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Astor Piazzolla et sa musique (2ème partie)
Posté par mephisto-tango le 2.3.2010 @ 9:55 Dans La musique | 1 commentaire
Comme prévu lors de l’atelier du dimanche 28 février, nous avons continué la présentation des Tangos d’Astor Piazzolla (période 1965 – 1975), à l’issue de laquelle nous avons débattu pour savoir si les œuvres présentées ce jour, composées entre 1965 et 1975 étaient dansables ou non. Malheureusement la troisième période, entre 1975 et 1990, n’a pas été écoutée par manque de temps. Nous verrons ultérieurement si, d’ici la fin de la saison, il nous reste du temps pour écouter et parler de cette troisième période.
Voici les 12 Tangos présentés lors de cet atelier du 28 février avec la mention dansable ou non, cette mention ayant été « décernée » par les élèves présents ce jour-là (environ 35 personnes).
Parmi ces 12 Tangos présentés lors de cet atelier, les élèves ont noté que 9 œuvres étaient dansables à l’unanimité, 1 non dansable à l’unanimité (Vayamos al Diablo), 1 non dansable pour la majorité (Michelangelo 70), 1 dansable pour la majorité (Libertango).
Mais, paradoxalement, contrairement à la première fois où tous les élèves essayaient de danser sur les œuvres de Piazzolla, cette fois à part un couple qui a voulu expérimenter et danser directement sur ces Tangos pour porter un jugement (dansable ou non), tous les autres élèves ont préféré s’asseoir, écouter, et ensuite seulement porter un jugement. La question a été posée lors du débat : pourquoi n’avoir pas essayé de danser, et pratiquer comme pour la première fois ? Il semble effectivement plus logique de danser dans un premier temps, et ensuite de dire si c’est possible, ou non, de danser.
L’incohérence a été expliquée de différentes façons par les élèves :
- « La musique de Piazzolla est tellement puissante émotionnellement, qu’elle empêche de se lever pour danser, et ainsi ils privilégient l’écoute de cette musique si riche pour en avoir une parfaite imprégnation auditive, sans être perturbé par leurs pas de danse et la technique ».
- « c’est trop émotif, et trop riche pour se lever et danser comme ça ».
- « Avec les Tangos traditionnels, c’est plus facile de se caler sur le rythme sans trop se casser la tête », ce qui laisse penser à tout le monde que les Tangos traditionnels, faits pour danser, sont suffisamment simples avec un rythme de base suffisamment audible pour ne pas avoir à réfléchir à ce que l’on fait.
- Une autre personne a pensé que la musique de Piazzolla n’a pas été composée pour danser, qu’elle a été jouée par lui-même exclusivement en concert, et qu’en conséquence il est logique d’écouter et non de danser.
- « Je trouve la musique de Piazzolla violente, dure, ‘rageuse’ … elle exprime par les dissonances, toute la colère de Piazzolla face à l’adversité de sa vie professionnelle et de sa vie d’Argentin pendant la dictature militaire, non accepté chez lui, en raison de ses opinions face aux Tangos traditionnels qu’il jugeait de façon provocante : ’toujours pareils’ ».
- « La musique de Piazzolla, notamment dans ses parties mélodiques et sentimentaux, génère des émotions que je n’ai pas forcément envie de partager avec un autre partenaire que le mien ».
Si les élèves ne voulaient pas danser (à part un couple) sur les Tangos ci-dessus cités, il n’empêche que, selon leur opinion, 9 étaient dansables à l’unanimité sur les 12 présentés. Ce qui veut dire qu’à partir de leur écoute, ils ont su extraire à l’oreille, la pulsation régulière, suffisamment stable pour être dansée. Et, pour les passages mélodiques et sentimentaux, toujours rubato sans excès, ils ont convenu que l’on pouvait danser sur la mélodie.
A la question : « pensez-vous qu’il faille connaitre d’abord l’œuvre avant de la danser ? » La réponse a été oui, en raison de la complexité intrinsèque de l’œuvre. Effectivement, lors de ces 2 ateliers, on a pu constater qu’à part « Adios Nonino » et « Libertango », la musique de Piazzolla n’était pas très connue des danseurs de Tango argentin.
Essayons de pousser plus loin le raisonnement. A savoir que les Tangos traditionnels ont encore de beaux jours devant eux, puisque les danseurs hésitent à s’adapter aux évolutions de la musique devenant de plus en plus complexe et « savante ». Que le décalage subsiste entre la danse et la musique « à écouter », plus difficile certes, mais qui n’est pas forcément « non dansable ». Qu’à partir des années 1950-1960, années où Piazzolla a commencé à révolutionner le genre, il y a un trou de 50 ans où les danseurs n’ont pas su (ou pas pu) évoluer en même temps que la musique. Que les Tangos électroniques actuels sont les seules alternatives pour tenter de faire revivre le Tango dansé. Est-ce à dire que les Tangos-électro sont plus simples, suffisamment pour être dansés par des gens qui ne sont pas des musiciens ? On pourrait le penser…
Il y a longtemps, le musicien Juan Cedron dans une conférence avait dit : « tout se danse, pourvu que l’on écoute…. »
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