Ce spectacle est présenté comme un Opéra électro-Tango. C’est très abusif. Pourquoi avoir baptisé ce spectacle « Opéra », alors qu’il n’y a absolument pas de chanteur ni chanteuse ? Sur le plateau : un orchestre électro-Tango : Tanghetto (excellent), trois couples de danseurs dont un couple de danseurs de Hip-Hop, et un récitant (au demeurant ce récitant n’est rien moins que le metteur en scène de ce spectacle : le comédien Andres Spinelli).
Signalons la performance de l’orchestre, très au point, avec une sonorité excellente et une bonne qualité de l’équilibre entre les instruments. Les instrumentistes y sont tout aussi doués. Pour les avoir entendus plusieurs fois, et écouté leur CDs successifs, ils ont incontestablement amélioré leur musique, dans la composition et les harmonies, y compris dans le rythme, bien sûr. Sur scène, là, leur arrangement de « Bahia Blanca » de Carlos Di Sarli était intéressant par l’apport de la rythmique à la batterie, intensive sur ce Tango, sauf que j’aurais préféré plus de tendresse dans la mélodie au bandonéon. La batterie y prend peut-être trop de place. Néanmoins il n’y a pas eu destruction de l’œuvre originale. Aussi j’ai beaucoup aimé leur interprétation de « Libertango » d’Astor Piazzolla, leur arrangement était en parfaite osmose, dans l’esprit de la musique originale. Piazzolla lui-même avait introduit la batterie dans sa formation instrumentale « Conjunto electronico » dans les années 1975, par exemple. Notons bien sûr aussi les œuvres personnelles Tanghetto, tirées de leurs CDs « Emigrante » (2003), « Hybrid Tango » (2004), « Buenos-Aires Remix » (2005), « El Miedo a La Libertad » (2008), « Mas Alla del Sur » (2009).
Les danseurs de Tango étaient à la mesure de l’orchestre, excellents. Avec de très belles chorégraphies avant-gardistes, très, très originales dans certains mouvements, et parfaitement bien réussies, collant bien à la musique et à ses rythmes. Yanick Wyler et Eugenia Parrilla d’une part, Lautero Cancela et Lucila Sergura d’autre part ont bien montré et exprimé l’atmosphère quelquefois lourde et angoissée de la vie urbaine. Les danseurs professionnels de Hip-Hop, Lionel Coleno et Johanna Faye, m’ont paru bien, mais suis-je crédible sur ce sujet, ne connaissant pas du tout ni cette danse, ni les danseurs professionnels Hip-Hop qui dansent dessus ?
Le metteur en scène et récitant Andres Spinelli est un bon comédien, c’est sûr. Il parlait quelques secondes entre deux morceaux de Tanghetto, récitant des textes assez abscons, dont la compréhension était pour le moins limite pour le commun des mortels. On comprenait bien que les allers et retours entre un pays et un autre, somme toute l’émigration et l’exil, revêtaient un caractère bien particulier dans ses paroles, mais tout était mêlé comme dans un bazar, sans fil conducteur, ni construction. Ainsi, parler d’identité, de politique, de la vie urbaine, des différences de culture, des difficultés de communication, de la répression, tout cela est très bien, pourquoi pas, mais chaque chose mériterait d’être approfondie. Cela prendrait trop de temps. Alors on se pose la question à chacune de ses interventions : « Mais qu’est-ce qu’il dit ? » ou : « Mais qu’est ce qu’il a voulu dire ? » On ne peut même pas affirmer qu’il a utilisé un langage poétique….
Quant aux images projetées sur un écran géant derrière l’orchestre, OK cela peut servir de décor. Des vues de Buenos-Aires, des vues de danseurs dans la rue, des vues de gauchos qui dansent, des vues de policiers et de manifestations réprimées, etc, etc…. Ces vues sont si rapides, si saccadées sur l’écran, que l’on peut être perturbé dans l’écoute même de la musique, et dans la vue des danseurs sur scène.
A part ces quelques restrictions d’usage qui sont uniquement dues à ma sensibilité propre, je reverrai très volontiers Tanghetto et les danseurs le 28 mars à la milonga Bahia Blanca à Paris. J’ignore s’ils présenteront autre chose, le lieu étant complètement différent par rapport à un théâtre pur, mais je suis sûre que ce sera tout aussi digne d’intérêt.
Rendez-vous le 28 mars, avec grand plaisir.
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