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Archive pour 6.1.2010

Festival de Tango argentin au Manoir de Kerallic à Plestin les Grèves du 25 décembre 2009 au 1er janvier 2010, organisé par Le Temps du Tango

Pour la dixième fois en cet endroit, l’association Le Temps du Tango a organisé son habituel Festival de Tango argentin au manoir de Kerallic à Plestin les Grèves (Côtes d’Armor) pendant les vacances de Noël.

Personne ne sera surpris si je dis que tout tournait comme sur des roulettes pour l’organisation, (ils ont l’habitude depuis le temps !) et que l’équipe dirigeante, aussi bien que les bénévoles, ont été efficaces et bosseurs, malgré la fatigue et la mine inquiète quelquefois. S’il y a eu des petits problèmes, ce ne s’est pas vu de l’extérieur, du moins je le pense. Parmi les bénévoles qui ont effectué un gros boulot, je citerais volontiers Didier Tournon ainsi que sa femme Elisabeth. Didier pour avoir fait les animations des soirées et les présentations des artistes très élogieuses, et aussi pour avoir écrit et dit ses propres jeux de mots, très drôles, sur l’année « 2010 » ; Elisabeth pour avoir veillé nuit et jour à ce que tout ce passe bien pour tout le monde. Je crois pouvoir dire que la convivialité était là chez tous les participants, 230 stagiaires exigeants à satisfaire pendant 7 jours, ce n’est pas rien ! Le quart d’heure « armoricain », proposé par Didier dans les milongas, où les femmes invitent les hommes, a été très apprécié si j’en juge par le succès de certains hommes, littéralement « happés » par des dames ! J’ai bien aimé aussi le travail de décoration des salles de restaurant et de spectacle pour le réveillon, nul doute que là aussi les bénévoles ont fait tout leur possible pour que ce soit sympa à regarder.

Au point de vue restauration (chez les Français la gastronomie est un élément indispensable et nécessaire), ce n’était pas chez Bocuse, mais enfin, c’était très correct de façon générale.

Pour le logement, les bungalows sont très confortables, mais…..gare aux talons des dames qui font trop de bruit sur le carrelage ! C’est là peut-être le seul désavantage du logement, tout s’entend (et quand je dis tout…..) ! Les cloisons sont tellement minces qu’ont entendrait une mouche voler chez le voisin (heureusement qu’on n’est pas en été) ! Néanmoins les stagiaires ont veillé à faire attention généralement, et pour ceux qui mettaient leur musique trop fort chez eux: heureusement que c’était de la musique Tango !

Du côté parquet de danse : oups ! J’ai glissé ! Dommage mais on s’habitue. Les professionnels ont dû être inquiets, mais en bons professionnels ils ont dû prévoir plusieurs paires de chaussures. Les meilleurs n’ont pas glissé, merci pour eux, malgré la difficulté.

Les soirées costumées n’ont pas eu un grand succès vu le nombre réduit de costumes aperçus (soirée cinéma, soirée an 3000 et soirée « tout est permis »). Je n’ai rien à reprocher puisque je n’étais pas costumée non plus, mais je peux tout de même signaler Philippe Fassier le photographe, habillé des pieds à la tête en CDs avec les bras en tuyaux à ressort qui lui donnait une démarche très robotisée, Francine toute brillante….. Vu aussi un couple d’anges tout en blanc avec auréole et cheveux blanc, plusieurs squelettes, des Draculas…. Ce qui donne en définitive un nombre de personnes costumées très limité, alors que la piste de danse était confortablement bien remplie !

Voyons maintenant du côté des artistes, et je citerais les artistes qui m’ont le plus marquée (oui, oui, je sais, c’est subjectif) :

- Gustavo Rosas et Gisela Natoli :

Toujours égaux à eux-mêmes, ils font partie de ceux que j’aime le plus depuis longtemps. J’admire en eux la qualité de l’abrazo, aussi bien en position fermée qu’ouverte, l’élégance et la dynamique des mouvements, l’expression profonde de leur Tango et l’harmonie du couple. J’admire la virtuosité, la rapidité et la précision des jambes de Gisela, des pieds délicats et une pose de pieds amortie au sol, un vrai bonheur. Elle est hyper souple : regardez « Oblivion » d’Astor Piazzolla ; chorégraphie très acrobatique :

et celles moins acrobatique :

et encore

Je ne dirais qu’un mot : remarquable !

- Diego « El Pajaro » Riemer et Maria Belen Giachello :

Je n’avais pas vu Diego danser depuis très longtemps (c’était du temps où il dansait avec Mecha), et j’ai été très impressionnée par l’évolution de sa danse, beaucoup plus fluide, plus assurée, profondément dans le sol, dynamique. Maria Belen, délicieusement féminine, tout en rondeur dans sa façon de bouger, une pose de pieds très délicate et précise, très sensuelle, le couple est bien assorti, c’est du moins mon avis. J’ai préféré à leurs deux tangos leur interprétation de leur milonga traspié, très musicale dans le rythme, dans le phrasé y compris dans la technique où j’ai noté un jeu de jambes très personnel de Diego.

Regardez et jugez vous-mêmes :

(sur de la murga) ;

et pour plaire aux messieurs regardez :

avec une superbe milonga en deuxième partie ;

et pour le plaisir, plus sérieusement :

Cet homme qui est très grand, imposant, massif (jugez-en : mon nez arrivait à son nombril lors des trop rares fois où je dansais avec lui dans ses cours), a un incontestable charisme, beaucoup de présence et de drôlerie à la fois et possède en outre une très bonne pédagogie dans ses cours, pour la musique et pour la danse. En dehors de cela, pour rire, il n’a pas hésité à faire une animation avec ses élèves, lors du réveillon, sur une musique de Michaël Jackson (Billie Jean) qui fut très appréciée par toutes les dames de l’assemblée !

- Andres et Julia Ciafardini :

C’était mon coup de cœur cette fois-ci, car j’ai bien aimé toutes leurs démonstrations, pleines de dynamisme et ils mettaient toute leur âme dedans. Ils ont beaucoup travaillé depuis le temps (2005 je crois) où ils préparaient avec Sebastian Arce et Mariana Montes les chorégraphies destinées à l’ouverture de la milonga (défunte hélas) : chez Yoko. Assurance et énergie associée à la technique et la musicalité, ils ont ensemble parcouru du chemin et ils progresseront encore, c’est sûr. La seule chose que je pourrais dire mais qui n’est absolument pas rédhibitoire, c’est que Julia a tendance par moment, et même dans les moments les plus romantiques des Tangos, à frapper le sol de ses pieds juste avant de passer le poids. Dans ces moments, surtout dans les tours (mais peut-être est-ce dû au parquet trop glissant), il n’y a pas d’amorti du pied sur le sol, ce qui donne à son déplacement un aspect sec et brutal, même si le mouvement est correct en soi. Mais je ne doute pas un seul instant que Julia saura trouver en elle cette faculté de poser ses pieds comme un chat.

- Juan Carlos Caceres :

Interviewé par Fabrice Hatem, Juan Carlos Caceres a parlé du sujet qui lui tient le plus à cœur : les origines noires du Tango. S’accompagnant au piano, il est revenu sur la musique initiatrice du Tango : le Candombé des noirs, la Habanera cubaine, la Milonga brésilienne.

Ce musicien bien connu (qui ne connait pas Toca Tango et Tango Negro ?) est d’une richesse artistique passionnante, associé à un sens humoristique assez corrosif quelquefois. Pendant plus d’une heure, il a ainsi parlé des bordels de Buenos-Aires (qui ne sont pas LA seule origine des Tangos selon lui, le Tango est né avant, dans le peuple et à la marge de la ville de B-A ou de Montévidéo par la fusion des peuples immigrants), des rythmes des musiques afro-cubaines (couleurs différentes selon la géographie mais étant très similaires), du jazz, du bandonéon, de la spécificité Tango en tant que genre musical à part entière (mode mineur ; tango nota : quinte mineure, neuvième dominante ; rubato), de la préhistoire du Tango entre les années 1880 et 1900.

A la suite de cette conférence très instructive, il a animé en partie la milonga du soir par sa voix rauque et son piano, faisant danser les stagiaires du Festival. Très applaudi, cet homme au demeurant affable et disponible est un musicien cultivé qui cherche à renouer avec les toutes premières origines des Tangos, les très vieux Tangos (pour cela il avait apporté quelques CDs de vieux Tangos revisités par lui-même, disponibles à la vente), en leur apportant sa touche personnelle. La « négritude du Tango » est son cheval de bataille. De façon réussie.

- Fabrice Hatem :

Fabrice Hatem est un artiste en son genre. Il suffit de le voir danser pour savoir cela. A part cet aspect très représentatif de sa personnalité, Fabrice s’est attaché depuis bien des années à faire connaître la poésie Tanguera. Son site : www.fabrice.hatem.free.fr vous en dira bien plus, car il est extrêmement bien fait, et très clair.

Fabrice tous les soirs pendant 1h30 a ainsi animé des conférences très instructives sur des poètes tels que Pascual Contursi, Célodonio Flores, Enrique Cadicamo, Enrique Santos Discepolo, Carlos Gardel : la voix des poètes. Doté d’une grande facilité d’élocution et d’un humour doublé de gentillesse et de tendresse pour tous ces poètes disparus, il a brossé des portraits pertinents de ces poètes et de leurs poèmes, en en faisant synthèse, analyse et conclusion. A l’aide de chaine hifi, d’ordinateur et d’écran au mur, nous pouvions écouter les Tangos-chansons et suivre en même temps les textes en Espagnol et en Français (traductions de Fabrice Hatem). Notons aussi la présence d’une charmante chanteuse argentine : Michèle Hertag qui a chanté a capella deux poèmes.

Je noterais une fois de plus qu’il n’y avait pas suffisamment de monde comparativement à la qualité de ces conférences : une trentaine de personnes, sur 230 stagiaires….. Pourquoi ? Les horaires étaient pourtant bien justifiés : après les cours et avant le diner….

Vous trouverez sur le lien suivant : une interview que Fabrice a bien voulu me donner à Kérallic. Il parle de lui, de ses sentiments relatifs au Tango, et de sa vie personnelle relative à la danse. C’est un aspect peu connu de sa personnalité qui est montrée là, et qui est touchante par bien des aspects. Parfaitement bénévole et désintéressé depuis des années, être passionné et intelligent s’il en est, Fabrice Hatem mérite une reconnaissance et une gratitude pour tout ce qu’il a fait jusqu’ici pour le Tango.

En conclusion ce fut une semaine bien remplie et passionnante pour moi, et de ce que j’ai pu percevoir à droite et à gauche, tout le monde avait l’air satisfait.
A l’année prochaine ?

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