Pour ceux qui n’ont pas pu aller voir cette manifestation, voici quelques impressions :
Belle réussite pour cette 16ème édition de Couleurs Tango à l’Espace Adenauer de la Cité Universitaire à Paris, organisée par le Temps du Tango. Avec cette année une nouveauté dans le cadre des milongas le soir : une collaboration avec la milonga « Le Chantier » à Montreuil. Un « after », en quelque sorte, où tous les participants de Couleurs Tango pouvaient continuer la nuit là-bas jusqu’à l’aube, après la fermeture de l’espace Adenauer vers 2 ou 3 heures du matin. Il en a résulté que les habitués du Chantier sont venus en grand nombre (on sait que ce sont des jeunes en majorité) pour danser au Festival Couleurs Tango, avant de repartir au Chantier, en toute logique. Ce fut une bonne idée qui a été portée et représentée par Delphine Blanco et Matthias Morin, jeunes danseurs professionnels, habitués du Chantier. Si cette collaboration est fructueuse cette année, on peut légitimement penser que l’idée sera reconduite pour la 17ème édition de Couleurs Tango !
Qu’a-t-on vu cette année à Couleurs Tango ?
Rien que de l’excellence.
Citons d’abord les musiciens pour changer. L’Orquesta Silencio : le Cuarteto vendredi et le Septeto samedi ont fait parmi le public tanguero grande impression, tant il y avait de l’expression musicale forte et du sentiment. Ce fut un grand moment de plaisir que de les entendre et de danser sur leurs interprétations. Notons au passage qu’ils ne sont pas tous Argentins, et il est rassurant de voir que des musiciens européens de grand talent sont capables de jouer cette musique, au côté même de ceux qui, on le disait dans le passé, étaient les seuls à pouvoir jouer du Tango « comme il faut ».
Quatre couples de danseurs se sont partagés l’affiche, des pointures internationales très connues, avec des styles complètement différents, d’où l’intérêt. Tous les couples ont dansé tous les soirs en démonstration, toute différentes, en improvisé et en chorégraphie. Je ne manque pas de dire (et oui, car c’est mon dada) que 3 couples sur 4 ont dansé des chorégraphies sur des œuvres d’Astor Piazzolla lors de leur démonstration, et que ce fut fort réussi. Quel est le couple qui n’a pas dansé sur Piazzolla ? Devinez…..Réponse en bas du blog.
- Damian Rosenthal et Céline Ruiz : je me permets de les citer en premier car ils ont acquis, maintenant, leur propre personnalité, leur propre style, et c’est important de se distinguer. Ils ne ressemblent à aucun autre couple. Ayant une façon de danser toujours très théâtrale et très moderne (cela peut ne pas plaire), Damian et Céline sont capables d’allier humour, rythme, technique brillante et évoluée, assurance et maitrise de tous leurs mouvements, ainsi qu’émotion dans l’interprétation. Céline fait des choses magnifiques, c’est souple, c’est rond, c’est sûr, c’est mature, c’est beau. Le travail paye. Mais pas seulement le travail, c’est aussi le talent artistique, l’expression de l’émotion.
- Ezequiel Paludi et Geraldine Rojas : ils sont revenus cette année et, par rapport à l’année dernière, j’ai trouvé qu’il y a maintenant plus de connexion et d’harmonie dans le couple. Ezequiel met en valeur sa femme et partenaire qui est toujours aussi magnifique. Femme sexy (plus Tango qu’elle, tu meures), Geraldine a des jambes et un déplacement au sol extraordinaires, servie par un physique et un charisme dévastateur que toutes les danseuses lui envient certainement… Le couple Ezequiel et Geraldine prend forme, ils se respectent, ils se protègent mutuellement et cela devient bien meilleur…. Sans être trop traditionnels, ni trop modernes, Ezequiel et Geraldine allient assez bien dans leur danse la tradition et le modernisme. On oublie, avec le temps, le couple Javier Rodriguez et Geraldine Rojas….
- Pablo Inza et Eugenia Parrilla : couple que l’on pourrait qualifier de style « Nuevo Tango ». Beaucoup de volcadas très bizarres, où la femme est trainée sur plusieurs mètres en écart latéral. Bon. L’expérimentation est là je ne discute pas. Mais est-ce esthétique vraiment ? Hum….Sinon Eugenia (rappelons qu’elle a été la partenaire de Chicho quelques années), est comparable à une liane très souple, très mince, et très malléable. Une libellule. Boleos, ganchos, piernazos, paraissent avec elle démesurés tellement ses jambes sont longues et déliées. Pablo Inza est plein d’énergie, danse de façon naturelle en donnant l’impression de ne pas forcer son talent, comme s’il voulait rester en retrait derrière Eugenia, alors qu’il est bien là, présent, avec elle… Le résultat est néanmoins excellent car ils sont complémentaires l’un par rapport à l’autre, bien connectés ensemble dans ce style très « Nuevo », très contemporain.
- Gaston Torelli et Moira Castellano : toujours aussi bien par rapport à leur prestation à Bahia Blanca il y a quelques mois (lire ce que j’en avais écrit à ce moment-là).
Citons les DJs des soirées : Tommaso Fiorilli, samedi soir, qui a passé des Tangos super sympas et que l’on n’a pas l’habitude d’entendre, Felipe Leygue vendredi soir, très professionnel et sérieux dans son impeccable programmation de Tangos de différents styles tous très dansables (merci à lui pour avoir osé passer en fin de soirée quelques Tangos actuels électros ), Danielle Blanco dimanche soir, plus traditionnelle dans sa programmation.
Le couple qui n’a pas dansé sur la musique de Piazzolla est…..Ezequiel Paludi et Geraldine Rojas.
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30.4.2010 à 23:03
Je partage les commentaires élogieux de Bernadette. Le Festival Couleurs Tango est tous les ans une très belle réussite. Les démonstrations des maestros invités sont toujours remarquables. Parfois ce sont pour moi des découvertes ou bien alors des confirmations. Comme celles de Damian et Céline que j’ai eu la chance de découvrir dés 2004 et dont les brillantes prestations m’ont encore séduit : toujours autant de talent et encore plus de maîtrise. Le qualificatif de “très théâtral” de Bernadette, qui pourrait être interprété comme péjoratif, ne me semble par contre pas très adapté à leur façon de danser. Ils jouent parfois beaucoup entr’eux,avec humour, notamment dans leur très belle milonga du vendredi, et leur complicité est très agréable à voir. Enfin, les bals dans la très belle salle Adenauer ont été également une grande réussite avec une participation étrangère significative de la renommée de ce festival qu’il ne faut pas manquer surtout quand on habite dans la région parisienne.