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22.9.2011 par mephisto-tango.
Nuit OUF soirée électro-Cumbia vendredi 16 septembre
Entre DJs et groupes cumbia-électro sur scène, la soirée était vraiment folle, et le nombreux « peuple » de Paris présent au 104 ce soir-là était jeune, et quelque peu éméché devant la scène, à scander debout le rythme effréné et répétitif du mélange cumbia et électro.
TREMOR
Le groupe Trémor tout d’abord, heureux mélange des genres entre la musique folklorique argentine à base de tambours de candombé, de chacarera, associée aux différentes boîtes à rythmes électroniques, et accompagnée d’instruments acoustiques dont le violon, m’a paru très innovant dans la recherche de sons modernes et traditionnels. Le mélange était musicalement très riche et les musiciens sont incontestablement excellents.
EL HIJO DE LA CUMBIACe groupe était uniquement focalisé sur les sons électroniques de la musique cumbia. Et là je ne me sens pas compétente pour en parler. Je laisse simplement les liens suivants à l’appréciation des internautes :
BAJOFONDO TANGO CLUB avec Luciano SUPERVIELLE
Là c’est du domaine connu dans le clan électro du Tango. Bien que Luciano Supervielle, pianiste du groupe ait dit dans la soirée : « vous l’avez compris, nous ne faisons pas du Tango » On peut se demander pourquoi, alors que de nombreux « relans » font référence au Tango dans leur musique qui est quand même bien « Tanguitisée ». Evidemment le son du bandonéon très présent apporte sa touche Tango, mais il n’y a pas que ça. J’ai pu remarquer toutefois que les dernières compositions du groupe n’avait rien à voir avec le Tango et étaient plus Rock’n Roll argentin (ceci expliquant peut-être cela). Il n’empêche que c’était vraiment le meilleur groupe.
Conclusion : excellente soirée, bien organisée. Evidemment un monde fou, tout le monde debout. Mais, et ce fut assez curieux, il y a eu distribution de chaises longues lors du passage de Bajofondo pour les spectateurs ! Etait-ce parce qu’ils passaient très tard : 1h30 du matin !
Soirée Tango samedi 17 septembre
La soirée a failli très mal commencer. Les organisateurs ont mal prévu le succès de cette soirée, et de nombreux spectateurs n’ont pas pu rentrer. Les organisateurs avaient disposé des tables et des chaises devant la scène, ce qui a limité l’accès, par manque de place, aux spectateurs qui n’avaient pas pris leur billet, puisque tout était complet.
Les spectateurs se voyant refuser l’accès au spectacle se sont mis à protester bruyamment à l’extérieur, en sifflant et vociférant. Les vigiles qui gardaient l’entrée ne se sont pas laissés attendrir. L’organisateur qui était pris à partie n’a rien voulu savoir. Incontestablement ce fut une faute, alors que la veille à la soirée électro-cumbia, le double de gens avait pu rentrer, et personne ne s’est vu refuser l’accès.
Qu’est ce qu’on a vu lors de cette soirée ?
Les danseurs en démonstration d’abord :
Gloria et Eduardo Arquimbau ; Milena Plebs et David Palo ; et les champions du monde de Tango argentin 2011 en Tango de scène Max Van de Voorde et Solange Acosta.
Bon.
Mais ce fut bien les musiciens qui ont été à l’honneur, de façon justifiée, car ils ont été fantastiques et remarquables de talent.
Concert « Piazzolla » avec orchestre à cordes, bandonéon, contrebasse, piano.
Lautaro Greco au bandonéon a été littéralement transporté ce soir-là par la musique de Piazzolla. L’entendre et le voir a été un régal et un bonheur. Le violoniste Fernando Suarez Paz, qui fut le violoniste d’Astor Piazzolla pendant 10 ans est un vieux monsieur maintenant qui a gardé toute son immense sensibilité pour son instrument, mais dont la virtuosité incomparable à l’époque, s’est un peu estompée. Normal. Il reste un très très grand du violon, et les jeunes ont beaucoup à apprendre de lui. L’excellent pianiste Nicolas Ledesma est à signaler aussi, il fait partie du quintette de Fernando Suarez Paz. Pablo Agri au violon est stupéfiant de virtuosité, d’aisance, et de sensibilité. Avec son quartet (un concert avait eu lieu dans l’après midi) Pablo Agri (fils d’Antonio Agri, qui a été aussi un des violonistes préférés d’Astor Piazzolla) est un des tout meilleurs violonistes au monde dans le domaine du Tango. Les autres musiciens de ce quartet ont été Juan Pablo Navarro à la contrebasse, Emiliano Greco au piano et Lautaro Greco au bandonéon.
Les grandes voix du Tango argentin : Raul Lavié et Maria Grana.
Accompagnés par cet orchestre à cordes, Maria Grana et Raul Lavié on été, lors du spectacle « Tango argentino » en 1989 à Paris, des chanteurs et chanteuse réputés. Ils ont gardé leur majesté, et ….leur voix ! Ce qui n’est pas si évident au bout de 30 ans de carrière.
Grande milonga avec l’orchestre Juan Jose Mosalini et Pablo Agri et Fernando Suarez Paz aux violons, Lautaro Greco au bandonéon.
Grande milonga : il faut le dire vite, car elle n’a duré qu’une heure de 1h à 2h du matin ! Néanmoins l’orchestre a été excellent et c’est ce qui compte. Heureusement que quelques couples de danseurs ont pu rester danser.
Conclusion : à part les musiciens et chanteurs qui m’ont enthousiasmée, il faut quand même noter une organisation quelque peu fébrile et peu sûre : ponctualité très limite dans le passage des artistes, et heures de passage pas conforme avec ce qui avait été annoncé par voix de presse et publicités.
Et surtout le problème des spectateurs qui n’ont pas pu rentrer.
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5.9.2011 par mephisto-tango.
Depuis 1997, tous les ans au mois d’août, le Tango a rendez-vous dans cette bonne ville de Tarbes. La mairie, l’Office de Tourisme et l’Association Tangueando Ibos ont fait cette année encore des prouesses en invitant nombre de musiciens et danseurs pour ce Festival qui est devenu incontestablement le plus important en France. Toujours axé sur les aspects culturels, sociologiques et historiques du Tango argentin, le Festival se veut à la fois relié à la Tradition, certes, mais également, et c’est là tout son mérite, relié à toute l’actualité musicale et chorégraphique, avec des créations tout à fait modernes et innovantes. A la Halle Marcadieu par exemple, tous les spectacles se sont joués à guichet fermé le jeudi vendredi et samedi. Les milongas de ces jours-là ont affiché complets. Pour que ce Festival se déroule dans les meilleures conditions possibles, il est nécessaire que de très nombreux bénévoles soient performant, bien briefés sur leur mission. C’est le cas. L’organisation est sans faille, tout au moins vu de l’extérieur. Le travail est énorme. Dans la presse locale, j’ai lu que le budget de ce Festival a été de 200 000 €.
Pour que les gens puissent accéder facilement au Tango argentin, deux jours d’animations entièrement gratuites ont été proposés les 20 et 21 août par deux milongas au Jardin Massey, sous les arbres, avec orchestres. Cette année : le Quinteto Irreal et Los Tubatango.
Notons une innovation rare : celle de l’inauguration d’une peinture murale : « Caminito San Pedro » située Petite rue St Pierre. Sur cette fresque on peut voir une reproduction de la vraie « Caminito » à la Boca à Buenos-Aires, on peut voir peints des danseurs, un bandonéoniste qui prend étrangement les traits d’Anibal Troilo, un marin adossé à un mur, un chat, ….
Toujours les apéros-tangos dont on ne peut se passer, en ville ou au jardin Massey, avec les duos Vitullo-Porto ; Navarro-Mantuano ; Trosman-Maguna ; le trio Entonces ; et le chanteur Gabriel Menendez.
Pour les temps forts les meilleurs de ce Festival, je citerais (et cela n’engage que moi) par ordre chronologique de passage:
- Le trio Franco Luciani en concert au Pari le lundi 22 août :
Directement dans la prolongation d’Hugo Diaz, Franco Luciani est un jeune harmoniciste de très, très grand talent. Accompagné de Daniel Godfrid au piano et de Raul Chiocchio à la guitare, tout aussi talentueux, tous les thèmes interprétés par ce géant de l’harmonica étaient fantastiques de virtuosité, d’émotion, de sensibilité. Ce fut un concert inoubliable, et les rappels avec standing ovation à la fin étaient tout à fait mérités. Regardez jusqu’à la fin sur le lien suivant :
Adios Nonino d’Astor Piazzolla
- L’orquesta tipica Sanata à la Halle Marcadieu le lundi 22 août
Etrange et déjanté orquesta tipica Sanata, créé à Lyon en 2009. Mais néanmoins déjà furieusement excellent. Doté d’une énergie incroyable qui peut faire penser à la Tipica Fernandez Fierro, les compositions de cet orchestre, et les arrangements de Tangos traditionnels sont fusionnées avec rock, hip-hop et folklore. Un régal
Boîte à rythmes : Rolando Carbetti
Guitare et chant : Gaspar Pocai
Violon : Mehdi Tinaoui
Bandonéon : Estanislao Sanchez
Piano : Julian Blondel
Contrebasse : Felipe Nicholls
- La présentation des danseurs à la Halle Marcadieu le mercredi 24 août
- Le quinteto Ramiro Gallo à la Halle Marcadieu le mercredi 24 août et le samedi 27 août
Ramiro Gallo, excellent premier violon de l’orchestre « El Arranque » et de l’orchestre école Emilio Balcarce de Tango à Buenos-Aires (dont il est aussi assistant de direction), est aussi compositeur de Tangos. Pour pouvoir assouvir sa passion de composition et montrer partout dans le monde que des compositeurs de Tangos peuvent encore aujourd’hui composer, Ramiro Gallo (qui enseigne aussi) a fondé son propre quintette dans lequel il joue ses propres compositions. Certes cela déconcerte, cela ne plait pas toujours car ses compositions reflètent la modernité de notre époque, où tous les musiciens aujourd’hui connaissent les lois de l’harmonie et du contrepoint, ce qui donne quelque chose de pas forcément rythmique mais plutôt mélodique, avec rubato. Et dissonant souvent. Donc difficile à danser.
Voici deux très beaux CDs du quinteto Ramiro Gallo : « Florece » en 2003 et « Espejada » en 2006. Et quelques liens de vidéos :
- Le spectacle « De la Boca à Marcadieu » avec l’orquesta tipica Silencio le jeudi 25 août
Création originale pour le Festival de Tarbes 2011, donnée dans la Halle Marcadieu. Voici une vidéo à voir qui reflète bien ce spectacle. Avec par ordre d’apparition sur scène :
- Pablo Linares et Patricia Carrasco (qui remplaçaient Pablo Pugliese et Noël Strazza)
- Gustavo Rosas et Gisela Natoli à 0mn46
- Adrian et Amanda Costa à 1mn
- Ernesto Terri et Cynthia Fattori à 1mn23 (chorégraphie sur table sur la musique « Felino » d’électrocutango)
- Pablo Rodriguez et Noelia Hurtado à 2mn22
- Bruno Tombari et Mariangeles Caamano à 2mn28
- 3 couples en chorégraphie de groupe avec chaises : Ernesto et Cynthia, Pablo et Noelia, Bruno et Mariangeles à 3mn.
Une autre chorégraphie de groupe intéressante dans ce spectacle et que l’on ne voit pas dans la vidéo proposée ci-dessus consistait en un Tango dansé à la lumière de petites lampes torche portées par les danseurs et danseuses.
Le toujours excellent Orquesta Tipica Silencio était constitué de Roger Helou : piano et direction ; Omar Fernandez au chant ; Jens Gebel à l’orgue ; Wini Holzenkamp à la contrebasse ; Michaël Gneist à l’alto ; Dario Viri au violon ; Guillermo Destaillats au bandonéon ; et, comme invité d’honneur Ramiro Gallo au violon.
- Le spectacle « Nuit Blanche » avec le Cuarteto Lupanar le vendredi 26 août
« L’endroit où les fauves de la nuit se retrouvent pour traverser ce qui est »
J’ai déjà parlé sur ce blog de « Nuit blanche » que j’avais déjà vu à Boulogne Billancourt il y a quelques mois. Il suffit de s’y reporter, car je suis toujours aussi enthousiaste et admirative.
Citons la musique du Cuarteto Lupanar sur laquelle je ne m’étais pas trop étendue. C’est une musique originale créée pour « Nuit blanche » par Pedro Onetto, qui allie l’acoustique à des éléments électroniques. Le CD de ce spectacle dit : « Du Tango traditionnel, « Lucila et Joe » ou « Despedida », au Tango moderne, de la ville, avec des bases électroniques « Lupanar » ou « Cabaret Tornado », en passant par un Tango plus Français « Pavana » avec des touches impressionnistes.
Les musiciens : Marta Roca : violon ; Camilo Ferrero : bandonéon ; Nicolas Rainone : contrebasse ; Pedro Onetto : piano.
Les danseurs : Esteban Moreno et Claudia Codega ; Lucila Cionci et Rodrigo « Joe » Corbata ; Jorge Crudo ; Claudia Jakobsen ; Rolan Van Löor
- Le spectacle « Grotesca Pasion Trasnochada » (Passion grotesque et dépassée) avec le quinteto Ramiro Gallo le samedi 27 août
Sur une musique de Ramiro Gallo, les danseurs et danseuses de la compagnie No Bailaras sur des chorégraphies de Silvana Grill, nous ont offert un regard très innovant et provocateur sur la danse Tango et tout ce qu’elle représente. Toutes les chorégraphies sont parfaitement bien réglées, acrobatiques pour certaines, et remarquablement interprétées dans une optique sans tabou et même quelquefois très érotique. Ce qui est exprimé c’est du concret, même si on pourrait qualifier ce spectacle de « très osé », à la limite tellement osé que cela appelle au rire. Humour certes, et énorme liberté d’interprétation. Cela n’a pas plu chez certains spectateurs, mais moi j’ai aimé.
No bailaras Parte 1 - suivre le lien - video non intégrable
No balairas Parte 2 - suivre le lien - video non intégrable
- La milonga place de la mairie : « de Piazzolla à nos jours » le samedi 27 août, grâce au DJ Claude de Tangueando Ibos
Voici une initiative plaisante de Claude, qui est de proposer une milonga « hors norme » c’est-à-dire non traditionnelle pure et dure où l’on connait tous les Tangos, Valses et Milongas par cœur. Claude a proposé des musiques de Piazzolla, et des musiques avec arrangements très actuels. Ca change, et au moins, on ne s’ennuie pas. Si l’on considère les nombreux participants à cette milonga, on peut dire que cette initiative a été positive et qu’elle mérite d’être amplement reconduite, non seulement à Tarbes, mais partout ailleurs.
A l’inverse (et cela n’engage que moi aussi), je citerais deux concerts-spectacles au Pari qui m’ont semblés sans intérêt et dénués d’émotion : les chanteurs et chanteuse « Analia Sirio et Guillermo Fernandez » le mardi 23 août, et surtout « L’Ange de Toulouse : Carlos Gardel » le mercredi 24 août où il m’a semblé que la ville de Tarbes et Tangueando Ibos (lequel est responsable ?) étaient indignes de proposer un tel concert, mâtiné de textes inintéressants. Chanteur très limite, seuls les 4 guitaristes tiraient leur épingle du jeu. Pauvre Carlos Gardel qui a dû se retourner dans sa tombe……
Et puis il y a les spectacles, conférence et concert que je n’ai pas pu voir, n’ayant pas le don d’ubiquité : le groupe « San Telmo Lounge » que je regrette bien de n’avoir pas vu, la conférence « les chanteurs dans le Tango » dont je ne pourrai relater la discussion, et le concert des stagiaires musique et chant. Dommage.
Question cinéma, j’ai vu 3 films intéressants :
- L’acrobate de Jean-Daniel Pollet (1976) avec Claude Melki et Guy Marchand.
Voici ce que dit le journal « Le Monde » sur ce film très attachant :
L’Acrobate a été réalisé par Jean-Daniel Pollet (par ailleurs auteur du très beau Méditerranée) en 1976. Claude Melki, son acteur principal, est un apprenti tailleur qu’il a rencontré vingt ans plus tôt dans un dancing de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) et qui traverse sa filmographie à la manière d’un miracle mélancolique et lunaire.
Tel un Buster Keaton de Paname, il incarne dans L’Acrobate Léon, un garçon de bains timide qui est passé maître dans le cumul des infortunes sentimentales. Martyrisé par la patronne de l’établissement, moqué par ses collègues, poursuivi par les visées lubriques d’une vieille peau, méprisé par la fille de joie qu’il aime d’un amour vainement rédempteur, incessamment admonesté par le tombeur macho qui se prétend son copain, Léon le gringalet passe-muraille, un beau jour, se met au tango. Ça tombe bien, il est doué, et, passé maître dans la technique de cette danse, se met à la dépasser en raflant les concours en compagnie de Fumée, la fille du trottoir convertie à la piste.
Ce film rare est au demeurant construit sur ce même postulat : la technique n’est bonne qu’à être dépassée. L’Acrobate nous invite conséquemment à le suivre sur les chemins escarpés du coq-à-l’âne, de l’incongruité, de la fantaisie et de la liberté.
Rythmé par les pas du tango, emporté par le corps transfiguré du garçon de bains, on est prié de le suivre sans faire trop de manières, pour le parfum palpitant de Paris, pour la revisite d’un certain cinéma populaire, pour le charme tristement burlesque de Melki, pour la légèreté fluide et gracieuse avec laquelle tout cela nous est offert.
Parmi les compléments de ce disque, notons la présence de deux courts métrages antérieurs de Pollet, dans lesquels Melki faisait ses premières étincelles, sous le signe programmatique de la débandade.
Pourvu qu’on ait l’ivresse a ainsi scellé la rencontre du cinéaste et de l’acteur en 1957, sous les auspices d’un type moche et quelconque qui rate toutes les occasions d’emballer dans un dancing (sublime !). Gala (1962) décale un peu le canevas, en faisant de Melki l’employé minable, réduit à l’observation des beautés locales par un trou de serrure, d’un club de danse légère tenu et fréquenté par des Noirs flamboyants. L’Acrobate aura été la dernière collaboration de Melki au cinéma de Pollet qui l’a révélé, sans suite notable pour sa carrière, au point qu’il meurt oublié en 1994.
- Medianeras de Gustavo Taretto (2011)
Voici ce que dit le site « excessif » sur ce film :
L’HISTOIRE : Martin et Mariana vivent le désespoir de leur génération, seuls dans leur appartement. Entre ordinateur et espoirs déçus, ils s’enferrent dans la déprime et peinent à forcer leur destin. Leur vie n’est ainsi que fuites et tristesse, à l’image d’une Argentine que la crise n’épargna pas. Jusqu’au jour où leurs chemins vont se rencontrer. Original et passionnant.
Avec Medianeras, l’argentin Gustavo Taretto signe un film de son temps et bien dans son époque. Portrait d’une génération que les années 2000 ont égaré en pleine modernité, il nous conte les amours impossibles de Martin et Mariana, deux âmes perdues dans la ville. Et pour se faire, il a recours à tout l’arsenal des nouvelles technologies qui éloignent plus qu’elles rapprochent, les êtres qui sont seuls.
Rythmés par le changement des saisons, les jours de nos deux protagonistes se ressemblent ainsi trait pour trait; chacun essayant de forcer son destin. Sans jamais paraître y parvenir, tous deux restent hélas comme perdus entre procrastination et incapacité, donnant l’impression que tout s’acharne contre eux.
Loin de se limiter à ce récit ô combien moderne, Medinaeras va pourtant au-delà de la simple illustration. Il cumule les audaces en termes de mise en images et de monstration. Les cadres fixes, tous composés avec soin, s’imposent et soulignent l’enfermement et le clos qui règlent la vie de nos personnages.Quant aux superbes plans qui utilisent à dessein l’architecture de Buenos Aires, Gustavo Taretto les emploie pour exprimer le désarroi de ces êtres qui souhaitent l’amour sans savoir vértitablement comment le trouver. Ainsi, murs, façades et autres bâtiments figurent-ils l’isolement et l’emprisonnement de ceux à qui notre temps a promis la liberté et une vie heureuse. Une utopie urbaine et chimérique pour laquelle Marian et Mariana semblent inadaptés, comme tant d’autres.
Entre l’imagerie d’un cinéma indépendant américain récent, oscillant entre Garden State et (500) jours ensemble, et une construction qui s’empare de la ville avec intelligence, Medianeras signale idéalement le talent d’un jeune réalisateur et le côté foisonnant et fortement générationnel de sa première oeuvre.
Assurément, le cinéma argentin a de beaux jours devant lui !
Jean-Baptiste GUEGAN
- Tetro de Francis Ford Copolla (2009)
Voici ce que dit « le Monde » sur ce très beau film :
“Tetro” : l’autobiographie rêvée de Francis Ford Coppola
Son prénom
est Angelo. Son nom est Tetrocini. Tetro, le triste, est le surnom qu’il s’est choisi pour changer, renaître, oublier le passé. Il a mis de côté ses ambitions littéraires, il a coupé les ponts avec sa famille, s’est installé à Buenos Aires, où il vit avec une fille qu’il a connue à l’asile psychiatrique. C’est là que son jeune frère, employé d’une compagnie maritime, vient lui rendre visite, lui reproche de l’avoir abandonné, et se fait accueillir fraîchement.
Ouvertement autobiographique, Tetro, le nouveau film de Francis Ford Coppola, est l’un des seuls dont il ait écrit le scénario lui-même (avec Conversation secrète, 1974). Il ne se cache pas d’y évoquer les rapports qu’il eut avec son frère aîné, son modèle, disparu soudainement lorsqu’il était âgé de 14 ans. L’épisode avait déjà été suggéré dans Rusty James (1983). Le film recèle une autre clé : la rivalité entre ces deux musiciens que furent le père et l’oncle de Coppola, le second ayant un jour suggéré au premier de changer de nom afin de ne pas lui faire de l’ombre.
Le thème de Tetro est donc la rivalité, la sourde lutte que se livrent des hommes d’une même famille pour s’affirmer artistiquement. Dans la famille Tetrocini, le despote est le père, chef d’orchestre renommé, dont on célébrera les funérailles sur une scène de théâtre, dans une atmosphère de rancoeur solennelle et de dérision. Un ogre séducteur qui aurait pu inspirer à Freud son Totem et tabou. Là encore, les fidèles de Coppola sont en terrain connu. Le Parrain II (1975) était l’histoire de deux frères dont l’un tue l’autre, tels Caïn et Abel, et qu’était le premier Parrain (1972) sinon l’histoire d’un père tyrannique flanqué de fils rivaux ? La réflexion de Tetro, au début du film, après qu’il s’est mis en retrait de son clan - “L’amour dans ma famille, c’est un couteau dans le dos” - vient en écho à celle du parrain Michael Corleone affirmant : “C’est ma famille, ce n’est pas moi.”
Ce film-là déroute, parce que, à la différence des oeuvres les plus célèbres de Coppola, il se situe moins dans le tape-à-l’oeil que dans le contre-jour (le film est en noir et blanc à l’exception de flash-back en couleurs), moins dans l’exhibitionnisme et l’artifice que dans la pudeur. Du côté de Tennessee Williams, de Michael Powell (auquel le cinéaste rend hommage dans une scène inspirée de ses Contes d’Hoffmann), de Faust, de la danse et du théâtre, de la réflexion sur la création et sur les secrets, les démons intimes, plutôt que basé sur des considérations commerciales.
Il déroute aussi parce que Coppola s’était éloigné du cinéma, consacré à ses vignobles et à ses enfants, et qu’il revient, pas sénile pour un sou, avec une rare liberté de narration, une enviable vivacité de metteur en scène, pour creuser un sillon dans lequel il avait déjà laissé son empreinte : celui de la perpétuelle remise en question, du thème de la fuite, de l’autodestruction, de la tentation d’accumuler des références culturelles au risque de n’être pas compris.
Après L’Homme sans âge (2007), dans lequel un chercheur revivait sa vie à l’envers et s’enivrait du vertige d’une recherche d’un langage codé, Tetro est l’histoire d’un romancier qui se saborde, refoule son désir, camoufle un manuscrit que l’on ne peut lire que dans un miroir. Et l’histoire d’un héritier (frère ou fils, on n’en dira pas plus) qui, au prix d’une usurpation, oblige l’artiste à confesser ses vérités et à remettre son oeuvre à l’endroit.
Vincent Gallo, qui incarne Tetro, n’a pas une jambe dans le plâtre pour rien. Il s’agit ici de castration affective et créatrice, d’un coeur brisé et d’un corps cassé. On n’est par en Argentine par hasard : c’est la patrie de Borges, écrivain de la confusion d’identités. Mélodrame au final d’opéra, le film honore avec virtuosité cet art du son et de la lumière qu’est le cinéma. Tic-tac d’horlogerie (on sait chez lui l’obsession du temps qui passe), battements d’ailes d’un papillon attiré par une ampoule électrique.
Mais signe de vie, symptôme de vérité, cette lumière est aussi instrument de mort. C’est parce qu’il est aveuglé par les phares d’une voiture que Tetro tue sa mère dans un accident (au cours duquel on entend le frôlement du papillon contre le verre). C’est en raison de l’appât de la gloire que le père a oublié d’aimer les siens. Même couronné par le “Prix des parricides”, Tetro ne veut ni reconnaissance ni notoriété. “Le succès n’est rien”, dit-il. Assénée par Coppola, dont on sait la boursouflure narcissique, cette réplique acquiert un certain poids.
J’ai vu 1 film bizarre : « La Antena/Telepolis » d’Esteban Sapir (2008) :
L’histoire
Dans un monde où la politique dirige les médias, la Télévision ne cesse d’émettre des programmes de masse pour contrôler l’Opinion Publique et guider la population.
Obnubilé par les émissions de consommation le peuple se désintéresse de la politique. MR TELE, chef des programmes et dictateur du régime, a pour solution finale d’hypnotiser les gens pour s’en assurer une dévotion totale.
Au milieu de ce monde de désolation, où les habitants ont été privés de toute parole et ne communiquent plus entre eux, subsiste LA VOIX. Elle est l’unique rescapée de cette dictature qui possède encore la parole et représente le dernier espoir de faire basculer le régime.
Telepolis (La Antena) s’attaque de manière engagée au sujet contemporain de la manipulation politique à travers la communication dans les médias. Loin d’un traitement polémique classique, Esteban Sapir traite son sujet avec finesse et métaphore en nous plongeant dans un univers féerique et poétique.
A travers un film Noir & Blanc, épuré de paroles, le jeune réalisateur argentin se doit de composer chaque cadrage avec une ingéniosité picturale. Il ne manque pas de faire de nombreuses références aux grands classiques du Cinéma muet comme Le Voyage dans la Lune (1902) de Georges Méliès ou Metropolis (1927) de Fritz Lang et de rendre hommage à l’Expressionnisme allemand.
Esteban Sapir mêle son Cinéma d’inspiration des maîtres d’une autre époque à ses références contemporaines comme Tim Burton et Terry Gilliam pour peindre avec candeur les personnages imaginaires de son conte Telepolis (La Antena).
J’ai laissé de côté volontairement « Tango » de Carlos saura que tout le monde connait. J’ai loupé « La chanteuse de Tango » (2009-2010) que je verrai ultérieurement.
Conclusion :
Cette année encore un remarquable Festival de Tango argentin où tous les genres étaient représentés, du Tango traditionnel classique au Tango le plus moderne qui soit. Eclectisme de mise, ouverture d’esprit requis, curiosité sans a priori, c’est certainement le bon plan pour que ce Festival reste le premier et le plus important. A condition de rester dans la qualité.
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