Le « payador », que l’on pourrait traduire par « troubadour » est un poète, chanteur, improvisateur, et compositeur. Ce soir-là, Wilson Saliwonczyk a chanté, accompagné par sa guitare des extraits d’une œuvre argentine très connue : « El gaucho Martin Fierro », écrit en 1872 par José Hernandez. Il s’agit d’une épopée, celle d’un gaucho de la pampa prit dans les affres des guerres, des crises, du génocide indien, et il raconte tout ce qui fait l’Histoire de l’Argentine, l’Histoire de l’état argentin qui se forme et s’organise. Il raconte l’exploitation des ouvriers agricoles en Patagonie, il raconte l’esclavagisme, il raconte les famines… Cette épopée chantée, très poétique, prend forme au travers des milongas campera bien rythmées, qui sont les précurseurs de la milonga sub-urbaine, elle-même menant à la milonga telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Wilson Saliwonczyk a aussi entretenu la tradition des payadores, qui est celle de l’improvisation poétique, sorte de joute verbale à partir de mots ou de phrases sans rapport apparent entre eux, lancés par le public venu l’écouter. A partir de 10 mots ou phrases donnés au hasard par l’assistance, il a, avec humour et désinvolture, créé et chanté instantanément son propre poème, en strophe de 10 vers comportant tous les mots et phrases cités. Cet exploit car c’en est un, nécessite un entrainement intensif et une présence d’esprit extraordinaire pour retenir tous les mots, les organiser en strophe et en vers, rendre les propos cohérents, les mettre en musique et les chanter quasi immédiatement accompagné à la guitare. C’était très impressionnant et le public nombreux dans ce petit pub, ne s’y est pas trompé.
Cette expérience d’inviter un payador aussi doué a été une excellente idée, novatrice, tout en plongeant l’auditoire dans la culture argentine d’il y a plus d’un siècle. Il serait trop long ici de raconter tout ce que Wilson Saliwonczyk a dit, et chanté, concernant l’Histoire de l’Argentine et des peuples qui ont colonisés les terres. S’il est mieux de parler Espagnol pour comprendre dans les détails tous les poèmes et les traits d’humour du payador quand il s’adresse au public, réalisant avec lui des mini-dialogues, on pourrait dire aussi que la musique et la voix elle-même peuvent motiver. Si Solange Bazely était présente pour traduire les dialogues avec le public et les explications du payador sur les poèmes, elle ne pouvait évidement pas traduire les poèmes chantés au moment où il les chantait. Une idée pourrait être de donner au public présent une traduction écrite des poèmes qui seraient ensuite chantés par le payador, tout en sachant que pour l’improvisation en direct, c’est impossible.
Il n’empêche, ce fut génial.
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