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Archive de la catégorie Les livres

Présentation du livre de Denise Anne Clavilier « Barrio de Tango » à la Cité U à Paris

A la maison de l’Argentine hier soir, Denise Anne Clavillier a présenté son livre « Barrio de Tango » (Ed du Jasmin) devant une assemblée de connaisseurs passionnés de Tango, intéressés plus particulièrement par la littérature et la musique.

Nous avons déjà parlé de l’excellent blog animé par Denise Anne, portant sur l’actualité du Tango en Argentine et en Uruguay: www.barrio-de-tango.blogspot.com. Si ce livre porte la même dénomination, « Barrio de Tango », il porte un sous-titre : recueil bilingue de Tangos argentins. C’est dire que le but est différent par rapport à son blog, puisque son livre contient la traduction en Français de 231 Tangos de 96 auteurs, à partir de l’original en Espagnol, à partir de 1916. Mais, et c’est ce qui est intéressant, avec son interprétation personnelle des contextes des poèmes, les explications nécessaires à leur compréhension (lunfardo oblige), et les repères historiques.

Hier soir, Denise a plutôt cherché à nous faire connaitre ce qui s’est passé avant 1916, en rappelant ce que fut la période de la préhistoire du Tango, en reliant l’Histoire de l’Argentine à cette période précisément pour la création du Tango, création qui fut une nécessité vitale pour des immigrants en attente de pouvoir communiquer, eux qui avaient leur langues maternelles spécifiques en arrivant en Argentine. La communication est alors passée par la musique et par un nouveau langage créé pour eux et par eux : le lunfardo.

Si Denise Anne est très brillante dans sa façon d’écrire (son blog l’atteste en premier lieu, puisque je n’ai pas encore lu son livre) elle est tout aussi brillante dans sa façon de raconter les choses relatives au Tango. Avec de l’humour, de l’audace, avec toutes ses connaissances culturelles, avec son franc et lumineux sourire qui a l’air de dire : « je ne me prends pas au sérieux mais je fais les choses sérieusement », Denise Anne se révèle aussi dans la facilité d’élocution et dans la bonne humeur.

Suite à cette conférence qui ne nous a pas ennuyé une seule seconde, un petit concert très sympa a terminé la soirée. D’abord le Trio Taquetepa (Marie Crouseix : flutes ; Daniel Perez : guitare ; Fabrice Gouterot : Contrebasse) qui a joué des Tangos contemporains composés par Daniel Perez, puis le duo Mariel Martinez : chant ; Alejandro Picciano : guitare électrique qui a joué le répertoire très classique chanté (De mi Barrio ; Flor de Lino ; Malena ; Soledad ; Balada Para Un Loco).

Notons un passage émouvant : celui de l’écoute de « Para Verte Gambetear » un Candombe dont la musique et le texte ont été écrits en 2002 par un ami de Denise Anne : Alorsa, mort à l’âge de 39 ans. Le texte rend hommage à Diego Maradona.
La lecture de ce nouveau livre ne tardera pas. Je vous en reparlerai.

Stefan Zweig, « Ivresse de la métamorphose », p.73-75 (extraits)

Un lecteur du blog, lui-même danseur de Tango argentin, nous a suggéré l’idée de mettre en ligne un extrait du roman de Stefan Zweig : « l’Ivresse de la Métamorphose » dernière œuvre de l’auteur avant son suicide en 1942. L’héroïne du roman est Christine, jeune femme pauvre qui, grâce à sa riche tante américaine, entre transitoirement dans la haute société bourgeoise lors d’une villégiature en Suisse. Elle s’identifie alors aux êtres qu’elle rencontre et se métamorphose.

L’extrait du livre ci-après rend compte de la rencontre de Christine avec le Tango argentin, dans les bras d’un homme qu’elle ne connait pas, mais qui la transporte dans un autre monde. On ne peut qu’admirer la justesse des propos et les sentiments forts d’abandon et de plaisir qu’engendre la danse dans cette circonstance.
Merci à André de nous avoir fait connaître ce texte si beau.

« Voici que la musique reprend, plus sombre, plus lente, plus douce, elle se glisse comme une traîne de soie noire mordorée : un tango. L’oncle fait un visage malheureux, elle doit l’excuser. Ses jambes de soixante-sept ans ne peuvent suivre un rythme aussi souple. (…) Mais une ombre passe, quelqu’un s’incline devant elle, un homme de haute taille au visage glabre de soldat, bruni par le soleil qui contraste avec la cuirasse à la blancheur de neige de son smoking. Il claque les talons à l’allemande et, avec correction, demande à la tante si elle permet. « Mais volontiers », dit celle-ci en souriant, fière elle-même du succès rapide de sa protégée. Stupéfaite, les genoux un peu tremblants, Christine se lève. La surprise d’être choisie parmi toutes ces femmes belles, élégantes, par un étranger distingué lui donne un véritable coup au cœur. Une profonde inspiration pour dissiper son trouble, et elle pose sa main tremblante sur l’épaule de son cavalier. Dès le premier pas, elle se sent conduite avec aisance et fermeté par un impeccable danseur. Elle n’a qu’à suivre la pression à peine perceptible, et déjà son corps épouse les flexions, les mouvements de son partenaire, elle n’a qu’à s’abandonner au rythme entraînant à la douceur enveloppante, et, comme par miracle, son pied exécute parfaitement le pas. Elle n’a jamais dansé ainsi, et elle s’étonne que cela lui soit si facile. Comme si un autre corps lui était échu sous un autre vêtement, comme si elle avait déjà dans un songe lointain appris et répété cet accord dans les mouvements, tellement elle se plie exactement, sans peine, à la volonté étrangère. Une impression de sécurité comme dans un rêve s’empare d’elle; la tête renversée en arrière comme sur un coussin de nuées, les yeux mi-fermés, la poitrine légèrement agitée sous la robe de soie, détachée de tout, ne s’appartenant plus, elle se sent, à sa propre surprise, glisser aérienne à travers la salle. Parfois, quand elle s’arrache à cette houle puissante qui l’emporte et lève son regard vers le visage étranger si proche, elle croit voir briller dans ses yeux durs un sourire satisfait, approbateur, et il lui semble alors que la main qui la guide augmente, plus familière, sa pression. Une faible crainte, énervante et presque voluptueuse, parcourt, imprécise, ses veines. Qu’arriverait-il si ces dures mains masculines la pressaient plus fortement, si cet étranger au visage hautain, taillé à coups de serpe, la saisissait soudain, l’attirait à lui ? Pourrait-elle se défendre ? Est-ce qu’on ne s’abandonnerait pas et qu’on céderait comme maintenant dans la danse ? Sans qu’elle s’en rende compte, un peu de la sensualité provoquée par cette évocation vague passe dans ses membres qui suivent son cavalier avec toujours plus de souplesse. Déjà quelques personnes remarquent ce couple parfait, et elle perçoit, au milieu de la danse, la force enivrante de cette attention, de cette admiration. Elle obéit de mieux en mieux à la volonté de son partenaire, mêle son souffle au sien, épouse ses mouvements; et la découverte du plaisir éprouvé par son corps la pénètre comme par des fibres nouvelles et hausse son âme à un sentiment jamais encore atteint.

Après la danse le grand jeune homme blond - il s’est présenté, ingénieur de Goldbach - la reconduit, cérémonieux, à la table de l’oncle. Au moment où elle abandonne son bras, la chaleur du mince contact disparaît et elle se sent plus faible et amoindrie, comme si par ce lien rompu une partie de sa force s’était échappée. En s’asseyant elle n’a pas encore recouvré ses esprits.

Coco Dias ou La Porte Dorée – Roman de Brina SVIT

Lettre ouverte à Brina Svit

Chère Brina,

Quel plaisir j’ai eu d’avoir lu votre livre ! Je l’ai lu pratiquement d’une traite, sans m’arrêter. Et pourtant ce n’est pas un livre imprimé en gros ou avec un nombre de pages réduit, c’est un livre « normal » si je puis m’exprimer ainsi. C’est un signe ça : avoir lu votre livre sans interruption signifie aucun ennui.

Très bien écrit et très agréable à lire, le sujet que vous avez choisi de traiter m’a beaucoup intéressée : une période de votre vie de tanguera, lorsque vous avez décidé de dire « oui » à la proposition de Coco Dias : « si tu écris sur moi, je t’apprendrai à danser le Tango. Ce qui du reste, rappelle étrangement un autre défi, cinématographique celui-là, entre Pablo Veron et Sally Potter : « si tu fais de moi une danseuse de Tango, je fais de toi une star de cinéma ». Similitude de situation : 2 hommes danseurs professionnels de Tango, 2 femmes qui veulent apprendre le Tango en échange de ce qu’elles savent faire : l’une le cinéma, l’autre la littérature. Autre similitude : le passage indispensable à Buenos-Aires. Encore une similitude : les 2 femmes se mettent elles-mêmes en scène. Différence : votre histoire ne dit pas si vous êtes tombés amoureux l’un de l’autre, Coco Dias et vous ! 

Revenons au livre : je pense que vous avez eu raison d’écrire ce que vous avez vécu vous-même avec les différents personnages rencontrés dans cette période de vie, plutôt que de faire une simple biographie de Coco Dias : il est né le : bla bla bla, à :bla bla bla, de parents :bla bla bla, ce qui aurait été, peut-être, à la longue fastidieux, même si la vie de Coco Dias est certainement amplement intéressante. Non, vous avez choisi d’intégrer votre héros principal, Coco Dias dans votre ensemble de vie du Tango argentin, avec votre expérience du Tango que vous avez grande, avec vos désirs, vos attentes, vos frustrations, vos anecdotes souvent fort drôles, votre nostalgie, votre solitude, vos rencontres. Et parmi tout cela, votre apprentissage avec Coco Dias. Bien sûr vous racontez sa jeunesse, ses débuts, ses souffrances, notamment la faim dans son enfance, mais tout cela intégré dans votre récit de façon non rébarbative.

Parmi les nombreuses citations de votre cher professeur qui sont toutes absolument pleines de vérité, j’en citerais simplement quelques-unes qui m’ont paru être les plus marquantes et les plus touchantes :

« Prends toute la douceur que tu as en toi pour la mettre dans le Tango que tu vas danser avec moi » ;

« En dansant, on peut toucher au mystère de l’autre »;

Et d’un autre personnage qui danse en Argentine : « mon Tango n’est ni bon ni mauvais, mais c’est le mien ».

Votre livre m’a bouleversée souvent, tellement je me suis sentie proche de vous et de votre propre ressenti. Avec votre talent d’écrivain, j’espère qu’il y aura d’autre livres que vous écrirez sur le Tango. Je serai parmi vos plus fidèles lectrices. Merci pour ce livre si chaleureux.

Bernadette

PS : Et comment va Robert, le chat ?

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