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Pablo Veron et l’essence du Tango ?

Pour réconcilier tout le monde, du moins espérons-le, voici quelques vidéos d’une autre star mondiale du Tango qui, d’après ce que j’en sais, n’a jamais été contesté. Si je me trompe, les commentaires en fin de blog, sont à votre disposition. Il s’agit de Pablo Veron.
D’abord une vidéo que je ne connaissais pas :

Pablo Veron et Rebecca Shulman, en juillet 1997, aux Etats-Unis (sur « Emancipation », Tango de 1910 version Osvaldo Pugliese de 1955). Toujours cette façon de se déplacer comme un félin qui n’appartient qu’à lui. Toujours cette tranquillité dans le déplacement et dans les figures. Admirez vers 1mn20 – 1mn30 la connexion sur place avec sa partenaire ! Ca vit, ça bouge sur la musique, le phrasé de Pablo sur la musique est extraordinaire ….. C’est dynamique et c’est beau.

Aussi le vidéo clip que Pablo a produit lui-même, mis en scène, chorégraphié, dirigé et dansé dans tout le répertoire dont il est capable : Tango, Hip-Hop, Salsa, Claquettes, en petites touches impressionnistes : c’est « Nexus » sur une musique de Sverre Indris Joner (Groupe Electrocutango) et de Pablo lui-même. Pablo Veron y montre tous ses talents de danseur professionnel dans toutes les disciplines de danses populaires:

Et je ne résiste pas à mettre en avant cet extrait du film de Sally Potter, « La Leçon de Tango » en 1997, avec Pablo Veron et Sally Potter, où ils dansent tous les deux « Zum », un Tango d’Astor Piazzolla de 1972, version Osvaldo Pugliese de 1973. Cet extrait, un des meilleurs selon moi, représente bien la connexion profonde, puissante et sensuelle à la fois qu’il y a entre un homme et une femme. La prise de vue des deux visages est remarquable, car ces images reflètent parfaitement bien le fait que les partenaires dansent l’un pour l’autre. Le phrasé, avec les respirations musicales de Pablo est toujours aussi merveilleusement bien en accord avec la musique, malgré le rubato, tout colle de façon juste, y compris rythmiquement.

Et bien sûr vous trouverez sur le site de l’association les vidéos de Pablo avec Teresa Cunha et avec Victoria Vieyra.

Les Videos avec Pablo VERON sur le site

Au fait, l’essence du Tango, c’est quoi ?

Pour répondre à cette question très large, réagissons de façon scientifique, et voyons ce qu’en dit le dictionnaire « Nouveau Petit Robert 2010 » sur la définition de l’« essence » :
En philosophie, l’essence est « ce qui constitue la nature d’un être » : fond d’un être, nature intime des choses.

Senancour (écrivain français né en 1770, mort en 1846) dit : « Nous ne connaissons que des rapports ou des formes. La fin et l’essence des êtres resteront impénétrables. »

Dans la théorie platonicienne : « l’essence précède l’existence. »

Sartre (écrivain et philosophe existentialiste 1905 – 1980) dit : « Qu’est ce que signifie ici, que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord… et qu’il se définit après. »

En emploi courant, l’essence est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, et ce sans quoi elle ne serait pas, c’est l’ensemble des caractères constitutifs et invariables. Par essence : par sa nature même.

Essayons de relier toutes ces définitions au Tango.

On cherchera, au contraire de Senancour, dans un premier temps, à trouver ce qui est selon lui, impénétrable pour le rendre, justement, pénétrable.

Chez Platon, où l’essence précède l’existence, on pourra concevoir assez aisément que, aux origines du Tango (1880 – 1900), une culture Tango est en train de voir le jour, et cette culture s’épanouira avec le temps et existera en tant que telle. On voit alors qu’essence et Histoire sont liées indéfectiblement.

Chez Sartre - et c’est bougrement intéressant - c’est ce qui existe qui importe d’abord, c’est la prééminence de l’existence sur l’essence. En d’autres mots, on pourrait dire que c’est le moment présent qui compte, à un temps T, et que les rapports et les formes liés au Tango, à ce moment, prennent toute leur importance, et dominent l’essence. Si l’on reprend les termes de Sartre et qu’on les adapte, on pourrait dire : « Cela signifie que le Tango existe d’abord….et qu’il se définit après. »

En langage courant, l’essence est ce qui fait qu’une chose est ce qu’elle est, c’est l’ensemble de ses caractères constitutifs et invariables, c’est sa nature intime. Quelle est la nature intime du Tango ? Qu’est ce qui fait que le Tango est le Tango et pas autre chose ? Quels sont ses caractères constitutifs et invariables ?

Qui pourrait répondre de façon extrêmement précise et concrète à ces questions ? Est-ce vraiment « impénétrable » ? Comme le dit Senancour ? En tout cas répondre de façon juste à ces questions est difficile, mais on peut essayer, un peu…..

Pour répondre à ces 3 questions, on voit que la culture et l’histoire du Tango sont indissolublement liées. Pablo Tegli pense que pour transmettre l’essence du Tango, il faut parler culture. Il a mille fois raison. Mais la culture Tango ne se résume pas uniquement à la danse, il faut aussi parler de la musique et de la poésie. Tout le monde est-il prêt à recevoir ces enseignements, outre la danse ?

La nature intime du Tango a un lien étroit avec son histoire, et avec sa culture intrinsèque. La culture (toujours selon le Petit Robert 2010), c’est l’ensemble des aspects intellectuels propres à une civilisation, à une nation. On peut bien sûr relier le Tango à l’histoire de la nation et de la population en Argentine. C’est dire l’étendue du sujet.

Le Tango est le Tango en raison de ses solides fondations, sur lesquelles se construit, périodes après périodes, un bâtiment qui grandit en fonction de ses architectes. Et il est toujours possible, pourquoi pas, de démolir un élément qui n’allait pas selon certains, et de reconstruire à la place quelque chose de mieux.

Les caractères constitutifs et invariables du Tango sont inclus dans l’Histoire, et sont culturels.

Si l’on relie les réflexions ci-dessus avec la notion d’essence selon Sartre, on pourrait dire que, en s’appuyant sur ses fondations, le Tango se construit avec le temps et existe en tant que tel. S’il existe, s’il « est », on peut alors le définir, au temps T où on en parle.
Alors on peut parler d’évolution. On pourra donc définir le Tango, intimement relié à une période de son Histoire. Et, au temps T où on définit le Tango, on définit son essence. En d’autre termes, l’essence évolue en même temps qu’évolue le Tango.

Je serais bien curieuse de connaître vos pensées là-dessus….Etes-vous Sartrien, Platonicien ou Senancourien ?

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