnol et en Français (traductions de Fabrice Hatem). Notons aussi la présence d’une charmante chanteuse argentine : Michèle Hertag qui a chanté a capella deux poèmes.
Je noterais une fois de plus qu’il n’y avait pas suffisamment de monde comparativement à la qualité de ces conférences : une trentaine de personnes, sur 230 stagiaires….. Pourquoi ? Les horaires étaient pourtant bien justifiés : après les cours et avant le diner….
Vous trouverez sur le lien suivant : une interview que Fabrice a bien voulu me donner à Kérallic. Il parle de lui, de ses sentiments relatifs au Tango, et de sa vie personnelle relative à la danse. C’est un aspect peu connu de sa personnalité qui est montrée là, et qui est touchante par bien des aspects. Parfaitement bénévole et désintéressé depuis des années, être passionné et intelligent s’il en est, Fabrice Hatem mérite une reconnaissance et une gratitude pour tout ce qu’il a fait jusqu’ici pour le Tango.
En conclusion ce fut une semaine bien remplie et passionnante pour moi, et de ce que j’ai pu percevoir à droite et à gauche, tout le monde avait l’air satisfait.
A l’année prochaine ?
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