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Archive de la catégorie Les Conferences

Université d’été du Tango : Conférence de Fernando Albinarrate : « La technique musicale appliquée au Tango dansé »

Fernando Albinarrate est Argentin, en France depuis 7 ans, pianiste, chef d’orchestre et compositeur. Il a étudié la musique classique et le Jazz. Il est professeur de musique classique et professeur d’harmonie.

Cette conférence s’est voulue être plus un dialogue entre les auditeurs et Fernando Albinarrate, qu’un monologue. Effectivement, l’assistance a posé beaucoup de questions relatives à la musique Tango, et c’est rassurant. La musique n’est-elle pas le support de la danse, et ne voyons nous pas malheureusement des danseurs « à coté » de la musique ?

Plus les danseurs se rapprocheront de la musique, plus les danseurs comprendront la musique, et plus ils seront « dedans » dans leur danse. C’est la raison pour laquelle Fernando s’attache à expliquer ce qu’est le rythme dans le Tango, accompagné de son clavier électronique.

Il rappelle d’abord que la composition Tango se structure en 3 parties : la mélodie, le rythme et l’harmonie. Cette conférence a pour but d’expliquer le rythme.

Le rythme est l’organisation dans le temps.

Fernando nous fait chercher la pulsation rythmique par des exercices musicaux : écouter les premiers temps des mesures, les temps forts. Le 4ème temps, faible, peut être accentué, c’est l’accent d’articulation.

Une phrase qu’il a dite, qui me parait tout à fait pertinente, est celle là : « on écoute, non seulement avec les oreilles, mais aussi avec la vue, les intuitions ».

Vu le nombre des questions qui fusaient dans l’assistance, Fernando n’a pas eu le temps de parler beaucoup des syncopes. Un peu des contretemps.

Il est toujours difficile pour un musicien, d’expliquer la musique à des non musiciens. Fernando Albinarrate a été remarquable de clarté, en simplifiant son langage et son expression musicale au clavier pour que ce soit compréhensible à l’assistance, tout en reflétant la réalité de la musique Tango.

Fernando Albinarrate est un grand professeur de musique, très pédagogue.

Université d’été : Conférence de Sol Bustelo : « Le Tango milonguero, pratique de l’Art et de la Vie »

Tout d’abord j’aimerai dissiper un malentendu que le titre de la conférence peut laisser paraitre, il ne s’agit pas du style « Milonguero » : façon de danser, mais du Milonguero, danseur de Tango qui sort dans les milongas souvent, sinon tous les soirs. Le Milonguero est le danseur de bal, et ce terme doit être pris tout style ou tout genre de Tango confondus. Le Tango dont parle Sol est le Tango de la Milonga ou le Tango de bal, dansé par le Milonguero ou la Milonguera.

Sol commence par une citation de Borges : « on peut discuter du Tango, mais il renferme un secret ».

La conférence de Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com) concerne son vécu, dans les relations entre les personnes. Il s’agit de rendre compte de son parcours personnel, de son expérience. Dans sa vie quotidienne depuis l’âge de 3 ans ½, Sol a vécu immergée dans le Tango et sa vie a été remplie de disciplines artistiques, mais le Tango a toujours été le plus près d’elle : à l’école, à la télé, par l’intermédiaire de ses parents et grands-parents…Quand elle allait chercher sa mère dans une milonga (elle sortait pratiquement tous les soirs, sa maman), elle dit avoir été amoureuse des personnalités rencontrées dans ces bals.

Elle a essayé de faire une recherche anthropologique à la source du Tango. Les origines sont très différentes. On se rencontre dans l’espace du bal où toute la société est présente. Qu’apporte le Tango dans le milieu du Tango de bal ?

Sol parle de son apprentissage à l’Académia de Tango de Buenos-Aires, où elle était serveuse, puis débutante en Tango, puis assistante du Professeur, puis Maître elle-même. Le premier choc qu’elle a eu : elle ne marchait pas comme une femme, elle devait donc construire sa démarche, et acquérir une technique du corps pour apprendre à être femme, elle a donc construit son rôle de femme.

Pour elle le Tango Milonguero n’est pas un Tango de démonstration, ce n’est pas un Tango de scène. C’est un Tango de bal Milonguero (de la Milonga). C’est l’improvisation.

On danse pour nous, dit-elle, c’est un lien social, un échange. L’expression est autre que celui de la parole. On s’arrête de penser, ça repose.

A l’opposé le Tango de scène est fait pour accrocher le regard du spectateur, il n’y a pas d’improvisation. Ce Tango cherche à impressionner.

Chaque Milonguero a sa personnalité, son style personnel, il crée sa danse. Il se présente en racontant sa vie ; c’est une autobiographie en dansant, année après année.

Le contact physique entre l’homme et la femme est au niveau du plexus solaire. Ce Tango est né pour être dansé « serré ».
Le Tango « fantasia » n’est pas identique.

Le Tango Milonguero c’est l’étreinte, la marche, le déplacement, c’est une infinité de possibles….

Chaque acteur de Tango a sa propre vision du Tango dépendant de son rapport à la vie, à son corps, à sa culture, etc…. En 1994, un danseur chinois disait qu’il avait la sensation de voir un art martial « ethéré » ! Les Allemands dansent avec des mouvements coupés et précis….. On danse différemment, selon sa culture. Au Japon, le rapport aux corps, à l’espace, au vide, est différent.

On se vide pour accueillir une personne. On se rend disponible. On se donne le temps, on se donne l’envie. La musique me porte t’elle ? Est-ce que j’ai la motivation ? Si tout ceci n’est pas ressenti, il y une mécanique des pas et des figures qui survient, et nous devenons des machines.

La vraie question est de trouver « l’état Tango ». Alors, on est là, présent, en harmonie. On est ensemble, on n’impose pas, on se nourrit dans l’improvisation. Il suffit de pas simples, répétitifs, qui amènent la communion avec l’autre. Il faut s’approcher de la simplicité pour appréhender la danse. On accorde les deux souffles ensemble dans la danse. Un dialogue s’instaure. C’est un esprit d’équipe.

La Tango commence avant le bal dans la préparation. Les chaussures, le maquillage, l’habillement, le parfum, l’hygiène….On prend soin de soi. Il y a une représentation de la beauté, une recherche esthétique, symbole du luxe.

Au bal, à Buenos-Aires, il faut faire attention aux « tables stratégiques », pour regarder les danseurs. Ce sont toujours des tables réservées pour les personnalités. Par exemple, c’est Robert Duvall qui arrive avec sa troupe de cinéma, c’est Madonna accompagné de son boy-friend. C’est la surprise de la nuit.

A Buenos-Aires, l’invitation à danser se fait avec le regard. Pas de parole, ce qui est malpoli. Une fois que l’invitation est faite et acceptée, on parle avant de danser. Les comportements doivent s’adapter à l’espace du bal.

Il faut travailler la posture, on dégage l’attitude, l’élégance.

Il faut se connaitre soi-même, on ne peut pas se donner si on ne se connait pas.

Plus la musique est rapide, plus il faut se donner le temps.

Les motivations lors du bal, sont personnelles. On peut chercher l’épanouissement, ou la distraction, ou l’amour, ou la rencontre.

Pour terminer sa conférence très intéressante, passionnée (Sol doit être également une femme passionnante), et teintée de philosophie, Sol parle des « danseurs pinacles » avec beaucoup d’humour. Ce sont des danseurs, pour elle, à pensées obsessionnelles, non à l’écoute de la partenaire, incapable de dialogue.

Elle n’a pas donné de noms, mais quelle femme n’en a jamais connu ?

Université d’été : Conférence de Fabrice Hatem et Collègues sur : « Le Tango, un chemin pour mieux comprendre l’autre ».

Les intervenants à la conférence, accompagnant Fabrice Hatem (fabrice.hatem.free.fr) comme Maître de cérémonie, étaient Bernardo Nudelmann (www.musicargentina.com), Dr Joëlle Herail (www.joelle-herail.fr), Dr Pedro Bendetowicz, et Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com).

Fabrice Hatem introduit cette discussion en analysant le sujet et en y voyant deux parties : la communication, l’approche sociologique globale : les codes de comportement, la culture, le langage commun et l’espace commun d’une part, et la psychologie de l’individu (qu’est ce qui se passe entre les individus ?), d’autre part.

Bernardo Nudelmann parle de l’Histoire du Tango et de l’immigration en Argentine, en mettant en avant que malgré les différences de langages parlés, les immigrants ont trouvé un langage commun dans le Tango. Il y avait un lien social fort, une manière de sentir à travers le Tango que l’on appartenait à un groupe. En 1810 : construction d’un pays ; en 1860 : culture rudimentaire de la musique ; 1870 : politique d’immigration massive augmentant la population. A partir de cette époque, le Tango a été une réponse à un besoin d’être ensemble, malgré leur pauvreté. Les immigrants se retrouvaient, et partageaient leur nostalgie du pays quitté, sans espoir de retour.

La classe dominante à cette époque était de culture espagnole, de type colonial. Les immigrants ne se retrouvaient pas (la plupart étaient Italiens) dans cette culture et, de façon naturelle et spontanée, le Tango est venu remplir leur vie et leurs besoins de se retrouver. Ils inventent le « Lunfardo », sorte d’argot emprunt d’italianisme, qui devient un véritable langage.

En 1910, le Tango était populaire dans la classe dominée, et en 1950, le Tango cesse d’être populaire pour des raisons politiques et sociales.

Sol Bustelo parle de la communication et du partage entre des gens de cultures différentes dans les milongas, car toute la société y est représentée. Dans une milonga tout le monde est protagoniste : regard, paroles, envie d’être présent. C’est un relief de la personnalité : « nous essayons de devenir ce que nous rêvons d’être ». Le Tango est un mode de vie, comme dans la vie il y a un code commun du bal. Les générations différentes s’y croisent. Le Tango aide les gens à surmonter leurs inhibitions, leur stress, il aide les gens à se sentir bien.

Pedro Bendetowicz, psychanalyste, a une tendance à la neutralité, par déformation professionnelle. Ceci est antagoniste par rapport à son arrivée au Tango où il faut se donner. Il parle de ses difficultés au début, ayant plus l’habitude d’écouter et d’être neutre par rapport aux événements et à la parole des gens. Pedro pense que le Tango est anti mélancolique (il pousse vers l’avant et vers le haut), et pas anti-dépressif.

Psychanalytiquement, Pedro pense que l’Argentine a besoin d’exprimer sa souffrance : l’Argentine est une patrie triste. Vu le nombre élevé de psychanalystes dans ce pays, il est très vraisemblable que la psychanalyse soulage la tristesse. Autre possibilité de soulager sa tristesse : le divertissement. Le Tango aide. On sublime ses pulsions, on prend du plaisir, on s’intéresse à l’autre, on séduit. Le Tango est un vecteur de vie et des sens : l’homme avance avec une intention précise, la femme recule pour voir jusqu’où va la motivation de l’homme.

Parfois entre un homme et une femme la magie s’installe en dansant, la connexion est là, le plaisir est partagé, le désir sublimé, mais cette impression magique est non reproductible. Même si les deux partenaires se retrouvent ultérieurement. C’est la notion du « corps vécu » dans lequel, inconsciemment, les deux partenaires ont réuni psychologiquement toutes les conditions nécessaires pour que cet événement magique arrive au même moment.

Joëlle Herail, médecin sexologue, parle de la nature de la rencontre avec l’autre. Pour elle, le Tango est une métaphore de l’acte sexuel. Intimité immédiate des corps, confiance, écoute de l’autre, complicité, jeu, pouvoir et acceptation du pouvoir, douceur, proximité, désir de performance.

Bernardo reprend la parole, un peu agacé par ce « mythe » de l’acte sexuel. Il dit que le Tango n’est pas qu’une danse, c’est aussi la musique et la poésie. C’est une culture à part entière. Cette culture est évolutive et il faut la comprendre, dans son intégralité. Bernardo ne pense pas que le seul désir sexuel ait contribué à la création du Tango. Si les immigrants allaient danser dans les bordels, ce n’était pas pour le sexe d’abord, mais plus pour retrouver une atmosphère de famille, ils allaient chercher la communion, comme s’ils étaient chez eux, au pays. S’il y avait en plus, le sexe, pourquoi pas, mais ce n’était pas leur intention première. En allant au bordel, les immigrants allaient à la recherche d’eux-mêmes, c’est un phénomène d’introspection.

En conclusion il n’y a pas forcément sexualité, il s’agit plus d’un cliché. Le Tango est un fait naturel et spontané qui a marché, avec l’influence de la littérature.

Joëlle précise qu’elle a fait simplement une analogie, en précisant que la danse, de façon générale, est subversive, en soi.
Sol intervient en disant que chacun est convaincu qu’il détient le Vrai tango. Elle-même a appris avec sa grand-mère, et, dit-elle, « je suppose qu’il n’y avait pas de désir sexuel entre ma grand-mère et moi-même ! ». Le Tango pour elle est « la seule danse où on a la possibilité de faire la gueule sans sourire ». Après cet aparté amusant, Sol dit sérieusement que le Tango est « une infinité de possibles » selon les dires de Léopold Maréchal, chez les gens qui ont leurs propres attentes dans leur Tango. Dans les milongas, on va à la recherche de la paix.

Fabrice intervient pour dire qu’il y a beaucoup d’autre dimensions autre que sexuelles, mais que c’est un élément assez lourd, sans être le seul.

Pedro résume sa pensée en disant que le Tango représente un univers : c’est un code éthique et moral, c’est une danse de séduction, on fait plaisir à l’autre. Il existe bien une possibilité de tomber amoureux mais il y a un garde-fou : la durée de la tanda. Ensuite c’est fini.

Un spectateur : Pierre, note qu’il n’y a pas de contradiction entre la culture et la sexualité. Il précise que dans les milongas, il y a un déséquilibre notoire entre le nombre des hommes et des femmes, et que cela crée une tension chez les hommes, par la sollicitation quelquefois trop importante.

Mariana Bustelo dans l’assistance, intervient pour dire que le folklore argentin a pour but la séduction aussi. La Zamba est faite pour tomber amoureux. Au Brésil, la samba est une expression culturelle aussi, qui rassemble le peuple entier.
Pascale spectatrice, pense que n’importe quelle danse à deux est suggestive et comporte la sensualité.

Pedro en conclusion dit que le Tango est populaire parce qu’à cause de la solitude, on cherche la rencontre.

Université d’été : Conférence d’Esteban Moreno sur l’Histoire du Tango dansé

Esteban Moreno, danseur professionnel très connu mondialement, avec sa partenaire Claudia Codega depuis une vingtaine d’années (www.estebanyclaudia.com), a cherché à accumuler des documents, écrits ou filmés, et à les archiver pour qu’il existe une mémoire sur la danse Tango. On imagine combien cela prend du temps et de l’énergie pour faire ce travail. Travail qui n’est pas fini mais qui est bien avancé si l’on en juge par les quelques extraits de films, que je ne connaissais pas, sur le Tango dansé : Los Mendez années 1930, El Pibe Palermo années 40 – 45, Antonio Todaro et sa petite fille, années 70, Juan Carlos Copes années 70, Carmencita Calderon avec El Cachafaz, Lita Y Jorge, Martha y Gerardo Portalea, Los Filippini….

Pourtant, ce n’est pas simple d’avoir des documents sur les origines du Tango dansé car il en existe très peu, et dit-il, ces seuls documents écrits ne peuvent pas refléter la réalité pure, par manque de précisions notoires. Il existe peu de collectionneurs, et le travail d’archives n’existe pratiquement pas.

Tous les danseurs de Tango argentin actuels, dansent avec l’héritage de la période d’or du Tango : les années 1940. Depuis l’année 1983 et le spectacle Tango argentino, la danse à pris un essor international et a donné un nouveau souffle au Tango, et en moyenne, les danseurs ont 10 ou 15 ans d’expérience.

La première danse à deux était la valse, mais la valse s’élève du sol, alors que le Tango a un rapport au sol qui vient d’Afrique. Les improvisations étaient sur des figures marchées. Avec le temps il y a eut l’invasion de l’espace d’un des partenaires par l’autre partenaire.

Entre 1880 et 1900 on danse en improvisé sur un rythme en 2 temps, puis le Tango commence à être écrit et la danse évolue parallèlement à la musique, elle se structure. La forme constituée de la danse apparait entre 1910 et 1920. Le Tango reconnaissable en tant que tel, apparait à cette époque.

La danse était vue comme un moyen de sortie et d’épanouissement, et les gens allaient dans des clubs (Italie, Espagne, football, cartes, cheval) pour se retrouver et danser. Selon les quartiers de Buenos-Aires (B-A grandissait en fonction de l’immigration et de la natalité), des particularités apparaissaient dans la danse. On ne dansait pas pareil par exemple :

- dans le quartier Villa Urquiza (Club Sunderland) tango sobre marché, posture droite, improvisation
- que dans le quartier Mataderos, tango reposant sur des figures, des tours, des boleos
- et que dans le quartier du Centre. Tango très proche, petits pas simples.

Le Tango s’est développé à des endroits très précis.

Le style Canyengue et Orillero est apparu au début du Tango vers 1910, mais il n’existe pas de documents précis.

Vers 1930 on organisait de nombreux concours de Tango pour attirer les gens au bal, et pour pouvoir juger, il devait y avoir des règles, des normes constituées. Des notions de classement de styles, des notions de posture corporelles, organisées, permettaient les jugements. En 1951 il y eut un grand concours à Luna Park. L’improvisation, la communication, la fluidité, la qualité de ce que l’on faisait sans force, la musicalité, la technique, l’abrazo constituaient des critères de jugement. En 1940 le danseur « Petroleo » a gagné le 1er prix au concours.

Le style est un type de danse qui est fonction de l’esthétique, de la technique, de la composition et de la logique de construction chorégraphique.

Le style « Salon » reposait sur la marche en ligne, les tours bien circulaires, les sacadas, les pivots, l’axe, pas de poids sur le ou la partenaire, l’abrazo était « cerrado ».

Le style « Milonguero » avec notion de poids : « apilado » (appuyé), pas de ligne, pas de boléos, mais des rebonds. La technique est différente.

Le style « Canyengue » plus ouvert, avec plus de liberté dans l’abrazo.

Le style « Fantasia » qui est le style salon, plus les figures. Ce style est proche de l’improvisation, les figures étant préparées avant.

Le Tango de spectacle lié au Tango « salon » et le Tango de spectacle non lié au Tango « salon ».

La tendance Tango « Nuevo » existe. Mais est-ce une simple expérience plutôt qu’un style ? L’avenir le dira.

Ensuite Esteban Moreno nous raconte sa propre expérience, son apprentissage et sa façon d’enseigner aujourd’hui.

Avant les années 1980 et le renouveau du Tango dans le monde entier, il était naturel de voir et d’observer les danseurs, et de les copier en fonction de la façon de danser du quartier. Après, la demande d’informations de la part des non-Argentins est devenue importante, et les gens ont appris par les Argentins, notamment par les cours. Mais, les réponses aux demandes étaient moins explicatives que maintenant, ils disaient par exemple : « c’est comme ça, c’est la Tradition ». Ils montraient, on faisait et on ne discutait pas. Les réponses étaient mécaniques, techniques. Les professeurs simplifiaient la pratique au maximum, mais souvent ils ne faisaient pas ce qu’ils disaient, tant en offrant aux élèves un sous-entendu, du genre: « fais ce que je dis, et pas ce que je fais » ! Les pas étaient des séquences avec beaucoup de pas que les élèves devaient reproduire plus ou moins bien.

Depuis les années 1990, les cours se sont organisés, et des explications sur les pas peuvent être données, car des études sur les pas ont été faites. De la théorie est venue les explications, par obligation. Les études ont été faites séparément : par exemple : études sur les marches, sur les tours, sur les boléos…. De ces études, de ces recherches théoriques et de la pratique sont nées des possibilités nouvelles.

Aujourd’hui on privilégie davantage d’éléments, plus de mouvements, plus de souplesse. On s’éloigne du social. La complexification de la danse, son exploration, la logique des mouvements circulaires (les tours), la gestuelle plus large, la technique rythmique (syncopes), font que le Tango est en évolution constante.

Aujourd’hui on accepte plus volontiers que la danse aille plus loin, avec par exemple, l’apport de pas d’autres danses. La musique d’Astor Piazzolla était indansable à son époque, mais aujourd’hui elle l’est devenue. Entre 1910 et 1920 la musique a changé : la danse a changé. Entre 1930 et 1940 la musique est devenue plus lente : la danse s’est modifiée.

Il y a toujours eu des disputes, car chacun pense détenir la Vérité. Il y a beaucoup de formes de Tango (6 ou 7) d’où des débats sur ces formes. De même il y a eu des disputes entre quartiers à Buenos-Aires pour savoir quel était le quartier qui dansait le mieux.

Aujourd’hui on peut alterner les différentes formes. La mélodie est importante, la rythmique et l’expérience des mouvements participent à l’universalisation de la danse.

Université d’été : Conférence de Juan Carlos Caceres sur l’Histoire de la musique Tango

Il est difficile de répéter là tout ce qu’a dit Juan Carlos Caceres (www.juancarloscaceres.com) sur l’Histoire du Tango, car il a parlé près de deux heures, mais par contre je peux insister sur ce qui me semble être les points importants. Accompagné de son clavier électronique, il a brossé l’Histoire, tout en insistant sur les changements notoires dans la musique Tango, selon les événements sociaux, politiques, selon les influences musicales des autres pays, selon les musiciens eux-mêmes.

Au début, vers les années 1880, la négritude du futur Tango ne fait aucun doute : le Candombé était le rythme des noirs à cette époque. Arrive du sud du Brésil la milonga, et le mélange des deux donne une milonga rapide et rythmée qui s’encanaille avec l’apport du tambour comme instrument de percussion. Cette milonga peut être dansée.

Le premier Tango écrit a été « El Entrerriano » de Rosendo Mendizabal en 1897, à Buenos-Aires. Le rythme était plus rapide que les Tangos d’aujourd’hui, avec une cadence Habanera venant de Cuba. Tous les Tangos jusqu’en 1920 sont rapides (Tangos de Villoldo, Bardi, Arolas), avec l’influence du Jazz et du Rag-Time (Scott Joplin) venus des USA.

A partir de 1880, l’immigration massive d’hommes jeunes et seuls provoque un métissage de la population et dès 1900 les enfants de ces immigrants peuvent jouer le Tango. Si le Tango était à cette époque gai et festif, avec le temps et l’immigration le Tango est devenu triste et le tempo, de rapide, est devenu plus lent. Surtout avec l’apparition du bandonéon venu d’Allemagne, dès 1920 le bandonéon est accepté dans tous les orchestres. Eduardo Arolas, bandonéoniste de la Guardia Vieja, a changé le rythme et a introduit l’« arrastre ».

Autre changement : l’harmonie de la musique classique devient une harmonie de Jazz venant des USA. Agustin Bardi écrit ses Tangos façon Jazz. Juan Carlos Cobian va aux Etats Unis en 1920 et revient en faisant aussi des changements d’harmonie Jazz. Dans les années 30, l’influence du Jazz est patente. Avec la crise de 1929, le Tango devient plus triste, plus lent, plus dramatique.

Dans les années 1940 Carlos Di Sarli lie le côté rythmique avec des harmonies plus riches.

Selon Juan Carlos Caceres le Tango s’arrête en 1950, pour des raisons politiques (les militaires), pour des raisons d’invasion de la musique nord-américaine (rock’n roll). A partir de 1950, le Tango est considéré comme : « la lamentation des cocus ».

Jusqu’en 1983 où le spectacle « Tango argentino » a donné une nouvelle jeunesse. Néanmoins on danse surtout sur la musique des années 1940…

De nos jours il existe de nombreux musiciens de talent qui font une musique compliquée, et ces musiciens peuvent être classés en 3 groupes :
- Tendance « vieux jeu » : reprise des Tangos classiques
- Tendance « fusion » : jazz, rap, techno, rock
- Tendance « réappropriation du passé » : à la manière de

Toujours selon lui, Astor Piazzolla est un « épiphénomène »……Mais il a influencé des musiciens virtuoses.

Ensuite Juan Carlos Caceres parle de la construction musicale des Tangos. Tous les Tangos sont construits en mode mineur. Avec, en plus une « Tango Nota » qui est la sixte mineure.

Concernant le futur du Tango, il pense que trouver un équilibre entre la complexité de la musique, devenue importante, et l’essence même du Tango, est la difficulté. « Il faut que le tango se ressource dans les sons d’origine », dit-il. Et encore : « Sans mémoire le Tango ne peut exister ». Et encore : « Pas d’avenir avec l’intégrisme », et en guise de conclusion : « il faut se réapproprier le bagage culturel ancien qui est énorme, pour de nouvelles compositions ».

Les conférences de l’université d’été du Temps du tango (Août 2009)

Bien sûr il y a les livres très bien faits qui permettent d’entrer dans la culture du Tango argentin, et ces livres sont indispensables, mais en complément existent les conférences données par des éminents artistes, musiciens et/ou danseurs. Cette année Le Temps du Tango nous a fait un beau cadeau, celui de nous faire entendre les interprétations, les opinions et le savoir de Juan Carlos Caceres pour l’Histoire de la musique Tango, d’Esteban Moreno pour l’Histoire de la danse Tango, de Fabrice Hatem (que l’on peut considérer comme un artiste en son genre) accompagné de spécialistes pour le chemin de la connaissance de l’autre à travers le Tango, de Sol Bustelo pour les codes du bal et, de façon générale, tout ce qui touche à la relation humaine chez les danseurs de bal, et enfin de Fernando Albinarrate pour la rythmique musicale appliquée au Tango dansé. Malheureusement je n’ai pas pu assister au conférences et cours d’Ana et Ricardo Daloi sur les danses folkloriques argentines, qu’ils m’en excusent.

Malgré la grande compétence et l’excellente pédagogie de tous ces intervenants, il y avait trop peu de monde à ces conférences (entre 30 et 50 personnes), et personnellement je le regrette. Elles mériteraient que tous les adhérents du Temps du Tango et de toutes les associations (dont la nôtre) se déplacent pour entendre ! Comme disaient tous ces intervenants, la culture en général du Tango joue un grand rôle dans la compréhension de la danse, car la simple technique des pas et des figures ne suffit pas.

Mon objectif, en écrivant sur ces conférences, est de faire des comptes-rendus de ce qui s’est dit, mais ce sont des comptes-rendus qui ne se veulent pas complets, car il est impossible de rendre compte de toutes les paroles de tous les intervenants. Ces conférences ont duré 9 à 10 heures au total avec tous les intervenants, et il est impossible de tout exposer. Néanmoins j’ai essayé de ne pas déformer les propos des intervenants, de garder l’esprit de leurs opinions, de leurs connaissances, et d’être le plus en accord possible avec ce qu’ils ont dit, tout en restant synthétique, du point de vue de l’écriture. Certainement il y aura des observations à faire, et ce blog aura pour but pour vous, lecteurs, intervenants et spectateurs, de répondre et d’y apporter précisions, corrections….

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