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6.8.2011 par mephisto-tango.
Pleine réussite et plein succès que ce 3ème festival Tangopostale de Toulouse. Très organisée, l’équipe du Président Christian Couderette a rempli parfaitement sa mission qui était de proposer au Tangueros et tangueras présents des prestations de qualité, aussi bien pour les orchestres, les danseurs professionnels (même si j’ai amèrement regretté personnellement l’absence de Pablo Tegli), les milongas en plein air et en salle, les concerts, les conférences, les films. Parmi les danseurs de milongas, on a pu noter la participation importante d’Espagnols, tous d’excellent niveau. D’autre part, il est bon de dire que ce Festival a été consacré particulièrement à Astor Piazzolla, chose que l’on verra tout au long de ce reportage écrit (et visuel).
Mardi 5 juillet : conférence « Borges et le Tango » à l’Institut Cervantes
Animée par Santiago De Luca, spécialiste de l’œuvre de Jorge Luis Borges, la conférence s’est portée sur la lecture des textes et des poèmes de l’écrivain argentin, et de leur traduction, accompagnée à la guitare par Gonzalo Bongiovanni. C’est ainsi que l’on perçoit que ce grand écrivain aimait le Tango certes, mais il l’aimait dans la période du début du Tango, où il était encore festif, joyeux, et à la limite irrévérencieux. Le côté « obscur » du Tango, les couteaux, les compadritos… Il en a parlé fort brillamment dans ses œuvres poétiques.
C’est aussi la collaboration Borges-Piazzolla (où Piazzolla a mis en musique certains poèmes de Borges). Cette rencontre en 1967 en fait, s’est mal passée, leur relation était « terrible » a dit Solange Bazely (autre intervenante dans la conférence). Pourtant « Jacinto Chiclana » (texte de Borges, musique de Piazzolla) est un très beau Tango chanté par Edmundo Rivero. La lecture de ce texte en Français a été faite par Solange. « A Don Nicanor Paredes », « El hombre de la Esquina Rosada », et bien sûr « Jacinto Chiclana » sont des Tangos enregistrés par Piazzolla et chantés par Edmundo Rivero dans l’album « El Tango ». Si Borges traitait Piazzolla de « Pianola » (piano automatique), Piazzolla le lui rendait bien, en disant de lui que non seulement Borges était aveugle, mais qu’il était également sourd !
Mercredi 6 juillet : concert en hommage à Astor Piazzolla par Marcelo Mercadante y su Quinteto Porteno. Auditorium St Pierre des Cuisines.
Cet endroit bénéficie d’une acoustique formidable. Situé dans la prolongation d’une église (St Pierre) et donc dans la même conception architecturale de nos anciens constructeurs d’églises, le concert de Marcelo Mercadante promettait d’être grandiose. Marcelo Mercadante est un bandonéoniste argentin qui vit à Barcelone, et il était entouré d’une violoniste remarquable, pleine d’émotion et de sensibilité Olvido Lanza, d’un guitariste de talent Javier Feierstein, de Gustavo Llull au piano et de Andres Serafini à la contrebasse. Parmi les œuvres de Piazzolla (Resurreccion del Angel pour moi le mieux joué, Milonga del Angel , Muerte del Angel, Verano Porteno, Adios Nonino et Pedro y Pedro au bandonéon solo : très bien joué par Marcelo Mercadante), le bandonéoniste a aussi fait connaitre ses propres œuvres : « En la Esquina, Aguita Marron, Minon… ». Evidemment, comme les œuvres de Piazzolla sont hyper connues, il était facile de comparer avec le « Maestro Piazzolla » lui-même…. Difficile de faire aussi bien ! A sa décharge, il faut bien noter que son bandonéon a eu un problème, puisqu’il a dû s’absenter quelques minutes pour le réparer….
Voici quelques images du concert : « Resurreccion del Angel « et « Milonga del Angel » d’Astor Piazzolla, à votre propre appréciation.
Jeudi 7 juillet : conférence « Piazzolla dans son temps et son espace » Centre culturel Bellegarde animée par le bandonéoniste et compositeur Marcelo Mercadante.
Conférence intéressante pour ceux qui aiment la musique et l’œuvre d’Astor Piazzolla, car Marcelo Mercadante a su faire passer, à travers la biographie d’Astor Piazzolla, le lien important entre le personnage et l’œuvre qui s’y rattache, y compris en mettant l’accent sur la réalité politique du moment et sur les révolutions technologiques (inventions du microphone, de la radio…). On sait que le jazz fait partie intégrante de la vie enfantine de Piazzolla, et que Gershwin a eu une influence énorme sur lui. Puis il y a eu Alberto Ginastera, Nadia Boulanger qui lui ont appris les règles de la composition : fugue et contrepoint de la musique classique, dite savante…
Je passe sur la biographie d’Astor Piazzolla que chacun pourra consulter sur tous les sites (nombreux) consacrés à Piazzolla.
Lors de cette conférence, Marcelo Mercadante nous a fait écouter une fugue de Dave Brubeck (musicien de jazz bien connu, compositeur de « Take Five » notamment) en citant le parallèle avec Fuga y Misterio de Piazzolla.
Autre parallèle : « West Side Story » du compositeur américain Leonard Bernstein, et « Maria de Buenos-Aires », petit opéra de Piazzolla, et Horacio Ferrer pour les textes.
Jeudi 7 juillet : cinéma : « Nosotros » : documentaire de Diego Martinez Vignatti en 2002 (Argentine – Belgique) Centre culturel Bellegarde.
Excellent documentaire sur des personnages héritiers de l’immigration à Buenos-Aires, passionnés de Tango et inquiets face à la crise économique. Ce sont des portraits attachants, touchants, toujours justes dans les propos.
Vendredi 8 juillet : cinéma : « Horacio Ferrer, Poète du Tango » film de Stefano Franchini, Massimo Martino, Antonio Maria Savella 2010. Enregistrement à Turin 2007.
Accompagné par l’orquesta tipica Alfredo Marcucci, Horacio Ferrer déclame, plutôt que chante tous ses poèmes mis en musique par Astor Piazzolla. « Balada para Un Loco, Chiquilin de Bachin, Existir, etc…. » Horacio Ferrer très ému, et nous, nous en avions la gorge serrée….. Puis une conférence filmée de 48 minutes, « Tango, Art et Mystère », donnée par Horacio Ferrer qui parle du Tango, de son Histoire, de son Esprit, un Horacio Ferrer terriblement passionné, terriblement habité par son sujet !
Vendredi 8 juillet : Table ronde : à la rencontre d’Astor Piazzolla – Médiathèque José Cabanis
Etaient présents lors de cette table ronde :
- Solange Bazely : animatrice, journaliste, conférencière
- Marcelo Mercadante : bandonéoniste et compositeur
- Françoise Thanas : traductrice en Français de la biographie « Astor » écrite par sa fille Diana Piazzolla (2002). Edition Atlantica.
- Emmanuelle Honorin : journaliste au magazine « Géo », a écrit une biographie « Astor Piazzolla, le Tango de la démesure » (2011). Edition Voix du Monde.
Dans un premier temps, quelques images extraites du DVD réalisé par la BBC : « Astor Piazzolla in portrait » sont projetées sur écran géant, et nous voyons le célèbre musicien donner son opinion sur sa musique et sur sa personnalité. Sur cette base, les intervenants parlent d’Astor Piazzolla :
- Françoise Thanas qui a rencontré le père et la fille (Diana Piazzolla) parle de cette rencontre mémorable pour elle, et on la comprend. Elle parle de la collaboration entre elle-même et Diana, pour intégrer des interviews de musiciens français dans son livre (Georges Moustaki, Jean-Claude Casadesus, Richard Galliano, Jean Guidoni), et des difficultés en définitive pour que ce livre puisse paraître en Français.
- Marcelo Mercadante parle d’Astor Piazzolla plus dans l’esprit du musicien, en faisant référence au jazz et à l’improvisation. On peut regretter la traduction très limite de M. Roux.
- Emmanuelle Honorin parle de la forte personnalité du compositeur, très provocatrice.
Vendredi 8 juillet et samedi 9 juillet : milongas à la salle Jean Mermoz
Malgré l’endroit assez excentré (nécessité d’avoir une voiture, ou de venir en taxi, ou de prendre le métro avec marche à pied assurée pour aller dans l’île Ramier)) cette salle Jean Mermoz mérite le déplacement. Très agréablement installée et décorée par toute l’équipe de bénévoles de Tangopostale, (stands de vêtements, de chaussures, un bar, un peintre de filete travaillant sur place) la salle Jean Mermoz est bien conçue pour être une grande et belle salle de danse. Uns scène suffisamment grande pour recevoir les 10 musiciens de la Tipica Imperial le samedi, une piste de danse avec un excellent parquet, et des tables et des chaises tout autour, tout était fait pour que les tangueros passent deux excellentes soirées.
Le vendredi soir, l’orchestre pour la milonga était le Quartet de Gabriel Vallejo comprenant :
- Gabriel Vallejo : piano
- Romain Lecuyer : contrebasse
- Jean-Baptiste Henry : bandonéon
- Pierre Marie-Bonafos : saxophone soprano
Voilà l’originalité : le son du saxophone soprano donne une autre touche de couleur aux différents Tangos traditionnels, interprétés par ce quartet. Cet instrument, majoritairement consacré au jazz, arrive à s’intégrer aux instruments traditionnels du Tango (piano, contrebasse, bandonéon). Peut-on alors dire qu’il remplace avantageusement le violon ? Je n’irai pas jusque là, néanmoins, il ne détonne nullement. Voici ci après des extraits, avec une mention spéciale pour la milonga, très jazzy dans la forme, portée par le piano et le saxophone. Notez également la joie des musiciens à ce moment de l’improvisation !
Mais le must très attendu bien sûr a été le samedi soir la prestation de l’Orquesta Tipica Imperial, formé de 10 jeunes musiciens excellents : 3 bandonéons, 4 violons, 1 contrebasse, 1 piano et 1 chanteur de talent. Tangos traditionnels, mais mâtinés d’arrangements très, très originaux d’avant-garde. Difficiles à danser certes, mais ô combien intéressants.
Côté démonstrations de Tangos, Valses et Milongas :
- Diego « El Parajo » Riemer et Maria Belen Giachello : beaucoup de présence, de charisme et d’élégance. Superbes démonstrations, pleines d’inventivité et de musicalité, de Tangos valses et milongas sur les deux soirées. Un régal.
- Daniel Darius et Valérie Onnis : remplaçants en dernière minute Pablo Tegli et Emilie Caron, le challenge était très difficile à relever pour les 2 soirées. Néanmoins, ils s’en sont bien tirés.
Samedi 9 juillet : le Tango au cinéma : conférence de Solange Bazely
Illustrée par de nombreux extraits de films, Solange Bazely nous a fait une brillante et complète rétrospective depuis les origines du cinéma (cinéma muet) jusqu’à aujourd’hui, de tous les films où l’on peut constater des références au Tango. Partant de 1906 jusqu’en 2005, cela passe par Max Linder en 1912 (Max professeur de Tango), par Charlie Chaplin en 1914 (Charlot danseur), par Rudolf Valentino en 1921 (les 4 cavaliers de l’apocalypse), par Eisenstein en 1917 (La Grêve), par Douglas Fairbanks en 1927 (Le Gaucho). En 1933, 1er long métrage parlant en Argentine « Tango », en 1950 « El Ultimo Payador », en 1959 Billy Wilder « Certains l’aiment chaud » et « Sunset Boulevard », le Bal d’Ettore Scola en 1983, en 1966 la comtesse de Hong-Kong, en 1972 le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci, en 1976 l’Acrobate, en 1983 la Belle Captive, en 1985 « Tango, l’exil de Gardel » de Fernando Solanas (musique de Piazzolla), en 1988 : « Sur », en 1990 « Naked », en 1997 « Happy Together » de Wonk Kar Wai, et « La Leçon de Tango de Sally Potter avec Pablo Veron, en 2002 « Assassination Tango » de Robert Duvall, et « je ne suis pas là pour être aimé » de Stéphane Brizé en 2005. Il y a bien d’autre références bien sûr, d’autres films non cités, et Solange pourra certainement rectifier les manques !
Ce Festival était tellement riche que je n’ai pas pu tout voir malheureusement, et notamment je n’ai pu voir tout ce qui avait trait au folklore argentin : spectacle par la troupe de Gustavo Gomez : De Mi Tierra, cavalcade et démonstrations de danse folkloriques de tradition argentine. Je n’ai pas pu aller non plus aux « after ».
Toutefois, si j’ai pu donner envie d’aller l’année prochaine au 4ème Festival Tangopostale de Toulouse, j’en serai heureuse car cet événement mérite qu’on se le signale, et que le phénomène « de bouche à oreille » prenne forme dans toute son ampleur.
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6.8.2011 par mephisto-tango.
Le public présent lors du concert du chanteur argentin Martin Oliva est resté scotché tout au long du spectacle, bluffé, émerveillé. Pas un bruit, tellement la voix de ce chanteur est prenante, tellement elle est tour à tour chaude, enveloppante, pleine d’émotion et de subtilités dans les nuances piano-forte, un vibrato léger et souple, cela respire. C’est tout simplement magnifique. Pas simplement beau, mais magnifique. Entouré d’un pianiste et d’une percussionniste, la rythmique s’intégrant parfaitement au chant. On pourrait qualifier ce chanteur comme étant un ténor, mais les racines populaires sont là, le folklore ancré dans les gènes ! Il chante dans un registre très large, dans l’infinie douceur et dans l’importante puissance de sa voix. Une telle voix est rare, son timbre est d’une telle palette de couleurs que l’arc en ciel lui-même en serait jaloux. De plus, cet homme a un sourire tellement lumineux et radieux qu’il en ferait damner n’importe quel réfractaire et succomber sous le charme !
Il n’a pas chanté de Tangos, mais je le crois, ce chanteur, dans son répertoire de chants issus du folklore argentin (Atahualpa Yupanki ne le renierait pas), mérite grandement qu’on s’y intéresse, d’autant plus qu’il doit revenir à Paris, après une tournée en Amérique Latine.
Nous ne trouvons pas ses CDs en France, alors…….
Il faut venir le voir.
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