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Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ?

Le blog sur l’interview de Chicho suscitant des commentaires divers et variés, même hard parfois, j’ai eu la surprise de voir qu’Astor Piazzolla était nommé, notamment pour affirmer qu’Astor Piazzolla (et sa musique que l’on qualifiait à son époque de « Tango Nuevo » - tiens tiens …..), ne se considérait pas comme un musicien de Tango. Il m’a donc semblé légitime de citer des faits, non contestables, qui pourraient, peut-être, répondre à la question : Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ? »
Il est étrange de voir que les commentaires sur Chicho dévient vers Piazzolla…Est-ce significatif ? Un génie en amène t’il un autre ?
Je citerais les paroles d’Astor Piazzolla lui-même dans les années 1970 : « J’en ai assez que tout le monde me dise que ce que je fais n’est pas du Tango. Moi, comme je suis fatigué, je réponds que je fais de la musique de Buenos-Aires. Mais la musique de Buenos-Aires, qu’est ce que c’est ? Du Tango. Alors ce que je fais, c’est du Tango ».
Voici quelques faits. Il sera bon de se reporter sur les sites dédiés au Tango (www.todotango.com; www.piazzolla.org) pour avoir une biographie plus complète de sa vie et de son œuvre, mon but ici étant de me focaliser sur les aspects purement factuels qui le rattachent au Tango.

La première période : la Tradition

- 1929 : rencontre avec le bandonéon à l’âge de 8 ans. Apprentissage.
- 1932 : il compose son premier Tango : « La Catinga » jamais publié.
- 1932 : il apparait dans le film « El Dia Que Me Quieras » avec Carlos Gardel. Astor joue le rôle, quelques secondes, d’un vendeur de journaux. Gardel demandera au père d’Astor de l’emmener avec lui en tournée. Refus du père.
- 1936 : à 15 ans il commence à jouer dans des groupes locaux.
- 1938 : rencontre avec Anibal Troilo à l’âge de 17 ans, qui l’incorpore dans son orchestre. Piazzolla racontera plus tard qu’il connaissait par cœur, au moment de leur rencontre, tout le répertoire de Troilo pour le bandonéon. Piazzolla est l’arrangeur de Troilo, mais les innovations trop importantes ne convenaient pas à Troilo qui pensait que la musique doit être comprise par le peuple.
- 1944 : Piazzolla quitte Troilo. Il travaille avec le chanteur Francisco Fiorentino.
- 1946 : Piazzolla fonde son propre orchestre tipica, et y joue ses propres compositions ainsi que celles, traditionnelles mais avec ses arrangements, d’autres grands musiciens de l’époque (Pedro Maffia, Julio de Caro, Roberto Firpo, Pedro Laurenz….)
- 1947 : composition de « Pigmalion » et « Villeguita » deux Tangos où s’annonce déjà, à l’âge de 26 ans, un créateur de Tangos. Ces deux Tangos restent cependant très dansables, et traditionnels dans la forme, Piazzolla reste encore influencé par les apports de Pugliese et Troilo.
- 1950 : « Para Lucirce ». Tango.
- 1951 : « Preparense ». Tango.
- 1953 : « Triunfal ». Tango.
- 1954 : « Contrabajeando ». Tango. C’est l’année où, après avoir gagné une bourse d’un an pour une symphonie en 3 mouvements : « Buenos-Aires » écrite en 1951, Piazzolla s’envole pour Paris, afin de prendre des cours de composition donnés par Nadia Boulanger pendant 18 mois. Il a 33 ans. Nadia Boulanger, après avoir écouté « Buenos-Aires » a trouvé que c’était bien écrit mais que ça manquait de sentiment. Quand Nadia Boulanger demande à Astor Piazzolla de lui apporter son bandonéon et de lui jouer quelque chose dessus, honteux, il joue « Triunfal ». Nadia Boulanger réalise alors que son potentiel doit s’exprimer dans le domaine du Tango : « Voilà Piazzolla, ne l’oublie jamais ! » lui dit-elle.

- 1955 : il enregistre avec l’orchestre de cordes de l’Opéra de Paris, Martial Solal au piano, et lui-même au bandonéon, des Tangos de sa composition : « Nonino », « Marron y Azul », « Chau, Paris », « Bando », « Picasso »….

Voici d’autres paroles d’Astor Piazzolla : « Ce qu’elle (Nadia Boulanger) a semé en moi a fini par porter ses fruits. Plus que tout autre chose, elle m’a donné confiance en moi-même, m’a fait voir au fond que j’étais un compositeur de Tango, que le reste (la musique savante), certes, était important mais que ce n’était pas ma voie et appartenait à un autre moi, cérébral et faux. Et tout ce que j’avais contre le Tango s’est, tout à coup, en moi, retourné en sa faveur. »

La deuxième période : l’après Nadia Boulanger et « the Great Tango Revolution » (dixit Piazzolla). La rupture

- 1955 – 1960 : l’Octeto Buenos-Aires : départ de sa carrière, et rupture d’avec la tradition. Dès lors, les compositions ne sont plus destinées aux danseurs, mais destinées à l’écoute d’un public attentif. Néanmoins, L’Octeto Buenos-Aires a enregistré des Tangos traditionnels, mais fortement arrangés : « El Marne », « Los Mareados », « Mi Refugio », « Arrabal ».
Je cite ses paroles d’alors : « Et oui, j’étais arrivé (de Paris), et bien décidé à rompre avec tout. Et quand bien même ils (les Traditionnalistes musiciens et danseurs) en auraient été chagrinés à ce moment-là, ce que je faisais était du Tango. »
- 1956 : compositions des Tangos « Très Minutos con la Realidad » et « Tango Del Angel ».
- 1957 : composition de « Melancolico Buenos-Aires ».
- 1959 : Piazzolla travaille avec Juan Carlos Copes et Maria Nieves (danseurs de scène) pour la création d’un ballet Tango.
- 1959 : composition de « Decarisimo » : hommage rendu à Julio de Caro (fondateur de la jeune garde) par Piazzolla, en remerciement des lettres d’encouragement qu’il avait reçues à New-York. Piazzolla lui en a été très reconnaissant.
- 1959 : « Calambre ». Tango.
- 1960 : naissance du Quinteto Nuevo Tango, qui a soulevé un vif enthousiasme.
- 1960 : « Adios Nonino ». Tango
- 1962 : « Introduccion al Angel. Tango. 1962 : « La Muerte del Angel ». Tango.
- 1963 : « Revirado ». Tango. 1963 : « Buenos-Aires Hora Cero ». Tango. 1963 : « Fracanapa ». Tango. 1963 : création de l’Octeto Nuevo Tango.
- 1965 : « Milonga del Angel ». Milonga lente
- 1965 : « Verano Porteno ». Tango.
- 1967 : « Otono Porteno ». Tango.
- 1968 : « Chiquilin de Bachin. Valse. « Balada Para Mi Muerte ». Tango. 1968 : « Fuga y Misterio » tiré du petit opéra « Maria De Buenos-Aires » composé par Piazzolla avec le poète Horacio Ferrer.
- 1969 : « Invierno Porteno ». Tango. 1969 : « Balada Para Un Loco ». Chanson
- 1970 : « La Bicicleta Blanca ». Tango. « Michelangelo 70 ». Tango. « Primavera Portena ». Tango.
- 1971 : « Concierto Para Quinteto »
- 1972 : création du « Conjunto 9 », dit Noneto. 1972 : « Tristezas de Un Doble A », « Vardarito », « Onda 9 », « Zum »
- 1974 : « Libertango ». Tango.
- 1975 : « Suite Troileana ». Tangos composés en hommage à Anibal Troilo, décédé en 1975.
- 1977 : « Cité Tango ». Tango
- 1979 : « Escualo » Tango.
- 1984 : « Contrabajisimo ». Tango, « Mumuki ». Tango. « Oblivion ». Tango.
- 1985 : « Tanguedia I, Tanguedia II, Tanguedia III.
- 1988 : “Vuelvo Al Sur”. Tango chanté.

Je vais arrêter là toutes ces énumérations d’œuvres. Il y en a encore des centaines. En tout cas les partitions de sa musique que j’ai pu récupérer (sur les sites internet ou par l’achat direct de partitions), portent toutes la mention « Tango » sous le titre.
Les Traditionnalistes conservateurs reprochaient à Piazzolla de ne plus les avoir fait danser, en fait. Et comme ils ne pouvaient plus danser sur sa musique, ils disaient que ce n’était pas du Tango. Piazzolla a reçu une volée de bois vert constamment en Argentine, et a même reçu des menaces de mort. Comme si la musique Tango était indissolublement reliée à la danse, comme si la musique devait avoir les mains liées, prisonnières de la danse. Pourquoi cette intransigeance et ce manque d’ouverture d’esprit ? La musique peut se suffire à elle-même, et Piazzolla a profité de ses connaissances de composition, des harmonies, pour construire une forme musicale différente du Tango traditionnel, mais toujours en relation avec, sous-jacent. « Tanguificated » comme il disait lui-même. Malgré des divergences formelles, la musique piazzollienne ne rompt pas avec le Tango traditionnel. Il a ainsi repris la pulsation rythmique en 3/3/2 qui vient du Tango traditionnel (Comme il Faut d’Eduardo Arolas, Negracha d’Osvaldo Pugliese…..), mais dont il a généralisé l’usage dans ses compositions pour devenir structurelle.
Osvaldo Pugliese lui-même disait que les œuvres de Piazzolla étaient bien du Tango !

Du reste, bien des Tangos de Piazzolla sont dansables….Tous ne le sont pas, mais ce n’est pas une raison pour rejeter ce musicien génial !
Piazzolla a écrit des chefs-d’œuvre. A vous de décider si ce sont des Tangos, ou non ….

3 réponses pour “Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ?”

  1. Marc indique :

    Piazzolla écrivait-il des tangos ?
    Pour moi ca me semble être une question mal posée. Car elle restera à jamais sans réponse. Pourquoi ? Car aucune instance, institution n’a la pouvoir aujourd’hui de décrire ce qu’est le tango de manière précise. Toutes les règles de composition se sont transmises de manière non officielle.

    La seule chose que l’on peut constater, c’est qu’on ne peut pas mettre Piazzolla et ses prédecesseurs dans le même sac. Le parfum de leurs musiques est différent, même si il y a quelque chose en commun. Et donc, danser de la même manière sur les deux est une absurdité.

  2. Goran indique :

    Marc, je me permets de te citer : “aucune instance, institution n’a la pouvoir aujourd’hui de décrire ce qu’est le tango de manière précise”

    Mais pourtant toi, tu décrétes sans hésiter que Chicho ne danse pas du Tango et que Piazzolla n’a pas composé de Tangos ?

    Je ne te connais pas, mais en quoi te sens tu fondé toi pour décréter cela ?

  3. Marc indique :

    Je n’ai jamais dis que Piazzolla ne faisait pas de tango. J’ai simplement dit que Piazzolla écrivait dans un esprit différent de celui des compositeurs de tango traditionnel. Qu’il s’agit de là d’une rupture musicale. Donne moi une citation où j’ai affirmé que Piazzolla n’est pas du tango !
    Si tu me poses la question, je ne donnerais pas de réponse c’est trop complexe. Il faudrait déjà définir ce qu’est le tango. Et du reste, je ne m’y connais pas assez bien en composition musicale pour pouvoir me prononcer.

    Et quant à Chicho, je n’ai pas dis qu’il ne dansait pas le tango. J’ai dit que sa danse ne colle pas à l’esprit du tango traditionnel. J’ai également dit à plusieurs reprises que sur un Piazzolla ou sur du tango électronique, il dansait très bien.

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